“C’est parce qu’elle est dans cet état que je suis venu. Laisse-moi passer et elle sera moins malheureuse dans ses derniers jours.”

La femme hausse les épaules et elle dit:

“Entre!”

395.4 – Un couloir à demi obscur et frais, des portes. Au fond, la dernière est entrouverte, et il en sort des lamentations. La femme y va et entre en disant:

“Maîtresse, c’est un rabbi qui veut te parler.”

“Pourquoi?… Pour me dire que je suis maudite? Que je n’aurai pas la paix même dans l’autre vie?” dit-elle haletante, fâchée.

“Non. Pour te dire que ta paix sera complète, pourvu que tu le veuilles et tu seras heureuse avec ta Jeanne éternellement Joanne, sa fille, un temps fiancée à Judas puis délaissée. Elle en meurt de chagrin. ” dit Jésus en apparaissant sur le seuil.

La malade, jaune, enflée, haletante sur son lit, appuyée à de nombreux oreillers, le regarde et dit:

“Oh! Quelles paroles! C’est la première fois qu’un rabbi ne me fait pas de reproches… Quelle espérance!… Ma Jeanne… avec moi… dans la béatitude… plus de douleur… la douleur donnée par un maudit… que n’a pas empêché celle qui l’a engendré… et qui m’a trahie… après m’avoir flattée… Ma pauvre fille…” et elle halète de plus en plus fort.

“Tu le vois, tu la rends malade. Je le savais. Sors.”

“Non. Va-t’en. Laisse-moi seul…”

La femme sort en secouant la tête. Jésus s’approche du lit lentement. Il essuie avec bonté la sueur de la malade qui a du mal à le faire avec ses mains invraisemblablement enflées, lui donne de l’air avec un éventail de palmier. Il lui donne à boire, car elle cherche à se rafraîchir avec la boisson qui est sur sa petite table. Il ressemble à un fils près de sa mère malade. Puis il s’assied, doucement mais fermement décidé à accomplir sa mission.

395.5 – La femme l’observe tout en se calmant et, avec un sourire de souffrance, elle Lui dit:

“Tu es beau et tu es bon. Qui es-tu, ô Rabbi? Tu as la délicatesse de ma fille bien-aimée en me donnant du réconfort.”

“Je suis Jésus de Nazareth!”

“Toi?! Toi?!… Chez moi?… Pourquoi?…”

“Parce que je t’aime. J’ai une Mère, Moi aussi, et en toute mère, je vois la mienne, et dans les larmes des mères, je vois celles de ma Mère…”

“Pourquoi? Ta Mère pleure? Pourquoi? Elle a perdu un autre fils?”

“Pas encore… Je suis son Fils unique et je vis encore. Mais elle pleure déjà parce qu’elle sait que je dois mourir.”

“Oh! Oh! La malheureuse! Savoir à l’avance qu’un fils va mourir! Mais comment le sait-elle? Tu es sain. Tu es fort. Tu es bon. Moi, je me suis fait des illusions jusqu’à sa mort et elle était si malade!… Comment ta Mère peut-elle savoir que tu dois mourir?”

“Parce que je suis le Fils de l’homme, prédit par les prophètes. Je suis l’Homme des douleurs qu’a vu Isaïe, le Messie chanté par David et décrit dans ses tortures de Rédempteur. Je suis le Sauveur, le Rédempteur, ô femme. Et la mort m’attend, horrible… et ma Mère y assistera… et ma Mère sait, depuis le moment où je suis né, que son cœur sera ouvert comme le mien par la douleur Référence à la prophétie de Siméon en Luc 2,35 : "ainsi seront dévoilées les pensées cachées de bien des gens. Quant à toi (Marie), tu auras le cœur comme transpercé par une épée". … Ne pleure pas… Par ma mort j’ouvrirai à ta Jeanne les portes du Paradis…”

“À moi aussi! À moi aussi!”

“Oui. En son temps. Mais tu dois d’abord apprendre à aimer et à pardonner. À revenir à l’amour, à être juste, et à pardonner… Autrement tu ne pourras pas aller au Ciel, avec Jeanne, avec Moi…”

La femme pleure angoissée. Elle gémit:

“Aimer… Aimer quand les hommes nous ont appris à haïr… quand Dieu a cessé de nous aimer en manquant pour nous de pitié, c’est difficile… Comment aimer quand les hommes nous ont torturées, et les amies blessées, et quand Dieu nous a abandonnées?…”