360 – La mauvaise humeur des apôtres et le repos dans une grotte. La rencontre de Rose de Jéricho
14 décembre 1945 / 15 décembre 1945 / 17 septembre 1944
Le vendredi 14 décembre 1945.
360.1 - La plaine du côté oriental du Jourdain, à cause des pluies continuelles, semble devenue une lagune, particulièrement à l’endroit où se trouve Jésus avec les apôtres. Ils ont depuis peu franchi un torrent qui descend par une gorge étroite des collines voisines, qui semblent faire une digue cyclopéenne du nord au sud le long du Jourdain, rompue çà et là par des vallées étroites par lesquelles dégorgent les inévitables torrents. Il semble qu’un long feston de collines ait été mis par Dieu pour encadrer la grande vallée du Jourdain de ce côté-là. Je dirais même que c’est un feston monotone tant les arcs en sont égaux et montent à la même altitude. Le groupe apostolique se trouve entre les deux derniers torrents, qui en plus sont débordés près des rives du fleuve, et donc ont un lit plus grand, surtout celui du sud qui est imposant par la masse d’eau qu’il charrie des montagnes et dont les eaux troubles se précipitent avec fracas vers le Jourdain. Le fleuve, à son tour, fait entendre un bruit fantastique là où ses courbures naturelles, je pourrais dire ses étranglements continuels, ou l’arrivée d’un affluent, produisent un engorgement des eaux. Or Jésus est dans ce trapèze formé par les trois cours d’eau en crue et il n’est pas facile d’arracher ses jambes de ce bourbier.
Trapèze formé de trois cours d’eau qui, sur l’esquisse de Maria Valtorta, sont les deux derniers affluents au sud et le cours du Jourdain entre l’un et l’autre. Le mot Jourdain est écrit sur le grand cours d’eau à l’ouest, tandis qu’à l’est les collines sont dessinées. L’inscription cours d’eau tributaire du lac se trouve un peu plus haut.
360.2 - L’humeur des apôtres est plus trouble que la journée. Et c’est tout dire. Chacun veut dire son avis. Et toute parole cache un reproche sous l’apparence d’un conseil. C’est l’heure des: “Je l’avais bien dit”, “Si on avait suivi mon conseil”, etc. etc., si blessants pour qui a commis une erreur, et qui est déjà si ennuyé de l’avoir faite.
Il se trouve quelqu’un pour dire: “Il valait mieux passer le fleuve à la hauteur de Pella et aller de l’autre côté qui est moins difficile”, ou bien: “C’était bien de le prendre ce char! Nous avons fait les braves, mais ensuite…”, et encore: “Si on était resté sur les montagnes, on n’aurait pas eu cette boue!”
Jean dit:
“Vous êtes les prophètes du passé. Qui pouvait prévoir cette persistance de la pluie?”
“C’est la saison. On pouvait le prévoir” dit sentencieusement Barthélemy.
“Les autres années ce n’était pas ainsi avant Pâque. Je suis venu vers vous alors que le Cédron n’était certainement pas plein, et l’an dernier nous avons même eu de la sécheresse. Vous, qui vous lamentez, ne vous rappeliez-vous pas la soif dont nous avons souffert dans la plaine philistine?” dit le Zélote.
“Hé! C’est naturel Les deux sages le disent et le font entendre!” dit ironiquement Judas de Kérioth.
“Tais-toi, je t’en prie. Tu ne sais que critiquer. Mais. au bon moment, quand il s’agit de parler à quelque pharisien ou quelqu’un de semblable, tu restes muet comme si tu avais la langue liée” dit le Thaddée fâché.
“Oui il a raison. Pourquoi n’as-tu pas répliqué un seul mot, dans le dernier village, à ces trois serpents? Tu le savais que nous avons été aussi à Giscala et à Meiéron, respectueux et obéissants, et que là c’est Lui, justement Lui, qui a voulu y aller, car il honore les grands rabbins défunts. Mais tu n’as pas parlé! Tu sais comment Lui exige de nous le respect pour la Loi et les prêtres. Mais tu n’as pas parlé Cf. EMV 340 et suivants. ! C’est maintenant que tu parles. Maintenant, parce qu’il s’agit de faire de l’ironie sur les meilleurs de nous et de critiquer ce que fait le Maître” poursuit André qui, habituellement patient, est aujourd’hui vraiment nerveux.
“Tais-toi. Judas a tort, lui qui est l’ami de nombreux, de trop nombreux samaritains…” dit Pierre.
“Moi? Qui sont-ils? Dis leurs noms si tu peux.”
“Oui ami. Tous les pharisiens, sadducéens, les puissants dont tu te vantes d’avoir l’amitié et qui te connaissent, cela se voit! Moi, ils ne me saluent jamais. Mais toi, si.”
“Tu en es jaloux! Mais moi, je suis un du Temple et toi non.”
“Grâce à Dieu, je suis un pêcheur. Oui. Et je m’en vante.”
“Un pêcheur si sot qu’il n’a même pas su prévoir ce temps.”
“Non! Je l’ai dit: “Lune de Nisân, c’est de la pluie qui descend a pleins boisseaux” dit Pierre sentencieusement.
“Ah! c’est là que je t’attendais! Et toi, qu’en dis-tu, Jude d’Alphée Et toi André? Même Pierre, le chef, critique le Maître!”
“Moi, je ne critique personne en vérité. Je cite un proverbe.”
“Qui, à bien l’entendre, est une critique et un reproche.”
“Oui… Mais tout cela ne sert pas à assécher la terre, me semble-t-il. Maintenant nous y sommes et nous devons y rester. Gardons notre souffle pour sortir nos pieds de ce marécage” dit Thomas.