445 – À Tibériade, pendant une tempête, le retour de Judas et deux paraboles. L’arrivée de Marie, qui intercède pour Samuel, fils d’Esther
3 juin 1946
Le lundi 3 juin 1946.
445.1 - Jésus arrive avec les siens à Tibériade par une matinée orageuse, Et il y arrive par un court trajet de Tarichée à Tibériade avec les barques qui se balancent fortement sur le lac très agité et grisâtre comme le ciel parcouru par des nuages qui n’annoncent rien de bon.
Pierre scrute le ciel et le lac et il ordonne aux garçons de mettre les barques en lieu sûr:
“Dans un moment, vous allez entendre quelle musique! Je ne suis plus Simon le pêcheur, si sous peu les averses et les vagues du lac ne font pas de dégâts. Il n’y a personne sur le lac?” se demande-t-il à lui-même, en scrutant la mer troublée de Galilée.
Et il la voit déserte, parcourue seulement par des vagues de plus en plus fortes, sous la chape du ciel de ‘plus en plus menaçante. Il se console en la voyant vide et en pensant qu’elle ne fera pas de victimes humaines, et il suit plus satisfait le Maître qui avance dans les coups de vent si forts que les hommes ont du mal à marcher dans les nuages de poussière avec leurs habits que la bourrasque fait claquer.
Dans Tibériade, dans cette partie de Tibériade habitée par des gens du peuple, familles de pêcheurs ou d’artisans occupés à des travaux qui se rapportent à la pêche, il y a beaucoup d’allées et venues pour rentrer dans les maisons ce que l’orage pourrait détériorer. Des gens courent chargés des filets et des rames des barques déjà mises à l’abri, d’autres traînent dans les maisons les outils de travail, pendant que siffle le vent, que s’élèvent des nuages de poussière et que claquent les portes. L’autre Tibériade, celle qui est plus au nord, le quartier des palais qui s’étendent le long du lac, des beaux parcs que l’on voit sur l’arc de la rive, dort paresseusement. Seuls des serviteurs ou des esclaves, selon que les maisons appartiennent aux israélites ou aux romains, s’affairent à enlever des rideaux sur le haut des terrasses, à retirer les légères embarcations de plaisance, les sièges épars dans les jardins…
445.2 - Jésus, qui a avancé de ce côté, dit à Simon le Zélote et au cousin Jude:
“Allez demander au portier de Jeanne de Kouza JEANNE : Joanna, Joanna (Yohannah) est une variante du prénom Jean (Yohanan). Cf. EMV 99.2 et EMV 167.2. si aucun des nôtres ne nous a cherchés. Moi, j’attends ici.”
“Bien. Et Jeanne?”
“Nous la verrons ensuite. Allez et faites ce que je dis.”
Les deux partent rapidement et pendant que les autres attendent, Jésus les envoie ici et là afin de se procurer la nourriture “pour eux et les femmes, parce qu’il n’est pas juste d’imposer des frais à la famille du disciple” dit Jésus. Et il reste seul, adossé au mur d’un jardin d’où vient une rumeur d’ouragan tant est forte la lutte du vent contre les grands arbres.
Jésus est tout ramassé sur Lui-même, dans ses vêtements qu’il tient bien serrés dans le manteau qu’il a ramené sur sa tête où il fait office de capuchon pour se protéger du vent qui rejette les cheveux dans les yeux. Et ainsi, couvert de poussière, le visage à demi-caché par les pans du manteau, adossé à un mur presque au coin de la rue qui croise une belle artère qui va du lac au centre de la ville, il a l’air d’un mendiant qui attend l’obole.
Quelques passants le regardent, mais comme il ne dit rien, ne demande rien et reste ainsi, la tête penchée, personne ne s’arrête pour Lui donner ou Lui dire quelque chose. Pendant ce temps la bourrasque redouble, et le bruit du lac se fait plus violent, remplissant la ville toute entière de son mugissement.
445.3 - Un homme de grande taille qui avance courbé pour se défendre du vent, tout enveloppé dans son manteau qu’il tient serré sous le cou avec la main, vient du chemin qui va de l’intérieur vers la rive. Pour éviter une file d’ânes de maraîchers qui, après avoir déchargé leurs légumes aux marchés reviennent chez eux, il relève la tête et voit Jésus (et je vois que ce jeune homme est Judas de Kérioth).
“Oh! Maître! dit-il de l’autre côté de la file des ânes. Je venais justement chez Jeanne pour te chercher. Je suis allé à Capharnaüm pour te chercher, mais…”
Le dernier âne est passé et Judas se hâte de rejoindre le Maître en terminant son discours:
“…mais à Capharnaüm il n’y avait personne. J’ai attendu plusieurs jours et puis je suis revenu ici, et tous les jours j’allais chez Joseph et chez Jeanne pour te chercher…”
Jésus le regarde de son regard pénétrant et il arrête cette avalanche de paroles en disant seulement:
“La paix soit avec toi.”
“C’est vrai! Je ne t’ai même pas salué! La paix soit avec Toi, Maître. Mais Toi, tu l’as toujours cette paix!”
“Et toi, non?”
“Je suis un homme, Maître.”
“L’homme juste a la paix. Seul l’homme coupable est troublé. Es-tu tel?”