“Prends et mange. C’est le banquet de Dieu.”
Puis il revient à sa place, offre et bénit la nourriture et la fait distribuer à ceux qui sont là et qui ont mis ensemble ce qu’ils avaient.
Tous mangent avec appétit, paisiblement joyeux, et Marie s’occupe du petit Alphée avec une maternelle douceur. Puis, le repas terminé, Jésus se place entre les gens et l’ancien lépreux pour commencer à parler, alors que les mères prennent dans leurs bras les enfants rassasiés de nourriture et de jeux, et les bercent pour les endormir pour qu’ils ne troublent pas le discours.
452.5 – “Écoutez tous.
Dans un psaume de David, le psalmiste se demande: “Qui habitera dans le Tabernacle de Dieu? Qui reposera sur la montagne de Dieu Psaume 14 (Hébreu 15),1-5. ?” Et il se met à énumérer quels seront ces gens fortunés et pour quel motif ils le seront. Il dit: “Celui qui vit sans tache et pratique la justice. Celui dont le cœur parle avec vérité et dont la langue n’ourdit pas des tromperies, qui ne fait pas de tort au prochain et n’accueille pas de propos qui déshonorent son semblable”.
Et en quelques lignes, après avoir dit qui entrera dans le domaine de Dieu, il dit ce que ces saints font de bien après n’avoir pas fait le mal. Voici: “À ses yeux le méchant n’est rien. Il honore ceux qui craignent Dieu. Il ne trompe pas son prochain par de faux serments. Il ne prête pas son argent en usurier. Il n’accepte pas de cadeaux pour faire tort à l’innocent”. Et il dit pour finir: “Celui qui fait cela ne chancellera pas à jamais”. En vérité, en vérité je vous dis que le psalmiste a dit la vérité, et je confirme par ma sagesse que celui qui fait ces choses ne chancellera pas à jamais.
452.6 – La première condition pour entrer dans le Royaume des Cieux, c’est de “Vivre sans tache”.
Mais l’homme, qui est une créature faible, peut-il vivre sans tache? La chair, le monde et Satan, dans un continuel bouillonnement de passions, de tendances et de haine, crachent leurs souillures pour tacher les esprits, et si le Ciel n’était ouvert qu’à ceux qui ont vécu sans tache après l’âge de raison, de toute l’Humanité, il y en aurait très peu qui entreraient au Ciel, de même qu’il y a très peu d’hommes qui arrivent à la mort sans avoir connu des maladies plus ou moins graves pendant leur existence.
Et alors? Le Ciel est-il ainsi fermé aux fils de Dieu? Doivent-ils se dire: “Je l’ai perdu” quand un assaut de Satan ou une tempête de la chair les fait tomber et qu’ils voient leur âme maculée? N’y aura-t-il plus de pardon pour celui qui aura péché? Rien n’effacera-t-il la tache qui souille l’esprit?
Ne craignez pas votre Dieu d’une crainte injuste. Lui est Père, et un père tend toujours une main au fils qui chancelle, lui offre de l’aide pour qu’il se relève, le réconforte par de suaves moyens pour que son avilissement ne dégénère pas en désespoir, mais fleurisse en une humilité désireuse de réparer pour revenir à la dilection du Père.
Voilà. Le repentir du pécheur, la volonté vraie de réparer, nés l’un et l’autre d’un véritable amour pour le Seigneur, lavent la tache de la faute et rendent digne du pardon divin. Et quand Celui qui vous parle aura accompli sa mission sur la Terre, aux absolutions de l’amour, du repentir et de la bonne volonté, s’unira, très puissante, l’absolution que le Christ vous aura obtenue au prix de son sacrifice. Plus purs dans l’âme que les enfants qui viennent de naître, beaucoup plus purs car pour ceux qui croiront en Moi jailliront de leurs seins des fleuves d’eau vive qui laveront même la faute d’origine, cause première de toute la faiblesse de l’homme, vous pourrez aspirer au Ciel, au Royaume de Dieu, à ses Tabernacles.
En effet la Grâce que je vais vous rendre vous aidera à pratiquer la justice qui fait grandir, dans la mesure où elle est pratiquée, le droit que vous donne un esprit sans tache d’entrer dans la joie du Royaume des Cieux.
Y entreront les petits enfants, et ils y jouiront à cause de la béatitude qui leur sera donnée gratuitement, ils y jouiront, car le Ciel est joie. Mais y entreront les adultes, les vieillards, ceux qui ont vécu, lutté, vaincu, et qui, à la candide couronne de la Grâce, uniront la couronne multicolore de leurs œuvres saintes, de leurs victoires sur Satan, le monde et la chair. Très grande sera leur béatitude de vainqueurs, grande comme l’homme ne peut l’imaginer.
452.7 – Comment se pratique la justice? Comment se conquiert la victoire? Par l’honnêteté des paroles et des actions, par la charité envers le prochain. En ne reconnaissant que Dieu et en ne mettant pas les idoles des créatures, de l’argent, de la puissance, à la place du Dieu très Saint. En donnant à chacun la place qui lui revient, sans chercher à donner plus ou moins qu’on ne doit. N’est pas juste celui qui, parce que quelqu’un est un ami ou un parent puissant, l’honore et le sert même dans des œuvres qui ne sont pas bonnes. Celui qui, à l’opposé, nuit à son prochain parce qu’il ne peut obtenir de lui avantage d’aucune sorte et qui fait de faux serments, ou se fait acheter par des cadeaux pour faire une déposition contre l’innocent ou juger partialement, non selon la justice mais en calculant ce qu’un jugement injuste peut lui obtenir de celui qui est le plus puissant des adversaires, celui-là n’est pas juste et vaines sont ses prières, ses offrandes, car elles sont tachées par l’injustice aux yeux de Dieu.
