“Riez donc, mais c’est ainsi. Et puis, ne m’interrompez pas. Dis, toi, Judas, quels amis as-tu? Que sais-tu? Pour savoir ce que tu fais comprendre, tu dois avoir des amis parmi les ennemis de Jésus. Et celui qui a des amis parmi les ennemis, c’est un traître. Hé! mon garçon! Fais attention si tu tiens à ta beauté! Car s’il est vrai que je ne suis plus beau, il est vrai aussi que je suis encore fort, et je n’aurais pas de mal à te casser les dents ou à te crever un œil” dit Pierre.
“Quelles façons de parler! C’est vraiment d’un grossier pêcheur!” dit Judas avec le mépris d’un prince offensé.
“Parfaitement, et je m’en vante. Pêcheur, mais franc comme mon lac qui, s’il veut faire une tempête, ne dit pas: “Je vais faire une bonace”, mais il a un certain frisson et il met comme témoins à la voûte des deux certains amas de nuages.
Il suffit de ne pas être idiot ou ivre pour comprendre l’avertissement et agir en conséquence. Toi… tu ressembles à cette boue qui paraît solide et, regarde” (et d’un coup de pied énergique, il fait gicler la boue jusqu’au menton du bel Iscariote).
“Mais, Pierre! Ces façons d’agir sont indignes! C’est là tout le fruit des paroles du Maître sur la charité!”
“Et aussi pour toi sur l’humilité et la sincérité. Allons! Crache ce que tu sais. Que sais-tu? Est-ce vrai que tu sais ou bien tu te donnes des airs pour faire croire que tu as des amis puissants? Pauvre ver que tu es!”
“Ce que je sais, je le sais, et je ne viendrai pas te le dire, pour amener des rixes qui te plairaient, galiléen que tu es. Je répète que si le Maître était moins têtu, ce serait un grand bien. Et aussi moins violent. Les gens se lassent de s’entendre offenser.”
“Violent? Mais s’il l’était, il devrait te faire voler dans le fleuve, tout de suite. Un beau vol par-dessus ces arbres. Ainsi tu te laverais la boue qui te salit la figure. Si cela pouvait servir à te laver le cœur qui, si je ne me trompe, doit être plus encroûté que mes jambes boueuses.”
En effet Pierre, très poilu et de petite taille, a les jambes plutôt boueuses. Lui et Matthieu ne sont que glaise presque jusqu’aux genoux.
“Mais, enfin, finissez-en!” dit justement Matthieu.
361.5 - Jean qui a remarqué que Jésus ralentissait, soupçonne qu’il a entendu et, hâtant le pas, il dépasse deux ou trois compagnons, le rejoint, se met à son côté et il l’appelle: “Maître!” doucement comme toujours et avec son regard d’amour, en relevant la tête parce qu’il est plus petit et qu’il se tient sur le milieu du chemin alors que les autres cheminent sur la berge plus élevée.
“Oh! Jean! Tu m’as rejoint?”
Jésus lui sourit. Jean, en étudiant affectueusement et aussi avec crainte le visage du Maître pour se rendre compte s’il a entendu, répond:
“Oui, mon Maître. Veux-tu de moi?”
“Toujours je te veux. Je vous voudrais tous, et avec ton cœur! Mais si tu marches là où tu es, tu vas finir de te tremper.”
“Peu m’importe, Maître! Rien ne m’importe que de rester près de Toi!”
“Tu veux rester toujours avec Moi? Tu ne penses pas que je suis imprudent et que je puis vous mettre dans l’embarras, vous aussi. Tu ne te sens pas offensé parce que je ne suis pas tes conseils?”
“Oh! Maître! Alors tu as entendu?”
Jean est consterné.
“J’ai tout entendu, dès les premières paroles. Mais ne t’en afflige pas. Vous n’êtes pas parfaits. Je le savais quand je vous ai pris. Et je ne prétends pas que vous le deveniez rapidement. Vous devez d’abord passer de l’état sauvage à l’état domestique au moyen de deux greffes…”
“Lesquelles, Maître?”
“L’une de sang et l’autre de feu. Après, vous serez des héros du Ciel et vous convertirez le monde, en commençant par vous.”
“De sang? De feu?”
“Oui, Jean. Le Sang: le mien…”
“Non, Jésus!”