“Non. Pas abandonnées. Moi, je suis ici. Pour te dire les promesses célestes. Pour te donner l’assurance que ta douleur finira en joie pourvu que tu le veuilles.

395.6 – Anne, écoute-moi… Tu pleures à cause des noces annulées, tu en fais la cause de toute ta douleur, tu accuses d’assassinat un homme pour ce motif et de complicité sa mère malheureuse. Ecoute, Anne. Il ne se passera que peu de mois pour que tu voies que ce fut une grâce du Ciel que Jeanne n’ait pas été l’épouse de Judas…”

“Ne le nomme pas!” crie la femme.

“Je le nomme. Et pour te dire que tu dois remercier le Seigneur et que tu le remercieras dans quelques mois…”

“Je serai bientôt morte…”

“Non. Tu seras vivante et tu te souviendras de Moi, et tu comprendras qu’il y a des douleurs plus grandes que la tienne…”

“Plus grandes? Ce n’est pas possible!”

“Et que sera celle de ma Mère qui me verra mourir en croix?”

Jésus s’est levé. Il est imposant.

“Et celle de la mère de celui qui trahira Jésus Christ, le Fils de Dieu? Pense, ô femme, à cette mère… Toi… Kérioth toute entière, et les campagnes et au-delà, ont eu compassion de ta douleur! Tu as pu t’en glorifier comme d’une couronne de martyre. Mais cette mère! Comme Caïn, mais étant Abel: la victime de son fils traître, meurtrier de Dieu, sacrilège, maudit, elle ne pourra supporter un regard d’homme, car tout regard sera comme une pierre pour la lapider, et en toute voix d’homme, en toute parole, il lui semblera entendre une malédiction, une injure, et elle ne trouvera pas de refuge sur la Terre, jamais, jusqu’à sa mort, jusqu’à ce que Dieu qui est juste prenne avec Lui la martyre, en lui faisant oublier qu’elle est la mère du meurtrier de Dieu, en lui donnant la possession de Dieu… N’est-ce pas la plus grande douleur celle de cette mère?…”

“Oh! douleur immense!…”

“Tu vois… Sois bonne, Anne. Reconnais que Dieu a été bon dans sa manière d’agir…”

“Mais ma fille est morte! Judas l’a faite mourir pour chercher une plus grande dot… Sa mère l’a approuvé.”

“Non. Cela, non. C’est Moi qui te le dis, Moi qui vois dans les cœurs. Judas - c’est mon apôtre mais je le dis - il a mal agi et en sera puni. Mais la mère est innocente. Elle t’aime, elle voudrait que tu l’aimes… Anne, vous êtes deux mères malheureuses. Mais si toi, tu te glorifies de ta fille morte, innocente, pure, que le monde célèbre avec honneur… Marie de Simon ne peut se glorifier de son fils. Ses actions sont blâmées par les hommes.”

“C’est vrai. Mais s’il avait épousé Jeanne, il ne serait pas blâmé.”

“Mais d’ici peu tu aurais vu Jeanne mourir de chagrin, car Judas périra de mort violente.”

“Que dis-tu? Oh! malheureuse Marie! Quand? Comment? Où?”

“Bientôt. Et d’une manière horrible…

395.7 – Anne! Anne! Tu es bonne! Tu es mère! Tu sais ce que c’est que la douleur d’une mère! Anne, redeviens l’amie de Marie! Que la douleur vous unisse comme devait vous unir la joie. Permets-moi de partir content de savoir qu’elle aura une amie, une seule, une au moins…”

“Seigneur… l’aimer… cela veut dire lui pardonner… C’est très pénible… Il me semble ensevelir de nouveau ma fille… De la tuer, moi aussi…”

“Ce sont des pensées qui viennent des Ténèbres! Ne les écoute pas. Écoute-moi, Moi qui suis la Lumière du monde. La Lumière te dit que moins amer a été le sort de Jeanne mourant vierge que si elle était morte veuve de Judas. Crois-moi, Anne. Et pense que plus malheureuse que toi est Marie de Simon…”

La femme pense, pense, lutte, pleure, et dit:

“Mais moi, je l’ai maudite, elle et le fruit de ses entrailles! J’ai péché…”

“Et Moi, je t’en absous. Et plus tu l’aimeras, plus le Ciel t’absoudra.”

“Mais si je suis son amie… je rencontrerai Judas. Je ne puis. Seigneur, faire cela!…”