Vous voyez que ce que je vous dis est encore le Décalogue. C’est toujours le Décalogue, la parole du Rabbi. En effet, le bien, la justice, la gloire, se trouvent dans l’accomplissement de ce que le Décalogue enseigne et ordonne de faire. Il n’y a pas d’autre doctrine. Autrefois elle a été donnée au milieu des foudres du Sinaï, maintenant elle l’est au milieu des splendeurs de la Miséricorde, mais c’est toujours la même Doctrine. Et elle ne change pas, et elle ne peut changer. Beaucoup, pour s’excuser, en Israël diront pour se justifier de n’être pas saints même après le passage du Sauveur sur la Terre: “Je n’ai pas trouvé manière de le suivre et de l’entendre”. Mais leur excuse n’a aucune valeur, car le Sauveur n’est pas venu apporter une nouvelle Loi, mais pour confirmer la première, l’unique Loi, ou plutôt pour la reconfirmer justement dans sa nudité sainte, dans sa simplicité parfaite.
Pour confirmer par l’amour et par les promesses d’un amour assuré de Dieu, ce qui d’abord avait été dit avec rigueur d’un côté et entendu avec crainte de l’autre Matthieu 5,17 "N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir." .
452.8 – Pour bien vous faire comprendre ce que sont les dix commandements et combien il est important de les suivre, je vous dis cette parabole.
Un père de famille avait deux fils pareillement aimés et desquels il voulait dans la même mesure être le bienfaiteur. Ce père possédait, outre la demeure où étaient ses fils, des possessions où étaient cachés de grands trésors. Les fils connaissaient l’existence de ces trésors, mais ne connaissaient pas la route pour y aller. En effet le père, pour des motifs particuliers, n’avait pas dévoilé à ses enfants le chemin pour y arriver et cela pendant de très nombreuses années.
Pourtant à un certain moment, il appela ses deux fils et leur dit:
“Il est bon que désormais vous connaissiez où sont les trésors que votre père a mis de côté pour vous, pour pouvoir y arriver quand je vous le dirai. En attendant, connaissez-en le chemin et les signaux que j’y ai placés pour que vous ne perdiez pas le bon chemin. Écoutez-moi donc. Les trésors ne sont pas dans une plaine où stagnent les eaux, où brûle la canicule, où la poussière abîme tout, où les épines et les ronces étouffent la végétation et où les voleurs peuvent facilement arriver pour dérober. Les trésors sont au sommet de cette haute montagne, élevée et raboteuse. Je les ai placés là au sommet et ils vous y attendent. La montagne a plus d’un sentier, elle en a même un grand nombre, mais un seul est bon. Quant aux autres, certains finissent sur un précipice, d’autres dans des cavernes sans issues, d’autres dans des fossés d’eau boueuse, d’autres dans des nids de vipères, d’autres sur des cratères de soufre enflammé, d’autres contre des murailles infranchissables. Le bon sentier, au contraire, est fatigant, mais il arrive au sommet sans être interrompu par des précipices ou d’autres obstacles. Pour que vous puissiez le reconnaître, j’y ai mis tout au long, à des distances régulières, dix monuments de pierre sur lesquels sont gravés, pour vous guider, ces trois mots: ‘Amour, obéissance, victoire’. Allez en suivant ce sentier, et vous arriverez au lieu du trésor. Moi, ensuite, par un autre chemin connu de moi seul, je viendrai et je vous ouvrirai les portes pour que vous soyez heureux”.
452.9 – Les deux fils saluèrent le père qui répéta, tant que ses deux fils purent l’entendre: “Suivez le chemin que je vous ai dit. C’est pour votre bien. Ne vous laissez pas tenter par les autres, même s’ils vous semblent meilleurs. Vous perdriez le trésor et moi, avec lui…”.
Les voilà arrivés au pied de la montagne. Un premier monument se trouvait à la base, exactement au commencement du sentier qui était au milieu d’une rangée de sentiers qui escaladaient la montagne en tous sens. Les deux frères commencèrent l’ascension sur le bon sentier. Il était encore très bon au commencement, bien que sans un brin d’ombre. Du haut du ciel, le soleil y tombait à pic l’inondant de lumière et de chaleur. La roche blanche où il était taillé, le ciel pur au-dessus de leurs têtes, la chaleur du soleil qui enveloppait leurs membres, voilà ce que les frères voyaient et ressentaient. Mais animés encore par la bonne volonté, par le souvenir du père et de ses recommandations, ils montaient joyeusement vers la cime. Voici le second monument… et puis le troisième. Le sentier était de plus en plus fatigant, solitaire, brûlant. On ne voyait même pas les autres sentiers où il y avait de l’herbe, des arbres, des eaux claires, et surtout une montée plus douce parce que moins rapide et tracée sur un sol qui n’était pas rocheux.
“Notre père veut nous faire arriver morts” dit un fils en arrivant au quatrième monument.
Et il commença à ralentir la marche. L’autre l’encouragea à poursuivre en disant:
“Il nous aime comme d’autres lui-même et plus encore, puisqu’il nous a sauvé le trésor si merveilleusement. Ce sentier dans la roche, qui, sans déviations monte du bas au sommet, c’est lui qui l’a creusé. Ces monuments, c’est lui qui les a faits pour nous guider. Réfléchis, mon frère! C’est lui, lui tout seul, qui a fait tout cela par amour! Pour nous le donner! Pour nous faire arriver sans erreur possible et sans danger”.