“On pardonne aux enfants qui pèchent… Toi, tu ne pèches pas en te consacrant au Maître… et… et… ton pauvre père ne peut que te dire… que te dire: “Que tu sois bénie”… Ah! fille! ma fille!… Comme elle est douée et terrible la volonté de Dieu!”
Et il se penche, la relève, l’embrasse, lui dépose un baiser sur le font, sur les cheveux, en pleurant… et puis, la tenant encore dans ses bras, il va vers Jésus et Lui dit:
“Moi, je l’ai engendrée, mais Toi, tu es son Dieu… Ton droit est plus grand que le mien… Merci… merci, Seigneur, de la… de la joie que…”
Il ne peut poursuivre. Il tombe à genoux aux pieds de Jésus et se baisse pour baiser ses pieds en gémissant:
“Jamais plus, jamais plus de petits-enfants… Mon rêve!… Le sourire de ma vieillesse!… Pardonne-moi ces pleurs, mon Seigneur… Je suis un pauvre homme…”
“Lève-toi, mon ami, et sois heureux de donner les prémices aux parterres angéliques.
370.13 – Viens. Viens ici entre ma Mère et Moi. Apprenons d’elle comment la chose est arrivée parce que, je te l’assure, je n’y suis pour rien.”
Marie explique:
“Moi aussi, je sais peu de chose. Nous parlions entre nous, femmes, et comme il arrive souvent on m’interrogeait sur mon vœu de virginité. On me demandait encore comment seraient les futures vierges, quelles fonctions, quelles gloires je prévoyais pour elles. Je répondais comme je sais… Et pour l’avenir, je prévoyais une vie de prière, de consolation pour les souffrances que le monde donnera à mon Jésus. Je disais:
“Ce seront les vierges qui soutiendront les apôtres, qui laveront le monde souillé en le revêtant et en le parfumant de leur pureté. Elles seront les anges qui chanteront les louanges pour couvrir les blasphèmes. Et Jésus en sera heureux, et il donnera des grâces au monde, et il donnera ses miséricordes grâce à ces agnelles disséminées parmi les loups…” et je disais autre chose encore. Ce fut alors que la fille de Jaïre me dit: “Donne-moi un nom, ô Mère, pour mon avenir de vierge, car je ne puis permettre qu’un homme jouisse de ce corps qui a été ranimé par Jésus. C’est à Lui seul qu’appartient mon corps jusqu’à ce qu’il soit la chair du tombeau et mon âme au Ciel”, et Annalia dit: “Moi aussi, j’ai pensé le faire. Et aujourd’hui je suis plus légère que l’hirondelle, car j’ai rompu tout lien”. Et ce fut alors que ta fille, ô Philippe, dit: “Moi aussi, je serai comme vous. Vierge pour l’éternité!” La mère, voici qu’elle vient, la fit réfléchir qu’on ne peut prendre ainsi une telle décision. Mais elle ne changea pas d’avis. Et à ceux qui lui demandaient s’il y avait longtemps qu’elle y pensait, elle disait “non”, et à ceux qui lui demandaient comment cela lui était venu, elle disait: “Je ne sais. C’est comme une flèche de lumière qui m’a traversé le cœur, et j’ai compris de quel amour j’aime Jésus”.
L’épouse de Philippe demande à son mari:
“Tu as entendu?”
“Oui, femme, la chair gémit… et elle devrait chanter parce que cela c’est notre glorification. Elle, notre lourde chair, a engendré deux anges. Ne pleure pas, femme. Tu l’as dit précédemment: Il t’a couronnée… La reine ne pleure pas quand elle reçoit le diadème…”
370.14 – Mais Philippe pleure encore et plusieurs pleurent, tant hommes que femmes, maintenant que tous sont rassemblés là-haut. Marie de Simon fond en larmes dans un coin… Marie de Magdala pleure dans un autre, en tiraillant machinalement le lin de son vêtement arrachant machinalement des fils à la bordure qui l’orne. Anastasica pleure en essayant de cacher de la main son visage en larmes.
“Pourquoi pleurez-vous?” demande Jésus.
Personne ne répond. Le Seigneur appelle Anastasica et il l’interroge de nouveau. Et elle répond:
“Parce que, Seigneur, pour une joie nauséabonde éprouvée une seule nuit, j’ai perdu d’être une de tes vierges.” “Tout état est bon. lorsqu’on y sert le Seigneur. Dans la future Église, il faudra des vierges et des femmes mariées, toutes utiles au triomphe du Royaume de Dieu dans le monde et au travail des frères prêtres.
370.15 – Élise de Beth-Çur, viens là. Console cette femme qui n’est guère qu’une enfant…”
Et de sa main, il met Anastasica dans les bras d’Élise. Il les observe pendant qu’Élise la caresse et que l’autre s’abandonne dans ces bras maternels, et puis il demande:
“Élise, connais-tu son Histoire”
“Oui Seigneur. Et elle me fait tant de peine, pauvre colombe sans nid.”
“Élise, aimes-tu cette sœur?”
“L’aimer? Tellement, mais pas comme une sœur. Elle pourrait être ma fille. Et maintenant que je la tiens dans mes bras, il me semble redevenir la mère heureuse du temps passé. À qui vas-tu confier cette douce gazelle?”
“À toi. Élise.”