“C’est cela, Maître. C’est le sort de ceux… qui ne servent plus. Les malades, les vieux, les incapables, sont condamnés à la misère, à la mendicité. Et la mort est ce qu’il y a de meilleur pour eux… C’est ainsi depuis que le monde est monde et il en sera toujours ainsi…”
335.12 – “Jésus, aie pitié de moi!”
Un cri de détresse entre par les fenêtres fermées, car la salle est fermée et avec les lampes allumées, peut-être à cause du froid.
“Qui m’appelle?”
“Quelque importun. Je le ferai chasser. Ou quelque mendiant. Je lui ferai donner un pain.”
“Jésus, je suis malade. Sauve-moi!”
“Je l’ai dit: un importun. Je punirai les serviteurs pour l’avoir fait passer.” Et Ismaël se lève.
Mais Jésus, plus jeune d’au moins vingt ans et qui le dépasse du cou et de la tête, le fait se rasseoir en lui mettant la main sur l’épaule et en commandant:
“Reste, Ismaël. Je veux voir celui qui me cherche. Faites-le entrer.”
Il entre un homme aux cheveux encore noirs. Il peut avoir environ quarante ans. Mais il est enflé comme un tonneau et jaune comme un citron, avec les lèvres violettes entrouvertes et la bouche haletante. Il est accompagné par la femme de la première partie de la vision.
L’homme avance avec peine à cause de la maladie et de la crainte. Il voit qu’on le regarde d’un si mauvais œil! Mais Jésus a quitté sa place et il est allé vers le malheureux en le prenant par la main et en l’amenant au milieu de la salle dans l’espace vide entre les tables disposées en fer à cheval. Exactement sous le lampadaire.
“Que veux-tu de Moi?”
“Maître… je t’ai tant cherché… depuis si longtemps… Je ne veux rien que la santé… pour mes enfants et ma femme… Toi, tu peux tout… Vois à quoi je suis réduit…”
“Et tu crois que je puis te guérir?”
“Si je le crois!… Tout pas m’est douloureux… toute secousse pénible… mais pourtant j’ai fait des milles pour te chercher… et puis avec le char je t’ai suivi aussi… mais je ne te rattrapais jamais… Si je le crois!… Je suis étonné de n’être pas encore guéri, depuis que ma main est dans la tienne, car tout en Toi est saint, ô Saint de Dieu.”
Le pauvre souffle comme un phoque par l’effort qu’il fait pour tant parler. La femme regarde son mari et Jésus, et elle pleure.
335.13 – Jésus les regarde et il sourit. Puis il se tourne et il demande:
“Toi, vieux scribe, (il parle au vieux à la voix chevrotante qui a parlé le premier) réponds-moi: est-il permis de guérir pendant le sabbat?” Cf. Marc 3, 4 – Luc 6, 9.
“Pendant le sabbat il n’est permis de faire aucun travail.”
“Même pas de sauver quelqu’un du désespoir? Ce n’est pas un travail manuel.”
“Le sabbat est consacré au Seigneur.”
“Quelle œuvre plus digne d’un jour sacré que de faire qu’un fils de Dieu dise à son Père: “Je t’aime et te loue parce que Tu m’as guéri ”?!”
“Il doit le faire, même s’il est malheureux.”
“Chanania, sais-tu qu’en ce moment ton bois le plus beau est en train de brûler, et que toute la pente de l’Hermon rougit de l’éclat des flammes?”
Le vieil homme bondit comme si un aspic l’avait mordu: