“Ne pleure pas, Marie…”

“J’ai peur, Maître!”

“Non! Peur, toi assez courageuse pour passer le fleuve en pleine nuit…!”

“Mais cela c’est un fleuve et ces gens sont tes ennemis et ils te haïssent… C’est de leur haine pour Toi que j’ai peur… Car je t’aime, Maître.”

“Ne crains pas. Ils ne me prendront pas encore. Ce n’est pas mon heure. Même s’ils mettaient des troupes et des troupes de soldats le long de tous les chemins, ils ne me prendraient pas. Ce n’est pas mon heure. Mais je ferai comme tu veux. Je reviendrai en arrière…”

Judas marmonne confusément quelque chose et Jésus répond:

“Oui, Judas, exactement comme tu dis. Mais exactement pour la première partie de ta phrase. Je lui donne raison, oui, je lui donne raison, mais non pas parce que c’est une femme, comme tu l’insinues, mais parce que c’est celle qui a le plus avancé sur le chemin de l’amour. Marie, retourne à la maison tant que tu le peux. Moi, je reviendrai en arrière et je passerai… où je pourrai, et j’irai en Galilée. Viens, avec ma Mère et les autres, à Cana dans la maison de Suzanne. Là, je vous dirai ce qu’il faudra faire. Va en paix, bénie. Dieu est avec toi.”

Jésus lui met la main sur la tête, la bénissant ainsi. Marie prend les mains du Christ et elle les baise et puis elle se relève et s’en retourne. Jésus la regarde aller, il la regarde ramasser son gros manteau et se le remettre et puis rejoindre le cheval et y monter pour reprendre le gué et passer.

“Et maintenant partons, dit-il. Je voulais vous faire reposer, mais je ne puis. J’ai soin de votre sauvegarde, quoiqu’on pense Judas. Et croyez bien que si vous tombiez aux mains de mes ennemis, ce serait pire pour votre santé que l’eau et la boue…”

Tous baissent la tête en comprenant le reproche caché et qui leur est donné pour répondre à leurs précédentes conversations.

361.10 - Ils marchent, marchent, marchent pendant toute la nuit, entre les éclaircies et les courtes averses. Une aube livide les surprend près d’un tout petit village qui s’étend près du fleuve avec ses masures boueuses. Le fleuve est un peu moins large qu’au gué. Des barques sont tirées au sec jusque derrière les habitations pour les garder de la crue.

Pierre lance son cri:

“Oh!… hé!”

Il sort d’une masure un homme robuste mais âgé.

“Que veux-tu?”

“Des barques pour passer.”

“Impossible! Le fleuve est trop plein… Le courant…”

“Hé, ami! À qui le dis-tu? Je suis pêcheur de Galilée.”

“La mer c’est une chose… mais ici, c’est le fleuve… je ne veux pas perdre la barque. Et puis… je n’en ai qu’une, et toi, avec les tiens, vous êtes nombreux.”

“Menteur! Tu veux me dire que tu n’as qu’une barque?”

“Que mes yeux se dessèchent si je mens, moi…”

“Prends garde qu’ils ne se dessèchent pas réellement. Lui est le Rabbi de Galilée qui donne des yeux aux aveugles et qui… peut te satisfaire en desséchant les tiens…”

“Miséricorde! Le Rabbi! Pardonne-moi, Rabbouni!”

“Oui. Mais ne mens jamais. Dieu aime ceux qui sont sincères. Pourquoi dire que tu n’as qu’une barque quand tout le pays peut te démentir? C’est trop humiliant pour un homme de mentir et d’être démasqué! Me donnes-tu tes barques?”

“Toutes, Maître.”