“Parce que tu n’es pas fatigué. Les autres, oui. Ils ont tant marché pendant que tu te reposais…”

“J’ai marché, moi aussi. Je suis allé à Nazareth te chercher. Ta Mère peut le dire.”

“Tes compagnons sont allés à Nazareth tous les sabbats et maintenant ils reviennent d’un long voyage. Va et ne discute pas…”

“C’est que… À Nazareth ils ne m’aiment pas… Pourquoi m’envoies-tu justement moi?”

“Moi aussi, ils ne m’aiment pas, et pourtant je vais à Nazareth. Il n’est pas nécessaire d’être aimé dans un lieu pour aller à ce lieu. Va et ne discute pas, je te le répète.”

“Maître… moi, j’ai peur des déments…”

“L’homme est bouleversé par le remords, mais il n’est pas dément.”

“Ta Mère l’a dit…”

“Et Moi, je te dis pour la troisième fois: va et ne discute pas. Cela ne peut te faire que du bien de méditer à quoi cela peut amener de faire souffrir une mère…”

“Tu me compares à Samuel? Ma mère est reine dans sa maison. Moi, je ne suis même pas près d’elle pour la surveiller et lui être une charge à cause de mon entretien…”

“Ce ne sont pas ces choses qui sont une charge pour les mères. Mais c’est un lourd fardeau qui les écrase que le manque d’amour de leurs fils, leur conduite imparfaite aux yeux de Dieu et des hommes. Va, te dis-je.”

“Je pars. Et que vais-je dire à l’homme?”

“Qu’il vienne à Capharnaüm, chez Moi Dans la maison de Thomas de Capharnaüm. Sans doute un parent éloigné de Jésus, car il s'adresse à lui familièrement et non avec la déférence habituelle des disciples. .”

“S’il n’a jamais obéi, pas même à sa mère, veux-tu qu’il m’obéisse à moi, maintenant, puisqu’il est ainsi désespéré?”

“Et tu n’as pas encore compris que si je t’envoie c’est signe que j’ai déjà travaillé l’esprit de Samuel en le faisant sortir du délire du remords désespéré?”

“J’y vais. Adieu, Maître. Adieu, Mère. Adieu, amis.”

Et il s’en va tout autre qu’enthousiaste, suivi de Joseph qui, au contraire, est tout heureux d’être choisi pour cette mission.

445.16 - Pierre chantonne quelque chose…

Jésus lui demande:

“Que dis-tu, Simon de Jonas?”

“Je disais une vieille chanson du lac…”

“Laquelle?”

“C’est: “Il en est toujours ainsi! La pêche plaît au cultivateur, mais le pêcheur n’aime pas pêcher!” Et en vérité, ici on a vu que c’était plutôt le disciple qui avait le désir de pêcher que l’apôtre…”

Plusieurs rient. Jésus ne rit pas, il soupire.

“Je t’ai affligé, Maître?” demande Pierre.

“Non. Mais ne critique pas toujours.”

“C’est pour Judas que mon Frère est affligé” dit Jude d’Alphée.

“Toi aussi tais-toi et surtout au fond de ton cœur.”

“Mais, vraiment Samuel a-t-il eu déjà le miracle?” demande Thomas curieux et un peu incrédule.

“Oui.”

“Alors il est inutile qu’il vienne à Capharnaüm.”

“C’est nécessaire. Je n’ai pas guéri complètement son cœur. C’est à lui, de lui-même, de chercher la guérison, c’est-à-dire le pardon par un saint repentir. Mais j’ai fait en sorte qu’il puisse raisonner de nouveau. À lui, maintenant, d’obtenir le reste par sa libre volonté. Descendons. Nous allons parmi les humbles…”

“Pas chez moi, Maître?”

“Non, Jeanne. Toi tu pourras venir quand tu voudras chez Moi, mais eux sont retenus par leurs travaux, et c’est Moi qui vais à eux…”

Jésus descend de la terrasse et sort dans la rue, suivi des autres et aussi de Jeanne qui a envoyé Jonathas à la maison et qui est bien décidée à ne pas se séparer de Jésus, puisque Jésus n’est pas disposé à aller chez elle.

Ils s’en vont vers les maisonnettes pauvres, se dirigeant vers des endroits de plus en plus pauvres et périphériques… Et la vision cesse ainsi.