Seul un agnelet ne s’écarta jamais. Il courait en bêlant et il disait par son bêlement au berger: “Je t’aime”. Il courait derrière le bon berger et quand ils arrivèrent à la porte de son royaume, il n’y avait qu’eux deux: le berger et l’agnelet fidèle. Alors le berger ne dit pas: “Entre”, mais il dit: “Viens” et il le prit sur sa poitrine, dans ses bras, et il l’amena à l’intérieur en appelant tous ses sujets et en leur disant: “Voici. Celui-ci m’aime. Je veux qu’il soit avec Moi pour toujours. Et vous aimez-le, car c’est celui que préfère mon cœur”.

352.8 - La parabole est finie, Benjamin. Maintenant peux-tu me dire quel est ce bon berger?”

“C’est Toi, Jésus.”

“Et cet agnelet, qui est-ce?”

“C’est moi, Jésus.”

“Mais maintenant je vais partir. Tu m’oublieras.”

“Non, Jésus, je ne t’oublierai pas parce que je t’aime.”

“Ton amour disparaîtra quand tu ne me verras plus.”

“Je me dirai à moi-même les paroles que tu m’as dites, et ce sera comme si tu étais présent. Je t’aimerai et je t’obéirai de cette façon. Et, dis-moi, Jésus: Toi, tu te souviendras de Benjamin?”

“Toujours.”

“Comment feras-tu pour te souvenir?”

“Je me dirai que tu m’as promis de m’aimer et de m’obéir, et je me souviendrai ainsi de toi.”

“Et tu me donneras ton Royaume?”

“Si tu seras bon, oui.”

“Je serai bon.”

“Comment feras-tu? La vie est longue.”

“Mais aussi tes paroles sont si bonnes. Si je me les dis et si je fais ce qu’elles me disent de faire, je me garderai bon toute ma vie. Et je le ferai parce que je t’aime. Quand on aime bien, ce n’est pas fatigant d’être bon. Je ne me fatigue pas d’obéir à maman, parce que je l’aime bien. Je ne me fatiguerai pas d’être obéissant pour Toi, parce que je t’aime bien.”

Jésus s’est arrêté pour regarder le petit visage enflammé par l’amour plus que par le soleil. La joie de Jésus est si vive qu’il semble qu’un autre soleil se soit allumé en son âme et irradie par ses pupilles. Il se penche et dépose un baiser sur le front de l’enfant.

352.9 - Jésus s’est arrêté devant une petite maison modeste, avec un puits devant. Il va ensuite s’asseoir près du puits et c’est là que le rejoignent les disciples, qui sont encore en train de mesurer leurs prérogatives respectives.

Jésus les regarde, puis il les appelle:

“Venez autour de Moi, et écoutez le dernier enseignement de la journée, vous qui célébrez sans cesse vos mérites et pensez à vous adjuger une place en rapport avec eux. Vous voyez cet enfant? Lui est dans la vérité plus que vous. Son innocence lui donne les clefs pour ouvrir les portes de mon Royaume. Lui a compris, dans sa simplicité de tout petit, que c’est dans l’amour que se trouve la force de devenir grand et dans l’obéissance par amour celle d’entrer dans mon Royaume. Soyez simples, humbles, aimants d’un amour que vous ne donniez pas qu’à Moi mais que vous partagiez entre vous, obéissant à mes paroles, à toutes, même à celles-ci, si vous voulez arriver là où entreront ces innocents. Apprenez auprès des petits. Le Père leur révèle la vérité comme Il ne la révèle pas aux sages.”

Jésus parle en tenant Benjamin debout contre ses genoux et il lui tient les mains sur les épaules. En ce moment le visage de Jésus est plein de majesté. Il est sérieux, pas courroucé, mais sérieux. C’est vraiment le Maître. Le dernier rayon de soleil nimbe sa tête blonde.

La vision s’arrête pour moi ici, en me laissant pleine de douceur dans mes souffrances.

[le jeudi 6 décembre 1945].

352.10 - Les disciples n’ont donc pas pu entrer dans la maison, c’est naturel, à cause de leur nombre et par respect. Ils ne le font jamais s’ils ne sont pas invités par le Maître à le faire, en groupe ou en particulier. Je remarque toujours un grand respect, une grande retenue, malgré l’affabilité du Maître et sa longue familiarité. Même Isaac, qui pourrait se dire le premier d’entre les disciples, ne prend jamais la liberté d’aller vers Jésus, sans qu’un sourire, au moins un sourire du Maître l’appelle près de Lui.