“Je ne dis pas cela. Je dis que ne pouvant nous isoler… nous devons être forcément couverts par ce qui est du monde.”

“Le Maître et Simon disent justement que l’on doit chercher l’eau du Ciel pour se conserver propre malgré le monde qui nous entoure” dit Jacques d’Alphée.

“Bon! Mais l’eau du Ciel est-elle toujours à notre disposition, pour nous nettoyer?”

“Oui” dit Jean avec assurance.

“Oui? Et où la trouves-tu?”

“Dans l’amour.”

“L’amour, c’est du feu. Il te brûle davantage.”

“C’est du feu, oui, mais c’est aussi l’eau qui lave. Car il éloigne tout ce qui est de la terre et donne tout ce qui est du Ciel.”

”…Opérations que je ne comprends pas: il éloigne, il apporte…”

“Oui, je ne suis pas fou. Je dis qu’il t’enlève ce qui est humanité et qu’il te donne ce qui vient de Dieu et qui par conséquent est divin. Et une chose divine ne peut que nourrir et sanctifier. Jour après jour l’amour te nettoie de ce que le monde t’a donné.”

445.12 - Judas va répliquer, mais le petit qui est sur le sein de Jésus, dit:

“Une autre parabole, belle, belle… pour moi…” et cela apporte une diversion à la discussion.

“Sur quoi, petit?” demande Jésus avec bienveillance.

L’enfant regarde autour de lui, et puis il trouve. Il dirige un doigt vers sa mère, et il dit:

“Sur la mère.”

“La mère est pour l’âme et pour le corps ce que Dieu est pour eux. La mère que fait-elle pour toi? Elle veille sur toi, elle te soigne, elle t’éduque, elle t’aime, elle fait attention pour que tu ne te fasses pas mal, elle te protège, comme fait la colombe avec ses petits, sous les ailes de son amour. Et la mère doit être obéie et aimée, parce que tout ce qu’elle fait, elle le fait pour notre bien. Le bon Dieu aussi, et bien plus parfaitement que la plus parfaite des mères, garde ses enfants sous les ailes de son amour, les protège, les éduque, les aide, pense à eux nuit et jour. Mais le bon Dieu, aussi et beaucoup plus que la mère - en effet la mère est le plus grand amour de la Terre, mais Dieu est le plus grand et l’éternel amour de la Terre et du Ciel - doit être obéi et aimé, car tout ce qu’il fait, Il le fait pour notre bien…”

“Même les éclairs?” interrompt l’enfant qui en a une grande peur.

“Eux aussi.”

“Pourquoi?”

“Parce qu’ils nettoient le ciel et l’air et…”

“Et après arrive l’arc-en-ciel…!” s’écrie Pierre qui, moitié dehors et moitié dedans, a écouté et s’est tu. Et il ajoute: “Viens, tourtereau, je te le fais voir. Regarde comme c’est beau…!”

Et, en effet, la lune éclaire le ciel car la tempête est passée, et un immense arc-en-ciel, qui part des rives de Hippos, jette le ruban de son arc par-dessus le lac pour aller se perdre au-delà des montagnes en arrière de Magdala.

Tout le monde se rend sur le seuil, mais pour voir le lac il faut se déchausser car la cour est une mare d’eau jaunâtre qui s’écoule lentement. Comme souvenir de la tempête, il reste le lac devenu jaunâtre avec des vagues qui tendent à se calmer. Mais le ciel est serein, mais l’air est léger, mais les feuillages ont repris leur couleur.

445.13 - Et Tibériade reprend vie… Et bientôt on voit, par la rue encore pleine d’eau et de boue, arriver Jeanne avec Jonathas. Elle lève les yeux pour saluer le Maître qui est sur la terrasse et elle monte vivement pour se prosterner, heureuse… Les apôtres parlent entre eux et Judas seul, à mi-chemin entre Jésus et Jeanne d’une part et les apôtres de l’autre, reste à part, tout pensif. Je parie qu’il écoute avec la plus grande attention les paroles de Jeanne dont la pensée en ce qui concerne Judas a été indéchiffrable, car elle a salué tous les apôtres d’un unique: “Paix à vous.”

Mais Jeanne parle uniquement des enfants et de la permission que Kouza lui a donnée d’aller en barque à Capharnaüm pendant que le Maître y est. Alors les soupçons de Judas se calment, et il rejoint ses compagnons…