“Et moi, je suis venue. Allons, vite! C’est qu’aujourd’hui tu dois aller avec mon Jésus à Béthanie! Et tu dois être en tenue comme il convient.”

Le visage de Marziam s’illumine, déjà oublieux du trouble qu’il éprouvait, et il dit:

“Moi seul avec Lui?”

“Et avec Simon le Zélote.”

Marziam, encore très enfant, bondit de joie et court hors de sa cachette pour aller tomber sur la poitrine de Jésus… Il se trouve confus. Mais Jésus rit et l’excite en lui disant:

“Cours voir si ton père est venu.”

Et pendant que Marziam part en courant, Jésus observe:

“C’est un véritable enfant bien que sa pensée soit déjà mûre. Lui troubler le cœur est un grand crime, mais j’y veillerai”

Tout en parlant il va vers la maison avec Marie. Mais ils ne sont pas arrivés qu’ils voient Marziam qui revient en arrière en galopant.

“Maître… Mère… Il y a des personnes… de celles qui étaient dans le Temple… Les prosélytes… Il y a une femme… Une femme qui veut te voir, ô Mère… Elle dit qu’elle t’a connue à Bethléem… Elle s’appelle Noémi.”

“J’en ai tant connues, alors! Mais allons…”

365.8 – Ils arrivent à la petite place où se trouve la maison. Un groupe de personnes attendent et dès qu’elles voient Jésus, elles se prosternent. Mais tout de suite une femme se lève et va se jeter aux pieds de Marie, en la nommant par son nom.

“Qui es-tu? Moi, je ne me souviens pas de toi. Lève-toi.”

La femme se lève et va parler quand arrivent, hors d’haleine, les apôtres.

“Mais Seigneur! Mais pourquoi? Nous avons couru comme des fous à travers Jérusalem. Nous croyions que tu étais allé chez Jeanne ou chez Annalia… Pourquoi ne t’es-tu pas arrêté?”

Questions et informations se croisent confusément.

“Maintenant nous sommes ensemble. Inutile d’expliquer le pourquoi. Laissez cette femme parler en paix.”

Tous se groupent pour écouter.

“Tu ne te souviens pas de moi, ô Marie de Bethléem. Mais moi, depuis trente et un ans, je me rappelle ton nom et ton visage comme celui de la pitié. J’étais venue, moi aussi de loin, de Pergé, pour l’Édit. Et j’étais enceinte. Mais j’espérais revenir à temps. Mon mari tomba malade en route, et à Bethléem il languit jusqu’à mourir. J’avais enfanté depuis vingt jours au moment de sa mort. Mes cris percèrent le ciel et tarirent mon lait ou le rendirent mauvais. Je me couvris de pustules et mon fils s’en couvrit aussi… Et on nous jeta dans une caverne pour y mourir… Eh bien… Toi, toi seule tu es venue avec précaution, pendant presque toute une lune, pour m’apporter de la nourriture et soigner mes plaies, pleurant avec moi, donnant du lait à mon enfant qui est vivant grâce à toi, à toi seule… Tu as risqué d’être tuée à coups de pierres parce qu’ils m’appelaient “la lépreuse”… Oh! ma douce étoile! Je n’ai pas oublié cela. Je suis partie après ma guérison. J’ai appris le massacre à Éphèse. Je t’ai tant cherchée! Tant! Tant! Je ne pouvais croire que tu avais été tuée avec ton Fils dans cette nuit affreuse. Mais je ne t’ai jamais trouvée. L’été dernier, quelqu’un d’Éphèse a entendu ton Fils, il a su qui il était, il l’a suivi quelque temps, il a été avec d’autres à sa suite aux Tabernacles…

Et à son retour, il a parlé. Moi, je suis venue pour te voir, ô Sainte, avant de mourir. Pour te bénir autant de fois que tu as donné de gouttes de lait à mon Jean, en l’enlevant à ton Fils béni…”

La femme pleure en une attitude respectueuse, un peu penchée, serrant de ses mains les bras de Marie…

“Le lait, on ne le refuse jamais, ma sœur. Et…”

“Oh! non. Je ne suis pas ta sœur! Toi, Mère du Sauveur; moi, pauvre femme, perdue, loin de sa maison, veuve avec un fils sur mon sein, sur mon sein desséché comme un torrent en été… Sans toi, je serais morte. Tu m’as tout donné, et j’ai pu retourner chez mes frères, marchands à Éphèse, grâce à toi.”

“Nous étions deux mères, deux pauvres mères, avec deux bébés, dans le monde. Toi, tu avais la douleur du veuvage, moi celle de devoir être transpercée en mon Fils, comme disait au Temple le vieux Siméon. Je n’ai fait que mon devoir de sœur en te donnant ce que tu n’avais plus.

365.9 – Et ton fils, il est vivant?”