361 – Deux greffes qui transformeront les apôtres. Marie de Magdala prévient Jésus d’un danger. Miracle sur le Jourdain en crue
17 septembre 1944
Le dimanche 17 septembre 1944.
361.1 - Finalement je puis écrire ce qui occupe ma vision mentale et mon audition mentale depuis le début de l’aube de ce matin. Cela me fait souffrir à cause de l’effort que je fais pour entendre les choses extérieures et les affaires de la maison, alors que je dois voir et entendre les choses de Dieu, et que je ne puis supporter autre chose que ce que voit mon esprit.
Quelle patience il me faut pour… ne pas perdre la patience quand j’attends le moment de dire à Jésus: “Me voilà! Maintenant tu peux aller de l’avant”!
Car, je l’ai dit plusieurs fois et je le répète, quand je ne puis continuer ou commencer le récit de ce que je vois, alors la scène s’arrête dès le début ou bien au point où je suis interrompue, pour se dérouler ensuite de nouveau quand je suis libre de la suivre. Je crois que c’est Dieu qui veut cela pour éviter des omissions ou des erreurs de détail, chose qui pourrait m’arriver si j’écrivais quelque temps après avoir vu.
J’affirme en conscience que ce que j’écris, parce que je le vois ou je l’entends, je l’écris pendant que je le vois ou l’entends.
Voici donc ce que je vois depuis ce matin, et celui qui m’avertit intérieurement me dit que c’est le début d’une longue et belle vision.
361.2 - Jésus, par un temps de chien, va par un chemin de terre extrêmement boueux. La route est un petit ruisseau de boue qui gicle à chaque pas, une boue jaunâtre, collante, glissante comme du savon mou, qui s’attache aux sandales, les aspire comme une ventouse, et en même temps fuit sous elles, en rendant la marche pénible par suite des glissades continuelles.
Il doit avoir plu et replu les jours précédents et le ciel annonce encore de la pluie. Il est bas, couleur de plomb, parcouru par des nuages épais que pousse le sirocco ou le vent grec, si épais que dans la bouche l’air semble un corps douceâtre comme enduit de miel. Il ne soulage pas ce souffle de vent syncopé qui courbe les herbes et les branches et, après qu’il soit passé, tout revient à la lourde immobilité de la chaleur orageuse. De temps à autre un nuage crève, et de grosses gouttes chaudes comme si elles venaient d’une douche tiède, descendent pour faire des bulles dans la boue qui gicle encore plus sur les vêtements et les jambes.
Le bas des tuniques, bien que Jésus et les siens les aient relevées en les faisant remonter jusqu’à la taille à l’aide du cordon qui les retient à la ceinture, est tout éclaboussé par la boue, très humide en bas, presque sèche dans les taches plus hautes. Vêtements et manteaux, même ceux que l’on porte le plus haut possible en les tenant pliés au milieu pour les garder propres et pour se mettre doublement à l’abri des averses courtes mais violentes, en sont tout salis. Les pieds et les jambes jusqu’à mi-jambe semblent avoir une épaisse chaussette de laine imprégnée de boue et qui s’y est incrustée.
361.3 - Là se termine le début. Voici la suite.
Les disciples se plaignent un peu du temps et du chemin et, soit dit en passant, également de la volonté peu… hygiénique du Maître, d’aller par un temps pareil.
Jésus semble ne pas entendre, mais il entend. Deux ou trois fois il se retourne un peu — ils marchent presque en file indienne pour tenir le côté gauche du chemin un peu plus élevé que le côté droit et pour cette raison moins boueux — il se retourne pour les regarder, mais ne parle pas.
La dernière fois, c’est le plus âgé des disciples qui dit:
“Oh! pauvre de moi! Avec cette humidité qui sèche sur moi, je vais en sentir des douleurs! Je suis vieux moi! Je n’ai plus trente ans!» C'est normalement Simon le zélote qui est le plus âgé de tous. .
Et Matthieu lui aussi bougonne:
“Et moi, alors? Moi, je n’étais pas habitué… Quand il pleuvait à Capharnaüm, tu le sais bien Pierre, je ne sortais pas de ma maison. Je mettais des commis au comptoir de la gabelle et eux m’amenaient ceux qui devaient payer.
J’avais organisé un vrai service dans ce but. Oui… et puis qui se déplaçait par mauvais temps? Hum! Quelque mélancolique. Marchés et voyages, on les fait par beau temps…”
“Taisez-vous! Il entend!” dit Jean.
“Mais non, il n’entend pas. Il pense, et quand il pense… c’est comme si on n’existait pas” dit Thomas.
“Et quand il décide une chose, même les plus justes remarques ne le font pas changer d’avis. Il veut faire ce qu’il veut. Il ne se fie qu’à Lui-même. Ce sera sa ruine. S’il m’écoutait un peu…
361.4 - Moi, je sais tant de choses!” dit Judas avec sa suffisance de débrouillard et sa prétention d’être “plus que les autres”.
“Que sais-tu?” demande Pierre qui tout à coup devient rouge comme un coq. “Tu sais tout! Quels amis as-tu? Tu es peut-être un grand d’Israël? Mais, allons donc! Toi aussi tu es un pauvre homme comme les autres et moi. Un peu plus beau… Mais la beauté de la jeunesse est une fleur qui ne dure qu’un jour! Moi aussi, j’étais beau!”
Un frais éclat de rire de Jean traverse l’air. Les autres aussi rient et se moquent un peu de Pierre à cause de ses rides, de ses jambes un peu écartées comme celles de tous les marins, ses yeux un peu bovins et rougis par les vents du lac.