“De quoi parles-tu, femme?”

“Tu vas le savoir… Quelle peine et quelle gloire, Seigneur! Tu me mutiles et tu me couronnes.”

Philippe, qui est près de Jésus, dit:

“Que dis-tu? De quoi parles-tu? Tu es mon épouse et ce qui t’arrive me touche…”

“Oh! tu vas le savoir, Philippe. Va, va avec le Maître.”

Entre temps, Jésus demande à Élise si elle est bien guérie. La femme, à laquelle la grande douleur d’autrefois a donné une majesté de reine souffrante, dit:

“Oui, mon Seigneur. Mais ce n’est pas une douleur que de souffrir avec la paix dans le cœur. Et maintenant j’ai la paix dans le cœur.”

“Et tu vas avoir bientôt davantage.”

“Quoi, Seigneur?”

“Va et reviens, et tu le sauras.”

370.11 – “Voilà Jésus! Voilà Jésus!” crient les deux enfants qui ont le visage appuyé contre la balustrade ornée d’arabesques qui borde la terrasse des deux côtés qui donnent sur le jardin, et de laquelle descendent des branches de rosiers et de jasmins en fleurs, car la terrasse est un vaste jardin suspendu sur lequel, en cette heure ensoleillée, s’étend un voile multicolore.

Toutes les personnes occupées aux préparatifs sur la terrasse se retournent au cri de Marie et de Matthias et, laissant ce qu’elles faisaient, elles vont à la rencontre de Jésus aux genoux duquel sont déjà accrochés les deux enfants.

Jésus salue les nombreuses femmes qui se pressent. Parmi les disciples proprement dites ou les femmes, les filles, les sœurs des apôtres et des disciples, sont mêlées d’autres moins connues, moins intimes, telles que l’épouse du cousin Simon; les mères des âniers de Nazareth; la mère d’Abel de Bethléem de Galilée; Anne de Jude (la maison près du lac de Mérom); Marie de Simon, mère de Judas de Kérioth; Noémi d’Ephèse; Sarah et Marcelle de Béthanie (Sara est la femme que Jésus guérit sur le Mont des Béatitudes et envoya à Lazare avec le vieil Ismaël. Elle semble être maintenant servante de Marie de Lazare); puis la mère de Jaia; la mère de Philippe d’Arbela; Dorca, la jeune mère de Césarée de Philippe, et sa belle-mère; la mère d’Annalia; Marie de Bozra, la lépreuse miraculée venue avec son mari à Jérusalem; et d’autres, d’autres que je connais de vue mais dont je ne puis dire exactement les noms.

Jésus pénètre sur la vaste terrasse rectangulaire qui donne d’un côté sur le Siste, et il va se mettre près de la pièce sur laquelle débouche l’escalier intérieur, et qui ressemble à un cube de faible hauteur situé à l’angle nord de la terrasse. Jérusalem se montre toute entière, et avec elle ses alentours immédiats. Une vue étonnante. Toutes les disciples, toutes les femmes même, quittent le travail des tables pour se serrer autour de Lui. Les serviteurs continuent leur travail.

370.12 – Marie est près de son Fils. Dans la grande lumière dorée qui filtre à travers le grand voile étendu sur la terrasse et qui devient couleur émeraude là où pour arriver à la vue elle doit pour passer filtrer à travers un massif de jasmins et de rosiers disposés pour faire une tonnelle, Marie paraît encore plus jeune et plus agile; une sœur des plus jeunes disciples, à peine plus âgée, et belle, belle comme la plus splendide des rosés épanouies dans le jardin suspendu, dans les vasques disposées tout autour qui contiennent des rosiers, des jasmins, des muguets, des lys et autres plantes charmantes.

“Mère, mon épouse a parlé d’une certaine façon!… Qu’est-ce qui est arrivé pour qu’elle puisse se dire à la fois mutilée et couronnée?” demande Philippe qui brûle de le savoir.

Marie sourit doucement pendant qu’elle le regarde et elle, si rétive à la confidence, lui prend la main en disant:

“Serais-tu capable, toi, de donner à mon Jésus la chose qui t’est la plus chère? Vraiment tu le devrais… parce que Lui te donne le Ciel et le Chemin pour y aller.”

“Mais certainement, Mère, que je le saurais… surtout si je savais que ce que je Lui donnerais pouvait le rendre heureux.”

“Il l’a, Philippe: ta seconde fille se consacre aussi au Seigneur Ta seconde fille, à l'instar de la première en EMV 241 2/3. . Elle l’a dit tout à l’heure, à sa mère et à moi, en présence de nombreuses disciples…”

“Toi!? Toi!?” demande Philippe stupéfait, en montrant de l’index une gentille enfant qui se serre contre Marie comme pour qu’elle la protège. L’apôtre a du mal à avaler ce second coup qui le prive pour toujours de l’espoir d’une descendance. Il essuie la sueur soudaine que la nouvelle lui a causée… il tourne son regard sur ceux qui l’entourent. Il lutte… Il souffre.

La fille gémit:

“Père… ton pardon… et ta bénédiction…”

Et elle glisse à ses pieds.

Philippe caresse machinalement ses cheveux châtains et s’éclaircit la gorge qui se serre. Enfin il parle: