“Toi aussi, tu as eu ton petit-fils guéri et tu ne m’as pas été reconnaissant bien que tu sois un Israélite comme Moi. Un bienfait ne crée pas d’obligation.”

“Si, il la crée. Malheur à celui qui n’est pas reconnaissant pour…”

Élie comprend qu’il se condamne lui-même et, s’embrouillant, il se tait. La foule le raille.

“Vite, ô Rabbi. Grand Rabbi! Saint Rabbi! Il donne des ordres, tu le vois?! Ils vont partir! Veux-tu qu’on me méprise? Veux-tu que je meure?”

“Non. Moi, je ne vais pas rappeler un bienfait. Va toi, et dis-lui: “Le Maître te dit d’user de pitié”. Va!”

Élie s’en va en courant et Jésus se dirige en sens opposé vers sa maison.

Le centurion doit avoir accepté, car on voit les soldats déjà en selle descendre de cheval, rendre une tablette couverte de cire au centurion et ramener leurs chevaux.

447.8 - “Dommage! C’était bien fait pour lui!” s’écrie Pierre.

Et Matthieu lui répond:

“Oui, le Maître devait le laisser punir! Autant de coups que d’insultes qu’il a pour nous. Odieux vieillard!”

“Et ainsi il est tout prêt à recommencer” s’exclame Thomas.

Jésus se retourne sévère:

“Ai-je des disciples ou des démons? Allez, vous dont le cœur est sans miséricorde! Votre présence m’est pénible.”

Les trois restent sur place, pétrifiés par le reproche.

“Mon Fils, tu as déjà tant de douleur! Et moi, j’ai déjà tant de peine! N’y ajoute pas celle-là… Regarde-les…!” implore Marie.

Et Jésus se retourne pour regarder les trois… Trois visages désolés avec, dans les yeux, toute l’espérance et toute la douleur.

“Venez!” commande Jésus.

Oh! les hirondelles sont moins rapides que les trois!

“Et que ce soit la dernière fois que je vous entends dire des paroles semblables à celles-là. Toi, Matthieu, tu n’en as pas le droit. Toi, Thomas, tu n’es pas encore mort pour juger qui est imparfait, en te croyant sauvé. Toi, ensuite, Simon de Jonas, tu as fait comme une grosse pierre que l’on a montée avec peine à la cime et qui a roulé au fond de la vallée. Comprends ce que je veux te dire… Et maintenant, écoutez. Ici, dans la synagogue et dans la ville il est inutile de parler. Je parlerai des barques sur le lac tantôt ici, tantôt là. Vous préparerez les barques, autant qu’il en faut, et nous irons dans les soirées tranquilles ou dans les aubes fraîches…”