Et le centurion après un demi-tour parfait, s’en va, suivi des quatre soldats, laissant en plan Élie, interdit et tremblant, lâchement tremblant…
447.5 - Jésus reprend son discours, comme si rien ne l’avait interrompu:
“Vous devez travailler, autant que le Mal travaille, pour édifier en vous et autour de vous, la maison du Seigneur comme je vous le disais en commençant. Agir avec une grande sainteté, pour que Dieu puisse encore descendre dans les cœurs et sur la chère Patrie qui nous a vus naître et qui est déjà tellement punie et qui ne sait pas quelle nuée de malheur se forme pour elle au septentrion, dans la nation forte qui déjà nous domine et qui nous dominera de plus en plus car les actions des citoyens sont de nature à dégoûter le Très Bon et à exciter le fort. Et avec le courroux de Dieu et de celui qui vous domine vous voulez peut-être avoir la paix et la prospérité? Soyez, soyez bons, ô fils de Dieu. Faites que ce ne soit pas un seul, mais des centaines et des centaines qui soient bons en Israël, pour détourner les redoutables châtiments du Ciel. Je vous ai dit au commencement que là où il n’y a pas de paix, il ne peut y avoir de parole de Dieu qui, entendue paisiblement, donne des fruits dans les cœurs. Et vous voyez que cette réunion n’a pas été tranquille et qu’elle ne sera pas fructueuse. Trop d’agitation dans les cœurs… Allez. Nous aurons encore des heures pour rester unis. Et priez comme Moi je prie pour que qui nous trouble se ravise… Allons, Mère.”
Et, fendant la foule, il sort dans la rue.
447.6 - Élie est encore là et, le teint terreux comme celui d’un mort, il se jette aux pieds de Jésus:
“Pitié! Tu as une fois sauvé mon petit-fils Élisée, mordu par un serpent mortel. Cf. EMV 161. . Sauve-moi pour que j’aie le temps de me repentir. J’ai péché! Je l’avoue. Mais tu es bon. Rome… Oh! que va me faire Rome?”
“Elle te dépoussiérera de la poussière de l’été avec de bons coups de fouet” crie quelqu’un, et les gens rient alors qu’Élie pousse un cri de douleur, comme si déjà il sentait le fouet, et il gémit:
“Je suis vieux… Perclus de douleurs… Hélas!”
“Les soins vont te les faire passer, vieux chacal!”
“Tu vas redevenir jeune et danser…”
“Silence!” impose Jésus aux moqueurs. Et au pharisien:
“Lève-toi, sois digne. Tu sais bien que je ne complote pas avec Rome. Que veux-tu donc que je te fasse?”
“C’est vrai. Oui, c’est vrai. Tu ne complotes pas. Au contraire, tu méprises les romains, tu les hais, tu les mau…”
“Rien de cela. Ne mens pas en me louant, comme auparavant tu mentais en m’accusant. Et sache que ce ne serait pas une louange de dire de Moi que je hais tel ou tel, que je maudis tel ou tel. Je suis le Sauveur de tous les esprits et, à mes yeux, il n’y a pas de races, pas de visages, mais des esprits.”
“C’est vrai! C’est vrai! Mais tu es juste et Rome le sait et c’est pour cela qu’elle te défend. Tu calmes les foules, tu enseignes le respect aux lois et…”
“C’est peut-être une faute à tes yeux?”
“Oh! non! Non! C’est justice! Tu sais faire ce que tous nous devrions faire, parce que tu es juste, parce que…”
Les gens ricanent et murmurent. Nombreuses sont les épithètes de “Menteur! Lâche! Ce matin même, tu disais le contraire!” qu’on entend, même si on parle en sourdine.
“Eh bien, que dois-je faire?”
“Aller! Aller trouver le centurion. Vite! Avant que parte le courrier. Tu vois? Ils préparent déjà les chevaux! Oh! pitié!”
447.7 - Jésus le regarde: petit, tremblant, livide de peur, misérable… Il le considère, et avec compassion. Il n’y a que quatre pupilles qui le regardent avec compassion: celles du Fils et de la Mère. Toute autre est ironique, ou sévère, ou fâchée… Même Jean, même André ont le regard dur d’une sévérité méprisante.
“J’ai pitié. Mais ce n’est pas à Moi d’aller trouver le centurion…”
“C’est un ami, pour Toi…”
“Non.”
“Il t’est reconnaissant, veux-je dire, à cause… à cause du serviteur que tu lui as guéri Dis seulement une parole … Cf. EMV 177. .”