452 – Jean, l’ancien lépreux, devient disciple. La parabole des dix monuments

29 juin 1946

Le samedi 29 juin 1946.

452.1 – “Mon Seigneur!” crie l’ancien lépreux en se jetant à genoux dès qu’il voit apparaître Jésus dans la friche qui précède le lieu rocailleux où il a vécu pendant tant d’années. Et puis, se relevant, il crie encore: “Pourquoi reviens-tu vers moi?”

“Pour te donner le viatique de la parole après celui de la santé.”

“Le viatique on le donne à celui qui part et moi, en effet, je pars ce soir pour les purifications. Mais je pars pour revenir et m’unir aux disciples, si tu veux m’accueillir. Je n’ai plus de maison, ni de parents, Seigneur. Je suis vieux pour reprendre l’activité et la vie; on me réintégrera dans mes biens, mais comment sera la maison depuis quinze années qu’elle n’est plus à personne? Que vais-je y trouver? Peut-être des murs en ruine… Je suis un oiseau sans nid. Permets-moi de m’unir à la troupe de ceux qui te suivent. Du reste… moi, je ne m’appartiens plus à moi-même, car à cause de ce que tu m’as donné, je t’appartiens. Je n’appartiens plus au monde qui m’a séparé de lui, à juste titre comme impur, pendant si longtemps. Maintenant c’est moi qui trouve le monde impur après t’avoir connu, et je fuis le monde pour venir à Toi.”

“Et Moi, je ne te repousse pas. Cependant je te dis que je voudrais que tu acceptes un séjour dans cette région. Aéra et Arbel ont leur fils comme disciple pour l’évangélisation. Toi, sois-le pour Hippos, Gamla, Aphéqa et les villes voisines. Moi, sous peu, je descends en Judée et je ne reviendrai plus de ce côté. Je veux qu’il y ait des évangélisateurs.”

“Ta volonté me rend cher tout renoncement. Je ferai ce que tu veux. Je le ferai sitôt accomplies les purifications. J’avais pensé de ne plus m’occuper de ma maison. Maintenant, au contraire, je dis que je vais la remettre en état, de façon à pouvoir l’habiter pour y accueillir pendant l’hiver des âmes désireuses de te connaître, et je prierai quelque disciple qui te suit depuis des années de venir avec moi, car si tu veux que je sois un petit maître, j’ai besoin d’être instruit par quelqu’un qui l’est plus que moi. Et au printemps j’irai avec les autres pour prêcher ton Nom.”

452.2 – “C’est une bonne pensée. Dieu t’aidera à la réaliser.”

“J’ai déjà commencé en détruisant par le feu tout ce qui m’appartenait: à savoir mon pauvre grabat et tous les objets qui me servaient, le vêtement que je portais jusqu’à hier, tout ce qu’avait touché mon corps malade. La grotte où je vivais est noircie par le feu que j’y ai fait pour détruire et purifier. Personne ne s’y contaminera en entrant s’y réfugier une nuit de tempête. Et puis… (la voix de l’homme s’affaiblit, comme si elle se fêlait et il parle plus lentement…) et puis… j’avais un vieux coffre qui s’en allait en morceaux… vermoulu… il semblait que la lèpre l’avait rongé, lui aussi… Mais pour moi… il était plus précieux que toutes les richesses du monde… À l’intérieur, il y avait les chers objets… des souvenirs de ma mère… le voile de mariée de mon Anne… Ah! quand je l’ai enlevé, tout heureux, le soir des noces et quand j’ai contemplé ce visage lilial, si beau et si pur, qui m’aurait dit que quelques années plus tard je l’aurais vu alors qu’il n’était qu’une plaie! Et… les vêtements de mes enfants… leurs jouets… qu’ils avaient tenus dans leurs petites mains tant qu’ils avaient pu les saisir… quelque chose… et… oh! c’est une telle douleur… pardonne-moi mes larmes… La plaie me fait beaucoup souffrir maintenant que je les ai brûlés parce qu’il le fallait… sans pouvoir les baiser… car c’étaient des objets de lépreux… Je suis injuste, Seigneur… Je te montre des larmes… Mais aie compassion… J’ai détruit le dernier souvenir que j’avais d’eux… et maintenant je suis comme quelqu’un qui est perdu dans un désert…”

L’homme s’affaisse en pleurant auprès de ce tas de cendres, souvenir de son passé…

“Tu n’es pas perdu, Jean, tu n’es pas seul. Je suis avec toi. Et les tiens seront bientôt, avec Moi, dans le Ciel, pour t’attendre. Ces restes te les rappelaient, défigurés par la maladie, ou bien d’une santé resplendissante avant le malheur, tout cela, souvenir de douleur.

