Il appuya les mains pour se relever et, pendant qu’il le faisait, il remarqua que les paroles gravées n’étaient plus nettes comme celles du premier monument: “À chaque monument, les mots étaient plus légers… C’est comme si mon père, épuisé, avait eu du mal à les graver. Et… regarde!… Ici aussi ce signe rouge brun qui était déjà visible dès le cinquième monument… Mais ici il emplit le creux de chaque mot et il a coulé marquant le rocher comme de larmes sombres, comme… de sang…”

Il gratta avec le doigt là où il y avait une tache large comme les deux mains. Et la tache s’en alla, laissant découvertes, fraîches, ces paroles: “C’est ainsi que je vous ai aimés, jusqu’à répandre mon sang pour vous conduire au Trésor”.

“Oh! oh! mon père! Et moi, je pouvais penser à ne pas suivre ton commandement?! Pardon, mon père! Pardon”.

Le fils pleura contre le rocher, et le sang qui remplissait les mots se refit frais, brillant comme du rubis, et les larmes furent nourriture et boisson pour le bon fils, et force… Il se leva… par amour, il appela son frère, fort, très fort… Il voulait lui dire sa découverte… l’amour du père, lui dire: “Reviens”. Personne ne répondit…

Le jeune homme reprit sa marche, presque à genoux sur la pierre brûlante car, par la fatigue, son corps était vraiment à bout, mais son esprit était serein. Voici le sommet… Et là, voici le père.

“Mon Père!”

“Fils chéri!”

Le jeune homme s’abandonna sur le sein paternel, le père l’accueillit en le couvrant de baisers.

“Tu es seul?”

“Oui… Mais mon frère va bientôt arriver…”

“Non. Il ne viendra plus. Il a quitté la voie des dix monuments. Il n’est pas revenu après les premières désillusions qui l’avertissaient. Tu veux le voir? Le voilà. Dans le gouffre de feu… Il s’est entêté dans la faute. Je lui aurais encore pardonné et je l’aurais attendu si, après avoir reconnu son erreur, il était revenu sur ses pas et si, bien qu’en retard, il était passé par où l’amour est passé le premier, en souffrant jusqu’à répandre le meilleur de son sang, ce qu’il y avait de plus cher en lui, pour vous”.

“Il ne savait pas…”

“S’il avait regardé avec amour les paroles gravées dans les dix monuments, il aurait lu leur vraie signification. Tu l’as lu dès le cinquième monument et tu l’as fait remarquer à l’autre en disant: ‘Ici, le père a dû s’être blessé!’ et tu l’as lu au sixième, septième, huitième, neuvième… toujours plus clairement, jusqu’à ce que tu aies eu l’instinct de découvrir ce qu’il y avait sous mon sang. Sais-tu le nom de cet instinct? ‘Ton union véritable avec moi’. Les fibres de ton cœur, confondues avec les miennes, ont tressailli, et elles t’ont dit: ‘Ici tu auras la mesure de la manière dont t’aime le père’. Maintenant entre en possession du Trésor et de moi-même, toi, affectueux, obéissant, victorieux pour toujours”.

Voilà la parabole.

452.11 – Les dix monuments sont les dix commandements. Votre Dieu les a gravés et mis sur le sentier qui mène au Trésor éternel, et Il a souffert pour vous conduire à ce sentier. Vous souffrez? Dieu aussi. Vous devez faire effort sur vous-mêmes? Dieu aussi.

Savez-vous jusqu’à quel point? En souffrant de se séparer de Lui-même et en s’efforçant pour connaître l’être humain avec toutes les misères que l’humanité porte avec elle: naître, souffrir le froid, la faim, la fatigue et les sarcasmes, les affronts, les haines, les embûches et enfin la mort en donnant tout son Sang pour vous donner le Trésor. Voilà ce que souffre Dieu, descendu pour vous sauver. Voilà ce que souffre Dieu en haut des Cieux, en se permettant à Lui-même de le souffrir.

En vérité je vous dis qu’aucun homme, si fatigant que soit son sentier pour arriver au Ciel, ne suivra jamais un sentier plus fatigant et plus douloureux que celui que le Fils de l’homme parcourt pour venir du Ciel à la Terre, et de la Terre au Sacrifice pour vous ouvrir les portes du Trésor.

Mon Sang est déjà dans les tables de la Loi. Mon Sang est dans le Chemin que je vous trace. C’est sous l’ondée de mon Sang que s’ouvre la porte du Trésor. C’est par mon Sang qui la lave et la nourrit que votre âme se fait pure et forte. Mais pour qu’il ne soit pas répandu en vain, vous devez suivre la Loi immuable des dix commandements.

Maintenant, reposons-nous. Au coucher du soleil, j’irai vers Hippos, Jean à la purification, vous à vos maisons. Que la paix du Seigneur soit avec vous.”