“Nous monterons là-haut ou bien allons-nous côtoyer le pied? Il y a des villages à mi-côte. Regarde. Des deux côtés du fleuve” Lui font-ils remarquer.

“La nuit descend. Cherchons à atteindre un village. Celui-ci ou celui-là, c’est indifférent.”

Jude Thaddée qui a de très bons yeux, scrute les pentes. Il approche de Jésus et dit:

“Au besoin, il y a des fentes dans la montagne. Tu les vois là-bas? Nous nous y réfugions. Ce sera toujours mieux que dans la boue.”

“Nous ferons du feu” dit André pour les remonter.

“Avec du bois humide?” demande ironiquement Judas de Kérioth.

Personne ne lui répond. Pierre murmure:

“Je bénis l’Éternel qu’il n’y a avec nous ni les femmes, ni Marziam.”

360.5 - Ils passent le pont, vraiment préhistorique, qui est au fond de la vallée et en prennent le côté méridional en suivant un chemin muletier qui s’en va vers un village. La nuit descend rapidement, si bien qu’ils décident de se réfugier dans une vaste grotte pour échapper à une averse violente. C’est peut-être une grotte qui sert de refuge aux bergers, car il y a du fourrage et des ordures et un foyer grossier.

“Cela ne peut pas servir de lit. Mais pour faire du feu…” dit Thomas en montrant les ramilles souillées qui sont éparses sur le sol avec des fougères sèches et des branches de genévrier ou de plantes du même genre. Il les pousse avec un bâton vers le foyer, les amoncèle et y met le feu.

Il se dégage du feu une fumée puante mêlée à des odeurs de résine et de genévrier. Et pourtant elle est agréable cette chaleur, et tous font demi-cercle et, à la lumière mobile de la flamme, ils mangent du pain et du fromage.

“On pouvait pourtant essayer d’arriver au village” dit Matthieu qui est enroué et gelé.

“Oh! écoute! pour recommencer l’histoire d’il y a trois soirs? Ici, personne ne va nous chasser. Nous resterons assis sur ce bois et nous ferons du feu tant que nous pourrons. Maintenant que l’on y voit, il y en a du bois! Regarde, regarde! Et aussi de la paille!… C’est vraiment un bercail, certainement pour l’été ou pour la transmigration.

360.6 - Et d’ici, où va-t-on? Prends une branche allumée, André, je veux voir” commande Pierre qui tourne, en veine de découvertes.

André obéit. Ils s’enfilent dans un étroit passage qui se trouve dans la paroi de la grotte.

“Faites attention qu’il n’y ait pas de vilaines bêtes!” crient les autres.

“Ou des lépreux” dit le Thaddée.

Après un moment, la voix de Pierre arrive.

“Venez! Venez! Ici, on est mieux. C’est propre et sec, et il y a des bancs de bois et du bois pour brûler. Mais c’est un palais de roi, pour nous! Apportez des branches allumées pour que nous fassions du feu tout de suite.”

Ce doit être réellement un abri pour les bergers. Cette partie est celle où les bergers se reposent et dorment, alors que dans l’autre veillent à tour de rôle ceux qui gardent le troupeau. C’est une excavation dans la montagne, beaucoup plus petite et peut-être faite de main d’homme, ou au moins agrandie et consolidée par des poteaux destinés à soutenir la voûte. Une chape de cheminée primitive communique avec la première grotte et permet l’évacuation de la fumée dans cette direction. Il y a des planches et de la paille le long des murs où sont enfoncés des pitons pour accrocher des lanternes, des vêtements ou des besaces.

“Mais cela va très bien! Allons, faisons beaucoup de feu! Nous serons au chaud et nous sécherons les manteaux. Enlevons les ceintures, faisons-en des cordes pour y pendre les manteaux” commande Pierre.

Puis il ajuste les planches et la paille et il dit:

“Et maintenant, à tour de rôle, on pourra dormir alors que quelqu’un entretiendra le feu pour que l’on puisse y voir et rester au chaud. Quelle grâce de Dieu!”

Judas murmure entre ses dents. Pierre se retourne, fâché.

“En comparaison de la grotte de Bethléem, où le Seigneur est né, celle-là est un palais de roi. Si Lui est né dans ces conditions, nous pourrons bien passer une nuit ici.”