Et Pierre jette par trois fois un cri prolongé et plaintif:

“Oh… hé!”

Pas de réponse.

“Allons plus bas jusqu’au gué. Melchias doit y être avec ses fils. C’est la bonne saison pour lui. Il nous passera.”

Ils marchent le plus rapidement qu’ils peuvent sur le sentier étroit qui côtoie le fleuve, qui le frôle presque.

361.8 - “Mais n’est-ce pas une femme?” dit Jésus en regardant les deux personnes qui maintenant ont passé le fleuve avec leurs chevaux et sont arrêtés sur le sentier.

“Une femme?”

Pierre et les autres voient mal et ne distinguent pas si c’est un homme ou une femme, cette forme sombre qui est descendue de cheval et attend.

“Oui, c’est une femme. C’est… c’est Marie. Regardez maintenant qu’elle est dans le rayon de lune.”

“C’est bon pour Toi qui y vois clair. Tu as de bons yeux!”

“C’est Marie. Que peut-elle vouloir?”

Et Jésus crie:

“Marie!”

“Rabbouni! C’est Toi? Dieu soit loué que je t’ai trouvé!”

Et Marie court comme une gazelle vers Jésus. Je ne sais pas comment elle ne bute pas dans le sentier accidenté. Elle a laissé tomber un premier manteau très lourd et maintenant elle avance avec son voile et un manteau plus léger enroulé autour du corps sur son vêtement sombre.

Quand elle rejoint Jésus, elle tombe à ses pieds sans s’occuper de la boue. Elle est haletante mais heureuse. Elle répète:

“Gloire à Dieu qui m’a fait te trouver!”

“Pourquoi, Marie? Qu’arrive-t-il? Tu n’étais pas à Béthanie?”

“J’étais à Béthanie avec ta Mère et les femmes, comme tu l’avais dit… Mais je suis venue à ta rencontre… Lazare ne le pouvait pas car il souffre beaucoup… Alors je suis venue avec le serviteur…”

“Toi, en voyage seule avec un garçon et en cette saison!”

“Oh! Rabbouni! tu ne voudras pas me dire que tu penses que j’ai peur. Je n’ai pas eu peur de faire tant de mal… Je n’ai pas peur maintenant de faire le bien.”

“Et alors, pourquoi es-tu venue?”

“Pour te dire de ne pas passer… De l’autre côté, ils t’attendent pour te faire du mal… Je l’ai su… Je l’ai su par un hérodien qui autrefois… qui autrefois m’aimait… Qu’il l’ait dit par amour, encore, ou par haine, je ne sais… Je sais qu’avant avant hier, il m’a vue à travers la grille et il m’a dit: “Sotte Marie, tu es en train d’attendre ton Maître? Tu fais bien car ce sera la dernière fois. À son passage en Judée, on va le prendre. Regarde-le bien, et puis échappe-toi, car il n’est pas prudent d’être près de Lui, maintenant…”

Alors… tu peux penser avec quel cœur… je me suis informée… Tu sais… j’en ai connu beaucoup… et tout en me traitant de folle ou de… possédée, ils me parlent encore… J’ai su que c’était vrai. Alors j’ai pris deux chevaux et je suis venue, sans rien dire à ta Mère… pour ne pas l’affliger.

361.9 - Éloigne-toi… éloigne-toi tout de suite, Maître. S’ils savent que tu es ici, au-delà du Jourdain, ils vont y venir. Et Hérode aussi te cherche… Tu es trop près de Machéronte, désormais. Éloigne-toi, éloigne-toi par pitié, par pitié, Maître…!”