“Vous devriez avoir plus d’empressement pour sauver vos âmes.”

“Elles se sauvent en croyant en Toi et en cherchant à faire ce que tu enseignes. Mais tu comprends, Seigneur, que la désolation d’être dépouillés de tout peut rendre faibles nos faibles âmes… et les porter à douter de la Providence.”

“Qui vous a instruits à mon sujet?”

“Certains de tes disciples… Voici nos familles… Nous avions envoyé les éveiller craignant que toute la colline ne brûle… Avancez… Et puis nous avions envoyé un autre homme pour dire qu’il y avait un miracle et de venir voir. Voilà nos familles, Seigneur. La mienne, celle de Jacob, celle de Jonathas, celle de Marc, celle de mon frère Tobie, de mon beau-frère Melchias, celle de Philippe et celle d’Eléazar. Et puis les autres de ceux qui sont bergers et qui maintenant sont sur les pâturages…”

Il y a un groupe de deux cent cinquante personnes au maximum, y compris les nombreux petits, encore nourrissons ou à peine sevrés, qui pleurnichent à moitié éveillés ou bien dorment, inconscients du danger qu’ils ont couru.

“Paix à vous tous. L’ange de Dieu vous a sauvés. Louons ensemble le Seigneur.”

“Tu nous a sauvés! Toi toujours présent là où des fidèles croient en Toi!” disent plusieurs femmes…

Et les hommes acquiescent gravement.

441.10 - “Oui, où il y a la foi en Moi, la Providence est présente. Cependant, dans les choses de l’esprit comme dans les choses matérielles, il faut agir avec une continuelle prudence. Qu’est-ce qui a mis le feu aux brindilles? Probablement une étincelle qui s’est échappée de vos foyers, ou bien une branche qu’un enfant a voulu allumer au feu, pour s’amuser à l’agiter et à la lancer, avec l’insouciance de cet âge, en bas. En effet c’est beau de voir une flèche de feu traverser l’air qui s’assombrit. Mais voyez ce que peut faire une imprudence! Elle peut faire de graves ruines. Une étincelle, ou une brindille tombée sur des bruyères sèches a suffi à mettre le feu à une vallée, et si l’Éternel ne m’avait pas envoyé, le bois serait devenu un brasier qui aurait consumé dans un étau de feu vos biens et vos vies.

Il en est ainsi des choses de l’esprit. Il faut exercer une continuelle et prudente attention pour qu’une flèche de feu, une étincelle ne s’en prenne à votre foi et ne la détruise, après avoir couvé sans être remarquée dans le cœur, en un incendie voulu par ceux qui me haïssent et provoqué par eux pour m’enlever des fidèles.

Ici le feu, arrêté à temps, a fait un bienfait de ce qui aurait pu être un désastre, en détruisant la friche inutile que vous aviez laissée prospérer dans la vallée, et en vous préparant par la destruction et par la fumure des cendres un terrain que, si vous en avez la volonté, vous pourrez rendre fertile par des cultures utiles. Mais, dans les cœurs, il en est bien autrement! Et quand tout le Bien est disparu en vous, plus rien ne peut lever en vous, sauf des ronces pour servir de litière aux démons.

Rappelez-vous cela et restez en garde contre les insinuations de mes ennemis qui, comme des étincelles infernales, seront jetées dans vos cœurs. Soyez prêts alors pour le contre-feu. Et quel est ce contre-feu? C’est une foi de plus en plus forte, une volonté inébranlable d’appartenir à Dieu. C’est d’appartenir au Feu saint, car le feu ne mange pas le feu. Or si vous êtes un feu d’amour pour le Dieu vrai, le feu de la haine contre Dieu ne pourra vous nuire. Le Feu de l’amour triomphe de tout autre feu. Ma Doctrine est amour, et celui qui la recueille entre dans le Feu de la Charité et il ne peut plus être torturé par le feu du démon.

441.11 - Du haut de ce coteau, pendant que je regardais brûler la friche et que j’entendais les paroles que vos esprits adressaient au Seigneur leur Dieu, plus encore que je ne voyais vos actions tendues pour éteindre les flammes, je souriais. Et un de mes apôtres m’a dit: “Pourquoi souriais-tu?” Je lui ai promis: “Je te le dirai en parlant à ceux qui sont sauvés”. Je le fais. Je souriais en pensant que, de même que les flammes se propageaient parmi les bruyères de la vallée, mortifiées vainement par vos manœuvres, de même ma Doctrine se propagera dans le monde, vainement persécutée par ceux qui ne veulent pas la Lumière. Et elle sera lumière, et elle sera purification, et elle sera bénéfique. Combien de serpents ont péri dans ces cendres et avec eux d’autres êtres nuisibles! Vous craigniez cette vallée parce qu’il s’y trouvait trop d’aspics. Voilà qu’il n’en survit pas un seul. Pareillement le monde sera libéré de tant d’hérésies, de tant de péchés, de tant de douleurs, quand il m’aura connu et qu’il aura été purifié par le feu de ma Doctrine. Purifié et libéré des végétations inutiles, rendu capable de recevoir la semence, devenu riche en fruits de sainteté.

Voilà pourquoi je souriais… Dans le feu qui avançait, je voyais un symbole de la propagation de ma Doctrine dans le monde. Puis la charité pour le prochain, qui ne doit pas être séparée de celle que l’on a pour Dieu, a ramené ma pensée vers vos besoins et j’ai abaissé le regard mental de la contemplation des intérêts de Dieu vers celle des intérêts des frères et j’ai arrêté le feu pour que dans votre joie vous louiez le Seigneur.

Vous voyez ainsi que ma pensée est montée vers Dieu et en est descendue, devenue encore plus puissante, car l’identification à Dieu augmente toujours nos puissances d’action et ensuite est remontée, en même temps que la vôtre, vers Dieu. De cette façon, grâce à la charité, j’ai servi en même temps les intérêts de Dieu et ceux de mes frères. Faites, vous aussi, la même chose à l’avenir.

441.12 - Et maintenant je vous demande pour ces femmes un abri pour la nuit. La lune descend et l’incendie a retardé notre marche, et alors nous ne pouvons continuer jusqu’à la ville voisine.”

“Viens! Venez! Il y a de la place pour tout le monde. Nous pouvions être sans toits. Nos maisons sont vôtres. Maisons de pauvres, mais propres. Venez et elles seront bénies” crient-ils tous.

Et lentement ils remontent la pente plutôt escarpée jusqu’au village qui a miraculeusement échappé à la destruction, puis chacun des voyageurs disparaît chez son hôte…