Jean l’interrompt en gémissant.

“Du calme, ami. Ne m’interromps pas. Écoute, toi le premier, ces vérités. Tu le mérites. Le Sang: le mien. Tu le sais. C’est pour cela que je suis venu. Je suis le Rédempteur… Pense aux prophètes. Ils n’ont pas omis un iota quand ils ont décrit ma mission. Je serai l’Homme décrit par Isaïe Isaïe 42,1-9 | Isaïe 49,1-7 | Isaïe 50,4-11 | Isaïe 52,13 | Isaïe 53,12. . Et quand j’aurai perdu mon Sang, c’est Lui qui vous fécondera. Mais je ne me bornerai pas à cela. Vous êtes tellement imparfaits et faibles, fermés et craintifs, que Moi, glorieux à côté de mon Père,

je vous enverrai le Feu, la Force qui procède du fait que je suis engendré par le Père et qui lie le Père et le Fils par un anneau indissoluble, en faisant d’Un, Trois: la Pensée, le Sang, l’Amour. Quand l’Esprit de Dieu, mieux l’Esprit de l’Esprit de Dieu, la Perfection des Perfections divines, viendra sur vous, vous ne serez plus ce que vous êtes. Mais nouveaux, puissants, saints…

Mais pour l’un de vous, le Sang ne sera rien et le Feu ne sera rien, car le Sang aura eu pour lui le pouvoir de le damner et il connaîtra éternellement un autre feu dans lequel il brûlera vomissant du sang et avalant du sang, parce qu’il verra du sang partout Voir les délires de Judas au moment de son suicide. où il posera son regard mortel ou son regard spirituel du moment qu’il aura trahi le Sang d’un Dieu.”

“Oh! Maître! Qui est-ce?”

“Tu le sauras un jour. Maintenant ignore-le. Et par charité, ne cherche même pas à savoir. Essayer de savoir suppose que l’on soupçonne. Tu ne dois pas soupçonner tes frères, car le soupçon est déjà un manque de charité.”

“Il me suffit que tu m’assures que ce ne sera pas moi le traître, ni Jacques.”

“Oh! pas toi! Ni non plus Jacques. Tu es mon réconfort, mon brave Jean!”

Et Jésus lui passe un bras autour de l’épaule et il l’attire à Lui, et ils marchent ainsi embrassés.

361.6 - Ils se taisent pendant un moment. Les autres aussi se taisent maintenant. On n’entend que le bruit des pas sur la terre.

Puis un autre bruit se fait entendre. Le bruit d’un bouillonnement, je dirais le lourd ronflement d’un catarrheux. Un bouillonnement monotone, interrompu de temps en temps par de légers éclatements.

“Tu entends? dit Jésus. Le fleuve est proche.”

“Mais nous n’arriverons au gué qu’à la nuit. La nuit va bientôt tomber.”

“Nous dormirons dans quelque cabane. Et demain nous passerons. J’aurais voulu arriver plus tôt car le niveau monte d’heure en heure. Tu entends? Les roseaux des rives se brisent sous le poids des eaux de la crue.”

“Ils t’ont tant retenu dans ces villages de la Décapole! Nous le disions à ces malades: “Une autre fois!” mais…”

“Mais celui qui est malade veut guérir, Jean. Et Celui qui a pitié guérit tout de suite, Jean. N’importe. Nous passerons quand même. Je veux faire l’autre rive avant de revenir à Jérusalem pour la Pentecôte.”

Ils se taisent de nouveau. La nuit descend avec la rapidité des jours de pluie. La marche, dans le crépuscule de plus en plus obscur, devient encore plus difficile. Les arbres aussi, qui sont le long du chemin, augmentent l’obscurité avec leur frondaison.

“Passons de l’autre côté du chemin. Nous sommes maintenant tout près du gué. Nous chercherons une cabane.”

Ils traversent, suivis des autres. Ils franchissent un fossé boueux, plutôt de la boue que de l’eau, qui va en bruissant se jeter dans le fleuve. Presque à tâtons, ils passent d’un arbre à l’autre en se dirigeant vers le fleuve dont la rumeur devient plus proche et plus forte.

361.7 - Un premier rayon de lune perce les nuages, passe entre deux nuages et descend en faisant briller l’eau boueuse du Jourdain, très gonflé et très large en ce point. Ce n’est plus le beau fleuve tranquille et couleur d’azur, dont les eaux calmes et basses laissent à découvert le sable fin de la grève sur les bords, là où commencent les roseaux dont on entend toujours le frémissement. Maintenant l’eau a tout envahi et les premiers roseaux, courbés, brisés et submergés, ne se voient plus. Tout au plus un ruban de feuilles ondule à fleur d’eau et semble faire un signe d’adieu ou un appel de détresse. L’eau est déjà aux pieds des premiers arbres. Je ne connais pas ces arbres. Ils sont grands et feuillus, formant une sorte de muraille épaisse, sombre dans l’obscurité de la nuit. Quelques saules plongent dans l’eau jaunâtre les extrémités de leurs chevelures défaites.

“Ici, il n’est plus guéable” dit Pierre.

“Ici, non. Mais vois là-bas, on passe encore” dit André.

En effet, deux quadrupèdes passent le fleuve avec précaution. L’eau arrive au ventre des animaux.

“S’ils passent, les barques passeront aussi.”

“Et cependant il vaut mieux passer tout de suite, même de nuit. Les nuages se sont dissipés et il y a de la lune. Ne laissons pas passer le moment. Cherchons s’il y a une barque…”