“Elle est même plus belle que les grottes d’Arbel. Là, de beau, il n’y avait que notre cœur, meilleur que maintenant” dit Jean qui se perd dans un souvenir mystique.
“Et encore bien meilleure que celle qui abrita le Maître quand il se préparait à la prédication” dit sévèrement le Zélote en regardant l’Iscariote comme pour lui dire de se taire.
Pour finir, Jésus dit:
“Et elle est sans comparaison plus chaude et plus confortable que celle où j’ai fait pénitence pour toi, Judas de Simon, dans ce mois de Thébet Cf. EMV 317. ”
“Pénitence pour moi? Pourquoi? Il n’en était pas besoin!”
“En vérité nous devrions, toi et Moi, passer la vie en pénitence pour te délivrer de tout ce qui t’alourdit. Et encore cela ne suffirait pas.”
La sentence, exprimée avec calme mais avec tant de décision, tombe comme un coup de foudre sur le groupe effrayé… Judas baisse la tête et se retire dans un coin. Il n’a pas l’audace de réagir.
360.7 - Après un moment, Jésus ordonne:
“Moi, je vais veiller. Je m’occuperai du feu. Vous, dormez.”
Et peu après, au pétillement du bois, s’unit la lourde respiration des douze apôtres fatigués, allongés sur les planches dans la paille. Jésus, lorsque la paille tombe et les laisse découverts, se lève et l’étend de nouveau sur les dormeurs, affectueux comme une mère. Et pourtant il pleure en contemplant dans leur sommeil les visages hermétiques de certains, ou paisibles, ou courroucés. Il regarde l’Iscariote qui semble ricaner même dans son sommeil, menaçant, les poings serrés… Il regarde Jean qui dort une main sous sa joue, le visage couvert par ses cheveux blonds, les joues rosées, tranquille comme un enfant au berceau. Il regarde le visage honnête de Pierre et celui sévère de Nathanaël, celui grêlé du Zélote, celui aristocratique de son cousin Jude, et il s’arrête longuement à regarder Jacques d’Alphée qui est un Joseph de Nazareth très jeune.
Il sourit en entendant les monologues de Thomas et d’André, qui semblent parler au Maître. Il couvre copieusement Matthieu qui respire péniblement, en prenant encore de la paille pour le tenir au chaud et l’étend sur les pieds de Matthieu après l’avoir chauffée à la flamme. Il sourit en entendant Jacques qui proclame: “Croyez dans le Maître et vous aurez la Vie”… et il continue de prêcher à des personnages de rêve. Il se penche pour ramasser une bourse, où Philippe garde des souvenirs chers, en la replaçant doucement sous sa tête. Dans les intervalles, il médite et il prie…
360.8 - Le premier à se réveiller c’est le Zélote. Il voit Jésus qui est encore près du feu allumé dans la grotte bien chaude. En voyant le tas de bois réduit à presque rien, il comprend qu’il s’est écoulé de longues heures. Il descend de son lit et, sur la pointe des pieds, il va vers Jésus:
“Maître, ne viens-tu pas dormir? Moi, je vais veiller.”
“C’est l’aube, Simon. Je suis sorti il y a un instant. J’ai vu le ciel qui déjà commence à blanchir.”
“Mais pourquoi ne nous as-tu pas appelés? Tu es las, Toi aussi!”
“Oh! Simon! J’avais tant besoin de penser… et de prier”
Et il appuie sa tête sur la poitrine de Simon.
Le Zélote, debout près de Lui qui est assis, le caresse et soupire. Il Lui demande:
“Penser à quoi, Maître? Tu n’as pas besoin de penser. Tu sais tout.”
“Penser non pas à ce que je dois dire, mais à ce que je dois faire. Je suis désarmé contre le monde astucieux car Moi, je n’ai pas la malice du monde et l’astuce de Satan. Le monde triomphe… et je suis si las…”
“Et affligé. Et nous y sommes pour quelque chose, bon Maître que nous ne méritons pas d’avoir. Pardonne-moi et pardonne à mes compagnons. Je te le dis pour tous.”
“Je vous aime tant… Je souffre tant… Pourquoi si souvent vous ne me comprenez-pas?”
360.9 - Leur conversation éveille Jean qui est le plus près. Il ouvre ses yeux bleu clair et regarde étonné autour de lui, puis il se souvient et se lève aussitôt et il arrive derrière les deux qui parlent. Il entend ainsi les paroles de Jésus:
“Pour que toute la haine et toutes les incompréhensions deviennent pour Moi un rien qui serait supportable, il me suffirait votre amour, votre compréhension… Au contraire vous ne me comprenez pas… Et c’est ma première torture. Elle est lourde! Lourde! Mais ce n’est pas votre faute. Vous êtes des hommes…
Ce sera votre douleur de ne m’avoir pas compris quand vous ne pourrez plus réparer… À cause de cela, parce qu’alors vous expierez ce que vous avez de superficiel maintenant, de mesquin, d’étroit, je vous pardonne et je dis d’avance: “Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font, ni la douleur qu’ils me donnent”