“La paix soit avec vous, ô vous tous qui m’écoutez! La Pâque sainte ramène les fils fidèles dans la Maison du Père. Elle semble, notre Pâque bénie, une mère soucieuse du bien de ses fils. Elle les appelle à haute voix pour qu’ils viennent, qu’ils viennent de partout, laissant en suspens tout souci pour un souci plus grand, l’unique vraiment grand et utile: celui d’honorer le Seigneur et Père. Cela fait comprendre comment nous sommes frères; et de cela, par un suave témoignage, surgit l’ordre et l’engagement d’aimer le prochain comme soi-même. Nous ne nous sommes jamais vus? Nous nous ignorions? Oui. Mais si nous sommes ici, car fils d’un Unique Père qui nous veut dans sa Maison pour le banquet pascal, voilà que, si ce n’est par nos sens matériels, certainement par la partie supérieure, nous nous sentons des êtres égaux, des frères, venus d’Un Seul, et nous nous aimons comme si nous avions grandi ensemble. C’est une anticipation, cette union d’amour qui est la nôtre, de l’autre plus parfaite dont nous jouirons dans le Royaume des Cieux, sous le regard de Dieu, tous embrassés par son Amour: Moi, Fils de Dieu et de l’Homme, avec vous, hommes fils de Dieu. Moi, le Premier-né, avec vous, frères, aimés au-delà de toute mesure humaine, jusqu’à me faire Agneau pour les péchés des hommes.
Mais nous qui jouissons au moment présent de notre fraternelle union dans la Maison du Père, souvenons-nous aussi de ceux qui sont loin et qui pourtant sont nos frères dans le Seigneur ou par l’origine. Ayons-les dans notre cœur. Portons-les dans notre cœur, eux, les absents, devant l’autel saint. Prions pour eux en recueillant avec l’esprit leurs voix lointaines, leur nostalgie d’être ici, leurs soupirs. Et comme nous recueillons ces soupirs conscients des Israélites absents, recueillons aussi ceux des âmes qui appartiennent à des hommes qui ne savent même pas qu’ils ont une âme et qu’ils sont les fils d’Un Seul. Toutes les âmes du monde crient dans la prison de leurs corps vers le Très-Haut. Dans leurs sombres prisons elles gémissent vers la Lumière. Nous, qui sommes dans la lumière de la vraie Foi, ayons pitié d’eux.
364.7 - Prions: Notre Père qui es dans les Cieux, que ton Nom soit sanctifié par toute l’Humanité! Le connaître, c’est aller vers la sainteté. Fais que les gentils et les païens connaissent ton existence, ô Père saint, et, comme les trois sages d’un temps désormais lointain mais pas inerte, car rien n’est inerte de ce qui se rapporte à l’avènement de la Rédemption dans le monde, qu’ils viennent vers Dieu, vers Toi, Père, guidés par l’Etoile de Jacob, par l’Etoile du Matin, par le Roi et le Rédempteur de la race de David, par Celui que Tu as oint, déjà offert et consacré afin d’être Victime pour les péchés du monde.
Que vienne ton Règne en tout lieu de la terre où on te connaît et on t’aime, où encore on ne te connaît pas. Et qu’il vienne surtout pour ceux qui sont trois fois pécheurs, qui tout en te connaissant ne t’aiment pas dans tes œuvres et manifestations de Lumière, et qui cherchent à repousser et à étouffer la Lumière venue dans le monde parce que ce sont des âmes de ténèbres, qui préfèrent les œuvres de ténèbres et ne savent que vouloir étouffer la Lumière du monde et t’offenser Toi-même, car Tu es la Lumière très Sainte et le Père de toutes les lumières, en commençant par celle qui s’est faite Chair et Parole pour apporter ta Lumière à toutes les âmes de bonne volonté.
Que soit faite, Père très Saint, ta Volonté en tout cœur qui existe dans le monde, c’est-à-dire que tout cœur se sauve et que pour aucun ne soit sans fruit le Sacrifice de la Grande Victime, parce que telle est ta Volonté: que l’homme se sauve et jouisse de Toi, Père Saint, après le pardon qui va être donné.
Donne-nous tes secours, ô Seigneur, tous tes secours. Et donne-les à tous ceux qui attendent, à ceux qui ne savent pas qu’ils attendent, donne-les aux pécheurs avec le repentir qui sauve, donne-les aux païens avec la blessure de ton appel qui secoue, donne-les aux malheureux, donne-les aux reclus, aux exilés, à ceux qui sont malades du corps ou de l’esprit, donne-les à tous, Toi qui es le Tout, parce que le temps de la Miséricorde est venu.
Pardonne, ô Père Bon, les péchés de tes fils. De ceux de ton peuple qui sont les plus graves, de ceux qui sont coupables de vouloir rester dans l’erreur, alors que ton amour de prédilection a justement donné à ce peuple la Lumière. Et donne le pardon à ceux qu’abrutit un paganisme corrompu qui enseigne le vice, et qui se noient dans ce paganisme lourd et méphitique, alors qu’il y a parmi eux des âmes de valeur elles aussi, et que Tu aimes puisque Tu les as créées. Nous pardonnons, Moi le premier je pardonne, pour que Tu puisses pardonner, et sur la faiblesse des créatures nous invoquons ta protection pour que Tu délivres du Principe du Mal, duquel viennent tous les crimes, toutes les idolâtries, toutes les fautes, toutes les tentations et erreurs, ceux que Tu as créés. Ô Seigneur, délivre-les du Prince horrible pour qu’ils puissent venir à la Lumière éternelle.”
