395 – Les deux malheureuses mères de Kérioth. Les adieux à la mère de Judas

28 février 1946

Le jeudi 28 février 1946.

395.1 – “Seigneur, tu ne viendrais pas avec moi, avec moi seule, chez une mère malheureuse? C’est ce que je désire plus que toute autre chose” dit Marie de Simon.

Elle se tient respectueusement en face de Jésus, alors qu’après le repas de midi les apôtres se sont dispersés pour se reposer, avant de reprendre la route dans la soirée. Jésus, de son côté, est à l’ombre des pommiers chargés de pommes vertes qui commencent à mûrir. Il semble que Marie reprenne une conversation déjà commencée.

“Oui, femme. Moi aussi, je désire rester avec toi, seuls dans ces dernières heures, comme je l’ai été dans les premières. Allons.”

Ils rentrent dans la maison, Jésus pour prendre son manteau, Marie pour prendre son voile et son manteau.

Ils s’en vont par des chemins à travers les champs, parmi les pommiers et d’autres arbres de haute futaie. Il fait encore chaud. Des champs de moissons mûres arrivent des souffles brûlants. Mais le vent de la montagne tempère la chaleur qui en plaine serait insupportable.

“Il me déplaît de te faire marcher par cette chaleur. Mais plus tard… nous ne pourrions plus. Et j’ai tant désiré cette chose, sans jamais oser te la demander. Tout à l’heure tu m’as dit: “Marie, pour te montrer que je t’aime comme si tu étais pour Moi une mère, je te dis: demande-moi ce que tu désires, et je te contenterai” et alors j’ai osé.

395.2 – Seigneur, sais-tu où nous allons?”

“Non, femme.”

“Nous allons chez celle qui devait être la belle-mère de Judas… (Marie soupire douloureusement). Elle devait… Elle ne l’est pas et elle ne le sera jamais car Judas a abandonné la jeune fille qui est morte de chagrin… et la mère a de la rancœur pour moi et pour mon fils. Elle ne cesse de nous maudire… Judas est tellement… est tellement… tellement faible devant le Mal qu’il n’a besoin que des seules bénédictions!… Je voudrais que tu lui parles… Tu peux la persuader… lui dire que cela a été une grâce qu’il n’y ait pas eu les noces… lui dire que je n’y suis pour rien… lui dire qu’elle meure sans rancœur; car la femme meurt lentement, l’âme étranglée. Je voudrais qu’entre nous il y eût la paix… car moi, j’en ai souffert, honteuse de ce qui est arrivé, et c’est avec douleur que je vois déchirée une amitié avec une femme qui était pour moi une compagne depuis le moment où je suis venue ici comme épouse. En somme tu sais, Seigneur…”

“Oui, n’aie pas d’inquiétude. Ta demande est juste, et je me charge de cette bonne démarche.”

Après avoir franchi une petite vallée, ils montent sur une autre élévation de terrain sur laquelle se trouve un village.

“Anne réside ici depuis la mort de sa fille, dans sa propriété. Avant, elle était à Kérioth. Mais tant qu’elle y vivait et qu’on s’y rencontrait, ses reproches me déchiraient le cœur.”

395.3 – Ils obliquent par un sentier peu avant le village et arrivent à une maison basse au milieu des champs.

“Voilà! Oh! le cœur me tremble maintenant que je suis ici! Elle ne voudra pas me voir… elle me chassera… elle sera fâchée, et son pauvre cœur souffrira davantage… Maître…”

“Oui. J’y vais, Moi. Reste jusqu’à ce que je t’appelle. Et prie pour m’aider.”

Jésus s’avance, seul, jusqu’à la porte grande ouverte de la maison où il entre avec son doux salut.

Une femme accourt:

“Que veux-tu? Qui es-tu?”

“Je viens apporter du soulagement à ta maîtresse. Conduis-moi à elle.”

“Un médecin? Inutile! Il n’y a plus d’espoir, son cœur meurt.”

“Il y a encore l’âme à soigner. Je suis le Rabbi.”

“Inutile aussi à ce titre. Elle ne se repose pas sur l’Éternel et elle ne veut pas entendre de sermons. Laisse-la tranquille.”