“Tu ne le rencontreras plus. Moi, je ne reviendrai plus jamais à Kérioth et Judas non plus. Nous avons déjà salué les habitants…”

“Oh! Tu as dit…”

“Que je ne reviendrai plus. Judas a dit qu’il ne pourra plus venir jusqu’après mon élévation. Mais lui croit qu’il me verra monter sur un trône et ce qui m’attend, au contraire, c’est la mort de la croix. Et il croit devenir un de mes ministres. Au contraire, c’est la mort qui l’attend. Mais toi, tu ne diras pas cela. Jamais. Que la mère ignore jusqu’à ce que tout soit accompli. Tu l’as dit: “La malheureuse! Savoir à l’avance que le fils doit mourir”. Mais si les souffrances de ma Mère, même pour cela, tendent déjà à augmenter les mérites de mon Sacrifice, pour Marie de Simon c’est de la pitié de se taire. Tu ne parleras pas.”

“Non, Seigneur. Je le jure au nom de ma Jeanne.”

“Je veux une autre promesse! Grande! Sainte! Tu es bonne. Tu m’aimes déjà…”

“Oui. Tellement. Je suis en paix depuis que tu es ici…”

“Quand Marie de Simon n’aura plus de fils, et que le monde la couvrira de… mépris, toi, toi seule tu lui ouvriras ta maison et ton cœur. Me le promets-tu? Au nom de Dieu et de Jeanne. Elle, elle l’aurait fait car Marie était toujours pour elle la mère de celui qu’elle aimait toujours” continue Jésus.

”… Oui!” et elle pleure…

395.8 – “Que Dieu te bénisse, ô femme, et te donne la paix… et la santé… Viens, allons à la rencontre de Marie, pour lui donner le baiser de paix…”

“Mais… Seigneur… Moi, je ne peux pas marcher. J’ai les jambes enflées et inertes. Tu vois? Je suis ici, habillée, mais je ne suis qu’un tronc…”

“Tu l’étais. Viens!” et il lui tend la main pour l’inviter.

La femme, les yeux dans les yeux de Jésus, déplace ses jambes, les sort du lit. pose par terre ses pieds déchaussés, se lève, marche… Elle paraît fascinée. Elle ne se rend même pas compte de la guérison qui est survenue… Elle sort. la main toujours dans celle de Jésus, dans le couloir à moitié obscur… Elle va vers la sortie. Elle y est presque arrivée quand elle rencontre la servante d’auparavant qui pousse un cri de joie effrayée… Les autres serviteurs accourent, craignant que ce ne soit signe de mort. Ils voient leur maîtresse, tout à l’heure mourante et avec de la rancœur pour Marie de Simon, qui court, les bras tendus, après avoir quitté Jésus, vers Marie humiliée, elle l’appelle, l’accueille sur son cœur, et toutes les deux pleurent…

395.9 – …Pendant le retour à sa maison, après l’adieu de paix, Marie de Simon remercie le Seigneur et demande:

“Quand viendras-tu faire d’autres bienfaits?”

“Jamais plus, ô femme. Je l’ai déjà dit aux habitants. Mais mon cœur sera toujours avec toi. Rappelle-toi, rappelle-toi toujours que je t’ai aimée et que je t’aime. Rappelle-toi que je sais que tu es bonne, et que Dieu t’aime pour cela. Rappelle-le-toi toujours. Même au moment des heures terribles. Que jamais l’idée ne te vienne que Dieu te juge coupable. À ses yeux ton âme apparaîtra toujours comme ornée des pierres précieuses de tes vertus et des perles de ta souffrance. Marie de Simon, mère de Judas, je veux te bénir, je veux t’embrasser et te donner un baiser pour que ton baiser maternel, sincère, fidèle, soit pour Moi une compensation de tout autre… pour que mon baiser soit pour toi une compensation de toute douleur. Viens, mère de Judas. Et merci, merci pour tout ce que tu m’as donné d’amour et d’honneur”

Et il l’embrasse et il la baise au front, comme il le fait pour Marie d’Alphée.

“Mais, nous nous verrons encore! Je viendrai à la Pâque…”

“Non. Ne viens pas. Je t’en prie. Veux-tu me faire plaisir? Ne viens pas. Les femmes à la Pâque prochaine, non!”

“Mais pourquoi?…”

“Parce qu’il y aura un terrible soulèvement à Jérusalem, à la prochaine Pâque. Ce ne sera pas la place des femmes! Et même… Marie, j’ordonnerai à ton parent de te rejoindre. Restez ensemble. Tu en as besoin car… désormais Judas ne pourra plus t’aider, ni venir…”

“Je ferai comme tu dis… Donc jamais plus, jamais plus je ne verrai ton visage où se reflète la paix du Ciel? Quelle paix tu as déversé de tes yeux dans mon cœur douloureux…” Marie pleure.

“Ne pleure pas. La vie est courte. Ensuite tu me verras pour toujours dans mon Royaume.”

“Alors tu penses que ton humble servante y entrera?…”

“Je vois déjà ta place dans la troupe des martyrs et des corédempteurs. Ne crains pas. ô Marie. Le Seigneur sera ton éternelle récompense. Allons. Le soir arrive et c’est l’heure de se remettre en route…”

Et ils refont la route à travers les champs et les pommeraies jusqu’à la maison où les apôtres attendent. Jésus brusque les adieux, bénit, se met à la tête des siens… Il s’en va… Marie pleure, à genoux…