364.8 – L’assistance a suivi avec attention cette solennelle prière. Des rabbins célèbres se sont approchés, parmi lesquels, tenant pensivement dans la main son menton barbu, il y a aussi Gamaliel… Un groupe de femmes se sont approchées, toutes enveloppées dans des manteaux avec une sorte de capuchon qui leur cache le visage. Et les rabbins se sont écartés dédaigneusement… Sont accourus aussi, attirés par la nouvelle de l’arrivée du Maître, de nombreux disciples fidèles parmi lesquels Hermas, Etienne, le prêtre Jean. Et puis Nicodème et Joseph, deux inséparables, et d’autres de leurs amis qu’il me semble avoir déjà vus.
Pendant la pause qui succède à la prière du Seigneur, qui se recueille en Lui-même avec une austérité solennelle, on entend Joseph d’Arimathie qui dit:
“Eh bien, Gamaliel? Cela ne te paraît, ne te paraît pas encore, une parole du Seigneur?”
“Joseph, il m’a été dit: “Ces pierres frémiront au son de mes paroles” répond Gamaliel.
Étienne crie avec impétuosité:
“Accomplis le prodige, Seigneur! Commande, et elles s’ébranleront! Que croule l’édifice, mais que s’élèvent dans les cœurs les murs de la Foi en Toi, ce serait un grand don! Fais-le pour mon maître!”
“Blasphémateur!” crie un groupe furieux de rabbins et de leurs élèves.
“Non” crie à son tour Gamaliel. “Mon disciple parle en disant une parole inspirée. Mais nous nous ne pouvons l’accepter parce que l’Ange de Dieu ne nous a pas encore purifiés du passé avec le charbon pris à l’Autel de Dieu Purification comme dans Isaïe 6,6-7. … Et peut-être, même si son cri - et il montre Jésus - arrachait les gonds de ces portes, nous ne saurions pas encore croire…”
Il relève un pan de son ample manteau très blanc, et s’en couvre la tête en cachant presque son visage, et il s’en va.
Jésus le regarde partir…
364.9 - Puis il reprend la parole pour répondre à certains qui murmurent entre eux et qui paraissent scandalisés et qui, pour rendre plus explicite leur scandale, s’en déchargent sur Judas de Kérioth avec toute une suite de plaintes que l’apôtre subit sans réagir en haussant les épaules et en montrant un visage pas du tout satisfait.
Jésus dit:
“En vérité, en vérité je vous dis que ceux qui paraissent bâtards sont de vrais fils et ceux qui sont de vrais fils deviennent bâtards.
Écoutez, vous tous, une parabole.
Il y avait une fois un homme qui pour ses affaires dut s’absenter longtemps de sa maison en laissant des fils encore enfants. De l’endroit où il se trouvait, il écrivait des lettres à ses fils aînés pour les garder toujours dans le respect du père absent et pour leur rappeler ses instructions. Le dernier, qui était né après son départ, était encore en nourrice chez une femme éloignée de l’endroit et qui était du pays de son épouse, femme d’une autre race. L’épouse mourut alors que ce fils était encore petit et loin de la maison. Les frères dirent: “Laissons-le là où il est, chez les parents de notre mère. Peut-être le père l’oubliera et ce sera à notre avantage, ayant à partager l’héritage avec un de moins, quand notre père viendra à mourir”. Et ils agirent ainsi. De cette façon, l’enfant qui était au loin, vécut, élevé par ses parents maternels, ignorant les instructions du père, ignorant qu’il avait un père et des frères ou, ce qui est pire, connaissant l’amertume de cette réflexion: “Tous m’ont repoussé comme si j’étais un bâtard”, et il en arriva à croire qu’il l’était, tant il se sentait rejeté par son père.
Devenu homme il prit un emploi. En effet, aigri comme il l’était par ces pensées, il avait pris en haine même la famille de sa mère qu’il pensait coupable d’adultère. Le hasard voulut que ce jeune homme s’en allât dans la ville où était son père. Et sans savoir qui il était, il le fréquenta et il eut l’occasion de l’entendre parler. L’homme était un sage. Et comme il n’avait pas de satisfactions avec ses fils éloignés de lui — désormais ils agissaient à leur guise, ne maintenant que des rapports conventionnels avec leur père qui vivait au loin, tout juste pour qu’il se rappelât qu’ils étaient “ses” fils et pour qu’il s’en souvienne dans son testament — il donnait des conseils raisonnables à des jeunes qu’il avait l’occasion d’approcher dans la ville où il était. Le jeune homme fut attiré par cette droiture toute paternelle à l’égard de tant de jeunes et non seulement il le fréquenta mais il se fit un trésor de toutes ses paroles et en rendit meilleur son esprit aigri.
L’homme tomba malade, et il dut se décider à retourner dans sa patrie. Le jeune homme lui dit: “Seigneur, toi seul m’as parlé avec justice en élevant mon âme. Permets-moi de te suivre comme serviteur. Je ne veux pas retomber dans le mal où j’étais”. “Viens avec moi. Tu prendras la place du fils dont je n’ai pu avoir de nouvelles”. Et ils retournèrent ensemble à la maison paternelle.
Ni le père, ni les frères, ni le jeune homme lui-même, ne se rendirent compte que le Seigneur avait réuni de nouveau ceux d’un même sang sous un même toit. Mais le père dut beaucoup pleurer pour les fils qu’il connaissait, car il les trouva oublieux de ses enseignements, avides, le cœur dur, sans plus de foi en Dieu, mais au contraire avec beaucoup d’idolâtries dans le cœur: orgueil, avarice et luxure étaient leurs dieux, et ils ne voulaient pas entendre parler d’autre chose que d’intérêts humains. L’étranger, au contraire, s’approchait toujours plus du Seigneur, devenait juste, bon, affectueux, obéissant. Les frères le haïssaient parce que le père aimait cet étranger. Lui pardonnait et aimait car il avait compris que c’est dans l’amour que réside la paix.