“Tu es ma petite femme et je t’apprendrai tant de choses, et quand Abel ira au loin pour évangéliser, toi et moi, nous accueillerons les pèlerins, comme dit le Seigneur, nous ferons tant de bien en son Nom. Tu es jeune et tu m’aideras…”
441.7 - “Mais regardez quelle lumière là-bas, au-delà de cette colline!” s’écrie Jacques de Zébédée qui les a rejointes. “C’est un bois qui brûle?”
“Ou un village?”
“Courons voir…”
Personne n’est plus fatigué, car la curiosité fait disparaître toute autre sensation. Jésus les suit, bienveillant, et il quitte la route pour un sentier qui monte sur un coteau. Le sommet est vite rejoint…
Ce n’est ni un bois, ni un village qui brûle, mais une vaste cuvette entre deux coteaux, toute en bruyère. Les bruyères, desséchées par l’été, ont pris feu peut-être par quelque étincelle échappée aux bûcherons qui ont travaillé plus haut à l’abattage des arbres et maintenant elles brûlent: un tapis de flammes basses mais vives qui se déplace après avoir consumé là où le feu a pris, en cherchant de nouvelles bruyères à brûler. Les bûcherons essaient un contre-feu en battant les flammes, mais c’est inutile. Ils sont peu nombreux et quand ils travaillent d’un côté, le feu s’étend d’un autre.
“Si le feu arrive au bois, ce sera un désastre. Il y a des résineux” dit sentencieusement Philippe.
441.8 - Jésus, les bras croisés, debout au sommet du coteau, regarde et réfléchit en souriant…
La lumière blanche de la lune à l’orient contraste vivement avec la lumière rouge des flammes à l’occident. La lune rend les spectateurs tout blancs par derrière alors que la réverbération des flammes leur rougit le visage.
Et les flammes courent, courent, comme les eaux qui débordent, montent et s’étendent… L’incendie est à quelques mètres du bois, et déjà il éclaire les piles de bois qui sont sur le bord et sa clarté, de plus en plus vive, montre les petites maisons d’un village situé au sommet du coteau sur lequel monte le feu.
“Pauvres gens! Ils vont tout perdre!” disent plusieurs.
Et ils regardent Jésus qui ne parle pas et qui sourit…
Mais ensuite… voilà qu’il décroise les bras et crie:
“Arrête-toi! Meurs! Je le veux.”
Et comme si un grand boisseau s’abaissait pour étouffer les flammes, voilà que par un prodige, le feu cesse de flamber. La danse vive, agile, des langues de flammes se change en un rouge de braises allumées, mais sans flammes, puis le rouge devient violet, gris rouge… quelque éclair glisse encore parmi les cendres… et puis il ne reste que la lune dont la lumière argentée éclaire les bois.
À sa blanche clarté, on voit les bûcherons qui se réunissent avec de grands gestes, regardant tout autour d’eux, en haut… pour découvrir l’ange du miracle…
“Descendons. Je travaillerai les âmes avec le motif imprévu qui m’a été donné et nous ferons halte dans ce village au lieu de nous arrêter à la ville. Nous partirons à l’aube. Ils auront une place pour les femmes. Pour nous, le bois nous suffit” dit Jésus et il descend rapidement suivi des autres.
“Mais pourquoi souriais-tu ainsi? Tu paraissais bienheureux!” demande Pierre.
“Tu le sauras par mes paroles.”
441.9 - Ils sont déjà là où la friche s’est changée en cendres encore chaudes et qui craquent sous les sandales. Ils la traversent. Quand ils sont arrivés au milieu, là où la lune donne en plein, les bûcherons les aperçoivent.
“Oh! Moi, je l’ai dit! Lui seul pouvait avoir fait cela! Courons pour le vénérer” crie un bûcheron et il le fait en se jetant dans la cendre aux pieds de Jésus.
“Pourquoi crois-tu que je l’aie pu?”
“Parce qu’il n’y a que le Messie qui puisse le faire.”
“Et comment sais-tu que je suis le Messie? Tu me connais peut- être?”
“Non. Mais seul celui qui est bon et qui aime les pauvres peut avoir eu pitié, et seul le Saint de Dieu peut avoir commandé au feu et être obéi. Béni soit le Très-Haut qui nous a envoyé son Messie! Et le Messie qui est venu à temps pour sauver nos maisons!”