“Elle a voulu saluer ses bonnes maîtresses et Simon et Judas l’ont accompagnée à l’Antonia. Tu le sais?”

“Je le sais. Eh bien?”

“Maître… je dois te donner une douleur… Maître, tu n’es vraiment qu’un Roi de l’esprit? Tu ne penses pas à des royaumes terrestres?”

“Mais non, Jeanne! Comment peux-tu encore le penser?”

“Maître pour avoir la joie de te voir une fois de plus divin, seulement divin. Mais précisément parce que tu es tel, je dois te causer une douleur… Maître, l’homme de Kérioth ne te comprend pas, et il ne comprend pas celle qui te respecte comme un sage, comme un grand philosophe, comme une Vertu sur la Terre, mais t’admire seulement pour cela et pour cela se fait ta protectrice. C’est étrange que des païennes comprennent ce que ne comprend pas un de tes apôtres, après avoir été si longtemps avec Toi…”

“Il est aveuglé par l’humanité, l’amour humain.”

“Tu l’excuses… Mais il te nuit, Maître. Pendant que Simon parlait avec Plautina, Lydia et Valeria, Judas a parlé avec Claudia en ton nom, comme ton ambassadeur. Il voulait lui arracher des promesses pour une restauration du royaume d’Israël. Claudia l’a longuement interrogé… Lui a beaucoup parlé. Il pense certainement être au seuil de son rêve fou, là où le rêve se change en réalité. Maître. Claudia en est indignée. C’est une fille de Rome… Elle a l’empire dans le sang… Comment veux-tu qu’elle, justement elle, la fille de la gens Claudia gens Claudia : à Rome, une gens était un groupe de familles se rattachant à un même ancêtre, en l'occurrence Claudius. La gens Claudia était patricienne et particulièrement influente. , marche contre Rome? Elle en a été si profondément choquée qu’elle a douté de Toi et de la sainteté de ta doctrine.

Elle ne peut encore concevoir, comprendre la sainteté de ton Origine… Mais elle y arrivera parce qu’elle a bonne volonté. Elle y arrivera quand elle se sera rassurée sur ton compte. Pour l’instant tu lui parais un rebelle, un usurpateur, avide, faux… Plautina et les autres ont essayé de la rassurer… Mais elle veut de Toi une réponse immédiate.”

400.6 – “Dis-lui qu’elle ne craigne pas. Je suis le Roi des rois, Celui qui les crée et qui les juge, mais je n’aurai pas d’autre trône que celui de l’Agneau, d’abord immolé, ensuite triomphant au Ciel. Fais-le-lui savoir sans tarder.”

“Oui Maître, je vais y aller personnellement. Avant qu’elles ne quittent Jérusalem, car Claudia est tellement indignée qu’elle ne reste pas davantage à l’Antonia… pour ne pas… voir les ennemis de Rome, dit-elle.”

“Qui t’a dit cela?”

“Plautina et Lydia. Elles sont venues… et Kouza était présent… et depuis… il m’a posé le dilemme. Ou bien tu es le Messie spirituel, ou bien je te quitte pour toujours.”

Jésus a un sourire lassé sur son visage qui a pâli de douleur au récit de Jeanne, et il dit:

“Kouza ne vient-il pas ici?”

“Demain c’est le sabbat et il y sera.”

“Et Moi je le rassurerai. Ne crains pas. Que personne ne craigne. Ni Kouza pour sa place à la Cour, ni Hérode pour d’éventuelles usurpations, ni Claudia pour l’amour de Rome, ni toi par la crainte de t’être trompée, de pouvoir être séparée…

Que personne ne craigne… Moi seul je dois craindre… et souffrir…”

“Maître, cette douleur, je n’aurais pas voulu te la donner. Mais le silence aurait été une tromperie… Maître, comment te comporteras-tu avec Judas?… J’ai peur de ses réactions… pour Toi, toujours pour Toi…”

“Avec vérité. Je lui ferai comprendre que je sais et que je désapprouve son acte et son obstination.”

“Il me haïra car il comprendra que c’est par moi que tu sais…”

“Tu en souffres?”

“Ta haine serait pour moi une douleur. Pas la sienne. Je suis une femme, mais plus virile que lui à ton service. Je te sers parce que je t’aime, non pour avoir des honneurs de Toi. Si demain, à cause de Toi, je perdais les richesses, l’amour de mon époux et même la liberté et la vie, je t’aimerais davantage parce que, alors, je n’aurais que Toi à aimer et pour m’aimer” dit Jeanne impétueusement en se levant.

400.7 – Jésus aussi se lève et il dit:

“Sois bénie, Jeanne, pour cette parole. Et reste en paix. Ni la haine ni l’amour de Judas ne peuvent changer ce qui est écrit dans le Ciel. Ma mission sera accomplie comme c’est décidé. N’aie pas de remords, jamais. Sois tranquille comme le petit Mathias qui, après avoir travaillé à faire une maison selon lui plus belle à son grillon, s’est endormi le front sur des pétales de roses et qui sourit… en croyant l’avoir sur les roses. Car la vie est belle quand on est innocent. Moi aussi je souris, même si ma vie humaine n’a pas de fleurs mais des pétales effeuillés, fanés. Mais au Ciel j’aurai toutes les roses de ceux qui sont sauvés… Viens. La nuit tombe. Bientôt nous n’allons plus voir le sentier.”

Jeanne va prendre l’enfant dans ses bras.

“Laisse… Je le prends. Regarde comme il sourit! Certainement il rêve au Ciel, à sa maman. Et toi… Moi aussi, dans mes peines de toutes les heures, je rêve au Ciel, à Maman et aux bonnes disciples.”

Et lentement ils se dirigent vers la maison…