“Moi?… Non, non, Maître. Du moins… Certainement, pour dire vrai, d’être loin de Toi ne me rendait pas heureux… Mais ce n’était pas encore être privé de paix. C’était la nostalgie de Toi, à cause de l’affection que j’ai pour Toi… Mais la paix, c’est autre chose, n’est-ce pas …?”

“Oui. C’est autre chose. Les séparations ne peuvent porter atteinte à la paix du cœur, si le cœur de celui qui est séparé ne fait pas de choses que sa conscience lui indique comme capables d’affliger l’aimé, s’il les savait

“Mais ceux qui sont absents ne savent pas… À moins qu’il n’y ait quelqu’un qui les informe.”

Jésus le regarde et se tait.

445.4 - “Tu es seul, Maître?” demande Judas en cherchant à détourner la conversation vers des sujets plus banals.

“J’attends ceux que j’ai envoyé chez Jeanne pour savoir si ma Mère est venue de Nazareth.”

“Ta Mère? Tu fais venir ta Mère ici?” Judas s'étonne, car Tibériade, ville cosmopolite peuplée de païens, avait une mauvaise réputation. Voir d'ailleurs les réactions effrayées de Marie d'Alphée en EMV 438.1/2.

“Oui. Je resterai avec elle à Capharnaüm pendant toute la lune, en me rendant en barque dans les villages de la rive, mais en revenant chaque jour à Capharnaüm. Il doit y avoir beaucoup de disciples…”

“Oui… Beaucoup…”

Judas a perdu sa faconde. Il est pensif…

“Tu n’as rien à me dire, Judas? Nous sommes tous les deux seuls… Rien ne t’est arrivé, pendant ce temps de séparation, aucun fait sur lequel tu sentes nécessaire d’avoir la parole de ton Jésus?” dit doucement Jésus comme pour aider le disciple à avouer en lui faisant sentir tout son miséricordieux amour.

“Et Toi, tu ne sais rien qui en moi demande ta parole? Si tu le sais - moi en vérité je ne connais pas ce qui mérite cette parole - parle. Cela pèse à un homme de devoir se rappeler ses fautes et ses défauts et de les avouer à un autre…”

“Moi qui te parle, je ne suis pas un autre homme, mais…”

“Non. Tu es Dieu. Je le sais. Mais à cause de cela, il n’est pas nécessaire que ce soit moi qui parle. Toi, tu sais…”

“Moi, je ne suis pas un autre homme, disais-je, mais je suis ton Ami le plus affectueux. Je ne te dis pas le Maître, le supérieur, mais je te dis: l’Ami…”

“C’est toujours la même chose. C’est toujours l’ennuyeuse recherche de ce qui s’est fait dans le passé, et dont l’aveu pourrait provoquer des reproches. Mais, plus que les reproches, c’est de déchoir dans l’estime de l’ami qui afflige…”

445.5 - “À Nazareth, le dernier sabbat que je m’y trouvai, Simon Pierre dit par inadvertance à un compagnon une chose qu’il devait taire. Ce n’était pas une désobéissance volontaire, ce n’était pas une médisance, ce n’était pas une chose susceptible de faire du tort au prochain. Simon Pierre l’avait dite à un cœur honnête et à un homme sérieux. Ce dernier, se voyant amené à connaître une chose secrète sans que lui-même ou Pierre l’eussent voulu, jura qu’il ne répéterait pas le secret à d’autres.

Simon pouvait être tranquille… Mais il ne le devint que lorsqu’il m’eut fait l’aveu de la faute. Tout de suite… Pauvre Simon! Il appelait cela une faute! Mais si dans le cœur de mes disciples il n’y avait que des fautes comme celle-là, et autant, autant d’humilité, autant de confiance, autant d’amour que Pierre, oh! je devrais me proclamer Maître d’une troupe de saints …!”

“Et ainsi tu veux me dire que Pierre est saint et que je ne le suis pas. C’est vrai. Je ne suis pas un saint. Chasse-moi, alors…”

“Tu n’es pas humble, Judas. L’orgueil te ruine. Et tu ne me connais pas encore…” termine Jésus avec une immense tristesse.

Judas se rend compte de cette peine, et il murmure:

“Pardonne-moi, Maître …!”

“Toujours. Mais sois bon, fils! Sois bon! Pourquoi veux-tu te faire du mal à toi-même?”

Judas a des larmes sur les cils, vraies ou fausses je ne sais, et il se réfugie dans les bras de Jésus en pleurant sur son épaule. Et Jésus lui caresse les cheveux en murmurant:

“Pauvre Judas! Pauvre, pauvre Judas qui va chercher ailleurs, où il ne peut la trouver, sa paix, et quelqu’un qui puisse le comprendre…”