Laisse cela dans les cendres du bûcher. Anéantis-le, dans la certitude que je te donne, de retrouver des êtres heureux, embellis par la joie du Ciel.

Le passé est mort, Jean. Ne pleure plus sur lui. La lumière ne s’attarde pas à regarder les ténèbres de la nuit, mais elle est joyeuse de s’en séparer et de resplendir en montant dans le ciel, à la suite du soleil, chaque matin. Et le soleil ne s’attarde pas à l’orient, mais il monte, bondit et court jusqu’à ce qu’il rejoigne le sommet du firmament pour y rayonner. Ta nuit est finie. N’y pense plus. Monte par l’esprit là où Moi, Lumière, je te porte. Là, grâce à la douce espérance et à la belle foi, tu vas déjà retrouver la joie, car ta charité va pouvoir se répandre en Dieu et dans les êtres aimés qui t’attendent. Ce n’est qu’une rapide montée… et tu vas être là-haut avec eux. La vie est un souffle… l’éternité est l’éternel présent.”

“Tu as raison, Seigneur. Tu me réconfortes et tu m’apprends comment surmonter cette heure avec justice…

452.3 – Mais tu es au soleil pour rester près de moi, plus qu’il t’est permis. Éloigne-toi, Maître. Tu m’as donné suffisamment. Le soleil pourrait te faire mal, car il est déjà fort.”

“Je suis venu pour rester avec toi. Nous sommes tous venus pour cela, mais déplace-toi, toi aussi, du côté des arbres et nous serons voisins sans qu’il y ait de danger.”

L’homme obéit, en s’éloignant du rocher au pied duquel se trouve le monceau de cendres: le passé, et il va vers l’endroit où se dirige Jésus où, tout émus, se trouvent les apôtres et les femmes et les habitants de la bourgade et ceux qui sont venus de la ville pour écouter le Maître.

“Allumez les feux pour cuire les poissons. Nous allons partager la nourriture dans un banquet d’amour” commande Jésus.

Et, pendant que les apôtres exécutent l’ordre, Lui fait un tour sous les arbres qui ont poussé en désordre dans cet endroit évité par tout le monde à cause du voisinage du lépreux, un fouillis sauvage d’arbres qui ne connaissent pas la serpe ou la hache depuis qu’ils sont nés. Des gens qui souffrent ou qui sont affligés, sont à l’ombre propice du fourré et racontent à Jésus leurs angoisses. Jésus guérit, conseille ou réconforte, patient et puissant. Plus loin, dans un petit pré, l’enfant de Capharnaüm joue heureux avec des enfants du village, et leurs cris de joie rivalisent avec le chant des nombreux oiseaux qui sont dans les feuillages. Leurs vêtements multicolores, qui s’agitent dans leurs courses sur l’herbe verte, les rendent semblables à de gros papillons qui voltigent de fleur en fleur.

452.4 – La nourriture est prête. On appelle Jésus. Il demande comme une grâce un panier à un paysan qui avait apporté des figues et du raisin, et il le remplit de pain, des poissons les plus beaux, de fruits savoureux, il y ajoute sa gourde d’eau emmiellée et se dirige vers l’ancien lépreux.

“Tu restes sans gourde, Maître, lui fait remarquer Barthélemy. Lui ne peut plus te la rendre.”

Et Jésus dit en souriant:

“Il y a encore tant d’eau pour la soif du Fils de l’homme! Il y a l’eau que le Père a mise dans les puits profonds. Et le Fils de l’homme a encore ses mains libres pour les unir… Un jour viendra que je n’aurai plus ni celles-ci, ni celle-là… et je n’aurai pas non plus l’eau de l’amour pour donner du rafraîchissement à l’Assoiffé… Maintenant j’ai tant d’amour autour de Moi…”

Et il continue sa marche, portant à deux mains le panier large, rond et bas, qu’il dépose sur l’herbe à quelques mètres de Jean, en lui disant: