“Oui, c’est vrai. Tu as raison, Maître. La paix est ici… Dans tes bras… Je suis un malheureux… Toi seul me comprends et m’aimes… Toi seul… Je suis un sot… Pardonne-moi, Maître.”
“Oui, sois bon, sois humble. Si tu tombes, viens vers Moi et je te relèverai. Si tu es tenté, accours vers Moi. Je te défendrai de toi-même, de ceux qui te haïssent, de tout…
445.6 - Mais relève-toi. Les autres arrivent…”
“Un baiser, Maître… Un baiser…”
Et Jésus l’embrasse… et Judas se remet… Oui, mais en attendant, je me dis qu’il n’a nullement avoué ses fautes…
“Nous avons tardé un peu, car Jeanne était déjà levée et le portier a voulu l’avertir. Elle viendra dans la journée chez Joseph, pour te vénérer” dit le Thaddée.
“Chez Joseph? S’il arrive la masse d’eau que le ciel promet, ces rues seront des marécages. Jeanne ne viendra certainement pas dans ce taudis et par ces rues. Il vaudrait mieux que nous allions chez elle…” dit Judas qui a déjà repris son assurance.
Jésus ne lui répond pas, mais il demande à son cousin:
“Est-ce qu’aucun des nôtres ne nous a cherchés chez Jeanne?”
“Personne encore.”
“C’est bien. Allons chez Joseph. Les autres nous y rejoindront…”
“Si j’étais sûr que nos mères sont en route, j’irais bien à leur rencontre” dit Jude d’Alphée.
“Ce serait bien, mais plusieurs routes arrivent à Tibériade, et peut-être elles n’ont pas pris la principale…”
“C’est vrai, Jésus… Allons…”
445.7 - Ils s’en vont rapidement au milieu des éclairs qui sillonnent le ciel blême et les premiers roulements du tonnerre qui résonnent brutalement dans les gorges des collines qui entourent le lac presque complètement. Ils entrent dans la pauvre maison de Joseph qui, dans la tempête, paraît encore plus pauvre et plus sombre. De lumineux, il n’y a que le visage du disciple et des siens, bienheureux d’avoir le Maître dans leur maison.
“Mais tu tombes mal, Seigneur, s’excuse le batelier. Je n’ai pas pu pêcher dans ce lac, et… je n’ai que des légumes…”
“Et ton bon cœur. Mais j’y ai pensé. Les compagnons vont venir avec ce qu’il faut. Ne te fatigue pas, femme… Nous pouvons nous asseoir même par terre. C’est si propre. Tu es une brave femme, je le sais, mais l’ordre que je vois ici le confirme.”
“Oh! mon épouse! La vraie femme forte! Ma joie, notre joie” proclame le batelier, ravi de l’éloge du Seigneur qui s’est assis tranquillement au bord du foyer éteint, presque par terre, en prenant sur ses genoux un petit enfant qui le regarde, étonné.
Ils entrent, au moment de la première averse, ceux qui sont allés pour les achats et, sur le seuil, ils secouent leurs manteaux et leurs sandales pour ne pas apporter d’eau ni de boue dans la maison.
C’est une fin du monde de tonnerre, d’éclairs, de pluie, de vent. Le mugissement du lac accompagne les soli des éclairs et les hurlements du vent.
“Salut! L’été se baigne les plumes et arrose le foyer… Après cela ira mieux… Pourvu que cela n’endommage pas les vignes…
445.8 - Puis-je aller là-haut, pour regarder le lac? Je veux voir quelle humeur il a…”
“Va. va. La maison est à vous” répond le disciple à Pierre.
Et Pierre, avec sa seule tunique, sort bienheureux pour jouir de la tempête, il monte l’escalier extérieur et reste sur la terrasse pour se rafraîchir et il donne son avis à ceux de l’intérieur comme s’il était sur le pont de sa barque à commander les manœuvres.
Les autres sont assis çà et là dans la cuisine où on y voit à peine, car on doit tenir la porte à moitié fermée à cause de la pluie et, par la fente, il entre un filet de lumière verdâtre qu’interrompt la brève et éblouissante clarté des éclairs…