“N’y va pas! N’y va pas! Ils veulent ta ruine! Fils! Fils! Mon fils!…”

Judas est arrivé en bas, et les arbres le cachent à la vue de sa mère. Il réapparaît un instant dans un espace vide avant d’entrer dans le vestibule.

“Il est parti!… L’orgueil le dévore!” gémit sa mère.

“Prions pour lui, Marie. Prions nous deux ensemble…” dit la Vierge en tenant par la main la triste mère du futur déicide.

370.19 – Pendant ce temps, les hôtes commencent à monter… et Jésus parle avec Jeanne.

“Bon, qu’elles viennent donc. C’est bien qu’elles aient pris des vêtements hébraïques, pour ne pas heurter les préventions de plusieurs. Je les attends ici. Va les appeler”

Et adossé à l’huisserie, il observe l’afflux des convives que les apôtres, les disciples, hommes et femmes, guident affectueusement selon un ordre fixé d’avance. Au milieu se trouve la table basse des enfants, puis de part et d’autre toutes les autres disposées parallèlement.

Mais alors que les aveugles, les boiteux, les bossus, les estropiés, les vieillards, les veuves, les mendiants, prennent place avec leurs douloureuses histoires imprimées sur leurs visages, voilà que, gentils comme des paniers de fleurs, on apporte des paniers transformés en berceaux et jusqu’à de petits coffres dans lesquels, étendus sur des coussins, dorment repus de jeunes bébés pris à leurs mères mendiantes. Et Marie de Magdala, rassérénée, court vers Jésus en disant:

“Elles sont arrivées les fleurs. Viens les bénir, mon Seigneur.”

Mais en même temps, Jeanne arrive de l’escalier intérieur en disant:

“Maître, voici les disciples païennes.”

Il y a sept femmes, vêtues d’habits modestes et foncés, semblables à ceux des hébreux. Elles ont toutes le visage couvert d’un voile et un manteau les couvre jusqu’aux pieds.

Deux sont grandes et majestueuses, les autres de taille moyenne. Mais quand après avoir vénéré le Maître, elles enlèvent leurs manteaux, il est facile de reconnaître Plautina, Lidia, Valeria, l’affranchie Flavia, celle qui a écrit les paroles de Jésus dans le jardin de Lazare Cf. EMV 204.9. , et puis il y a trois inconnues. Une d’elles, au regard habitué au commandement, et qui pourtant s’agenouille en disant au Seigneur:

“Et avec moi, Rome se prosterne à tes pieds”

Et puis une forte matrone d’environ cinquante ans, et enfin une toute jeune femme élancée et sereine comme une fleur des champs.

Marie de Magdala reconnaît les romaines, malgré leurs vêtements hébreux, et murmure:

“Claudia!!!” et elle reste les yeux écarquillés.

“C’est moi. J’en ai assez d’entendre par la parole d’autrui! La Vérité et la Sagesse, il faut les atteindre directement à la source.”

“Crois-tu qu’ils vont nous reconnaître?” demande Valeria à Marie de Magdala.

“Si vous ne vous trahissez pas en disant vos noms, je ne crois pas. Du reste, je vais vous mettre dans un endroit sûr.”

“Non, Marie. Aux tables, pour servir les mendiants. Personne ne pourra penser que ce sont des patriciennes qui servent les pauvres, les plus petits du monde hébraïque” dit Jésus.

“C’est une bonne idée, ô Maître, car l’orgueil est inné en nous.”

“Et l’humilité est le signe le plus net de ma doctrine. Qui veut me suivre doit aimer la Vérité, la Pureté et l’Humilité, avoir de la charité pour tous, et de l’héroïsme pour défier l’opinion des hommes et les pressions des tyrans. Allons.”

“Pardon, ô Rabbi. Cette fillette est une esclave, fille d’esclaves. Je l’ai rachetée parce qu’elle est d’origine Israélite et Plautina la garde avec elle. Mais je te l’offre, pensant bien faire. Son nom est Egla. Elle t’appartient.”

“Marie, accueille-la. Puis nous penserons… Merci, femme.”