Avec de la boue au bas des vêtements, mais sèches par ailleurs, voici que s’avancent Marie très Sainte et Marie d’Alphée avec les cinq qui sont allés les prendre. Le sourire de Marie, pendant qu’elle monte le court escalier, est plus merveilleux que l’arc-en-ciel resté dans le ciel.
“Ta Mère, Maître!” annonce Thomas.
Jésus va à sa rencontre et tous les autres avec Lui. Et ils se félicitent de ce que les femmes n’aient pas eu d’autre ennui qu’un peu de boue en bas de leurs vêtements.
“Nous nous sommes arrêtés aux premières gouttes chez un maraîcher” explique Matthieu, et il demande: “Vous nous attendiez depuis longtemps?”
“Non. Nous sommes arrivés à l’aurore.”
“Nous avons tardé à cause d’un malheureux…” dit André.
445.14 - “Bien. Maintenant que vous êtes tous ici et que le beau temps est revenu, je serais d’avis de partir ce soir pour Capharnaüm” dit Pierre.
Marie, qui consent toujours, dit cette fois:
“Non, Simon. Nous ne pouvons pas partir si d’abord… Mon Fils, une mère s’est recommandée à moi pour que Toi, Toi seul, qui peux le faire, tu convertisses l’âme de son unique garçon. Je t’en prie, écoute-moi, car je l’ai promis… Pardonne-lui… Ton pardon…”
“Il est déjà donné, Marie. Moi, j’ai déjà parlé au Maître…” interrompt l’Iscariote, croyant que Marie parle de lui.
“Je ne parle pas de toi, Judas de Simon. Je parle d’Esther de Lévi, nazaréenne, une mère tuée par le comportement de son fils. Jésus, elle est morte dans la nuit où tu es parti. Les appels qu’elle faisait vers Toi, n’étaient pas pour elle, pauvre mère martyre d’un fils infâme, mais pour son fils… car nous mères de vous les fils, ce n’est pas de nous que nous nous inquiétons… Elle le veut sauvé, son Samuel… Mais maintenant, maintenant qu’elle est morte, Samuel, en proie aux remords, paraît fou et il ne veut absolument pas entendre raison… Mais Toi, Fils, tu peux sauver son intelligence et son esprit…”
“Est-il repenti?”
“Comment veux-tu qu’il le soit s’il est désespéré?”
“En effet le fait d’avoir tué sa mère en lui donnant des douleurs continuelles doit le rendre désespéré. On ne viole pas impunément le premier des commandements de l’amour envers le prochain. Mère, comment veux-tu que Moi je pardonne et que Dieu donne la paix au matricide impénitent?”
“Mon Fils, cette mère demande la paix de l’autre vie… Elle était bonne… elle a tant souffert…”
“Elle aura la paix pour elle…”
“Non, Jésus. Il ne peut avoir la paix l’esprit d’une mère si elle voit son enfant privé de Dieu…”
“Il est juste qu’il en soit privé.”
“Oui, Fils, oui. Mais pour la pauvre Esther… Sa dernière parole a été une prière pour son fils… Et elle m’a dit de te le dire. Jésus, Esther pendant sa vie n’a jamais eu une joie, tu le sais. Donne-lui celle-là, maintenant qu’elle est morte, donne-la à son esprit qui souffre à cause de son fils.”
“Mère, j’ai cherché à convertir Samuel pendant mes séjours à Nazareth. Mais inutilement, car en lui était éteint l’amour…”
“Je le sais. Mais Esther a offert son pardon, ses souffrances, pour que l’amour renaisse en Samuel. Et qui sait? Ce tourment qu’il souffre maintenant ne pourrait-il pas être un amour qui revit? Un douloureux amour, et quelqu’un pourrait dire: un inutile amour, puisque la mère ne peut en jouir. Mais Toi, mais moi, nous savons que la charité des trépassés est attentive et toute proche. Nous le savons, moi, par la foi, Toi, directement. Les trépassés ne se désintéressent pas de nous, et ils n’ignorent pas ce qui arrive aux êtres aimés qu’ils ont quittés… Et Esther peut encore jouir de ce tardif amour de son fils ingrat, et maintenant bouleversé par le remords. O mon Jésus, je le sais, cet homme t’inspire du dégoût à cause de l’énormité de sa faute.
Un fils qui hait sa mère! Un monstre pour Toi qui es tout amour pour la tienne. Mais justement parce que tu es tout amour pour moi, écoute-moi. Retournons ensemble à Nazareth, tout de suite. La route ne me pèse pas, rien ne me pèse, si cela sert à sauver une âme…”
445.15 - “C’est bien. Tu as gagné, Mère…
Judas de Simon, prends avec toi Joseph et va à Nazareth. Tu m’amèneras Samuel à Capharnaüm.”
“Moi? Pourquoi moi?”