448 – Sur le lac : Pierre, sujet d’une parabole, passe en jugement
24 juin 1946
Le lundi 24 juin 1946.
448.1 - “Où? Maître?” demande Pierre.
Il a terminé les manœuvres et les préparatifs de la navigation et se trouve avec sa barque en tête de la petite flottille de barques qui, chargées de gens, sont prêtes à suivre le Maître.
“À Magdala. Je l’ai promis à Marie de Lazare.”
“C’est bien” répond Pierre et il manœuvre le timon de façon à prendre la bonne direction, en tirant des bords.
Jeanne est dans la barque avec le Maître, Marie très Sainte et Marie de Cléophas et en plus Marziam, Matthieu, Jacques d’Alphée et quelqu’un que je ne connais pas. Elle montre les barques nombreuses qui sont sur le lac, dans la tranquille soirée d’été qui tamise les feux du couchant en cascades de voiles violacés, comme si du ciel il tombait des cascades d’améthystes ou des grappes de glycines en fleurs. Elle dit:
“Peut-être parmi elles il y a aussi les barques des romaines. C’est un de leurs passe-temps favoris de simuler une pêche dans ces soirées tranquilles.”
“Il y en aura pourtant davantage au sud” remarque l’homme que je ne connais pas.
“Oh! non, Benjamin. Ils ont des barques rapides et des bateliers adroits. Ils viennent jusque là-haut.”
“Pour ce qu’ils ont à faire…” bougonne Pierre.
Et il continue dans sa barbe, avec son intransigeance de pêcheur qui voit la navigation et la pêche comme une profession et non comme un passe-temps, presque comme une religion réglée par des lois sévères et utiles et il lui semble que c’est une profanation de s’en servir maladroitement:
“Avec leurs encens et leurs fleurs et leurs parfums et autres choses démoniaques, ils corrompent les eaux; avec leurs musiques, leurs cris stridents et leurs conversations, ils troublent les poissons; avec leurs torches fumeuses, ils les épouvantent; avec leurs filets maudits jetés au hasard, ils abîment les fonds et la reproduction… Cela devrait être interdit. La Mer de Galilée appartient aux galiléens, aux pêcheurs du pays, pas aux prostituées et à leurs compères…
Si j’étais le maître! Je vous ferais voir, fétides barques païennes, sentines flottantes de vices, alcôves qui naviguent pour apporter même ici, sur ces eaux de Dieu, de notre Dieu, à ses fils, vos… Oh! mais regardez! Elles foncent justement vers nous! Mais peut-on voir!… Mais peut-on permettre… Mais…”
448.2 - Jésus interrompt ce réquisitoire, dans lequel Pierre épanche tout son esprit d’Israélite et de pêcheur, rougissant, étouffé par le mépris, haletant comme s’il luttait contre des forces infernales, et il lui dit avec un sourire paisible:
“Mais il est bien que tu ne sois pas le maître. Heureusement tu ne l’es pas! Pour eux et pour toi. En effet tu les empêcherais de suivre une bonne impulsion et donc une impulsion imprimée à leurs esprits - païens, j’en conviens, mais naturellement bons - imprimée à leurs esprits par la Miséricorde Éternelle qui guide ces créatures qui ne sont pas coupables d’être nées dans la Nation romaine au lieu de l’être dans la Nation hébraïque. Dieu jette sur eux un regard de pitié précisément parce qu’il les voit tendre vers ce qui est bon. Et tu te ferais du mal à toi-même car tu commettrais un acte contre la charité et un autre contre l’humilité…”
“Humilité? Je ne vois pas… Étant maître du lac, il me serait permis d’en disposer à mon gré.”
“Non, Simon de Jonas. Non. Tu te trompes. Même les choses qui nous appartiennent, nous appartiennent parce que Dieu les accorde. Donc, en ayant la possession pendant un temps limité, il faut toujours penser qu’il n’y a qu’un Seul qui possède tout et sans limitation ni dans le temps, ni dans l’espace. Un Seul est le Maître. Les hommes… Oh! eux ne sont que les administrateurs de petits morceaux de la grande Création. Mais le Maître c’est Lui, mon Père et le tien et Celui de tous les vivants. De plus, Lui est Dieu, très Parfait par conséquent dans toute sa pensée et dans toute son action. Si Dieu donc regarde avec bienveillance le mouvement de ces cœurs païens vers la Vérité, et non seulement regarde mais favorise ce mouvement en lui imprimant une accélération de plus en plus forte vers le Bien, ne te paraît-il pas que toi, homme, en voulant les empêcher, tu veux au fond empêcher à Dieu une action? Et quand empêche-t-on une chose? Quand on estime qu’elle n’est pas bonne. Tu penserais donc de ton Dieu qu’il fait une action qui n’est pas bonne.
Si de juger ses frères n’est pas une bonne chose parce que tout homme a ses défauts et possède une faculté de connaissance et de jugement si limitée que sept fois sur dix son jugement est erroné, il sera absolument mauvais de juger Dieu dans ses actions. Simon, Simon!
Lucifer a voulu juger Dieu dans une de ses pensées et l’a estimée erronée et il a voulu se substituer à Dieu en se croyant plus juste que Lui Voir à ce propos, les origines du Mal selon Maria Valtorta et le péché d'orgueil qui transforma Lucifer en Satan, les anges déchus en démons et créa l'Enfer éternel. . Tu sais, Simon, à quoi Lucifer a réussi. Et tu sais que toute la douleur dont nous souffrons est venue de cet orgueil…”
448.3 - “Tu as raison, Maître! Je suis un grand malheureux! Pardonne-moi, Maître!”
Et Pierre, toujours impulsif, lâche la barre du timon pour se précipiter aux pieds de Jésus. Alors, la barque subitement laissée à elle-même et justement sur le fil du courant, dévie et fait une embardée effrayante au milieu des cris de Marie de Cléophas et de Jeanne et des occupants de la légère barque jumelle qui voient venir maintenant contre eux la lourde barque de Pierre. Heureusement Matthieu reprend rapidement le timon et la barque reprend sa route après avoir tangué d’une manière effrayante, parce qu’aussi les autres se sont servis des rames pour l’éloigner, lui imprimant des secousses brusques et produisant des remous.
“Ohé, Simon! Une fois tu as insulté les romains en les traitant de mauvais navigateurs Cf. EMV 98.2. , parce qu’ils venaient sur nous, mais aujourd’hui, c’est toi qui fais triste figure… Et justement à leur vue. Regarde comme ils sont tous debout sur les barques pour voir…” dit pour le piquer l’Iscariote en montrant les barques romaines maintenant si proches, dans le miroir d’eau en face de Magdala, qu’on peut les voir, bien que les voiles violacés du soir soient devenus plus sombres en amortissant la lumière.
“Tu as perdu aussi une corbeille et un seau, Simon. Veux-tu que nous cherchions à les repêcher avec les grappins?” dit Jacques de Zébédée d’une autre barque maintenant toute proche parce que, après l’incident, tous se sont groupés autour de la barque de Pierre.