335 – La fausse amitié d’Ismaël Ben Fabi et l’hydropique guéri un jour de sabbat
11 septembre 1944
Le lundi 11 septembre 1944.
335.1 – Je vois Jésus qui marche rapidement sur une grand-route que le vent froid d’un matin d’hiver balaie et durcit. Les champs, des deux côtés de la route, présentent à peine un timide duvet de moissons qui viennent de percer, un voile fin de verdure qui annonce la promesse du futur pain, mais une promesse vraiment à peine perceptible. Il y a encore, à l’ombre, des sillons dépourvus de cette verdure naissante et bénie, et seuls les sillons qui se trouvent dans les endroits plus ensoleillés ont cette verdure si légère et pourtant déjà joyeuse puisqu’elle parle du printemps qui arrive. Les arbres à fruits sont encore dépouillés sans un bourgeon qui se gonfle sur leurs branches obscures. Seuls les oliviers ont leur couleur éternelle gris-vert, aussi triste sous le soleil d’août que dans la faible clarté de cette matinée d’hiver. Et avec eux montrent leur couleur verte, un vert pâteux de céramiques à peine teintées, les feuilles grasses des cactées.
Jésus chemine, comme souvent, à deux ou trois pas en avant de ses disciples. Ils sont tous bien enveloppés dans leurs manteaux de laine.
À un certain moment, Jésus s’arrête et se retourne pour interpeller ses disciples:
“Connaissez-vous le chemin?”
“C’est le chemin, mais ensuite où se trouve la maison, nous ne le savons pas, car elle est à l’intérieur des terres… Peut-être là où se trouve ce bosquet d’oliviers…”
“Non. Elle doit être là-bas au fond, au contraire, où se trouvent ces gros arbres dépouillés…”
“Il devrait y avoir une route pour les chars…”
En somme, ils ne savent rien de précis. On ne voit personne sur la route ou dans les champs. Ils avancent au hasard, en cherchant leur route.
Ils trouvent une petite maisonnette de pauvres avec deux ou trois petits champs autour. Une fillette est en train de tirer de l’eau à un puits.
“Paix à toi, fillette” dit Jésus en s’arrêtant à la limite de la haie qui a un passage pour la circulation.
“Paix à toi. Que veux-tu?”
“Un renseignement. Où se trouve la maison d’Ismaël le pharisien?”
“Tu es égaré, Seigneur. Il te faut revenir au carrefour et prendre celle qui va vers le couchant du soleil. Mais il faut marcher beaucoup, beaucoup, car tu dois retourner là, au carrefour, et puis marcher, marcher. As-tu mangé? Il fait froid, et avec l’estomac vide, on le sent davantage. Entre, si tu veux. Nous sommes pauvres. Mais Toi aussi tu n’es pas riche. Tu peux t’en arranger. Viens.”
Et d’une voix perçante, elle appelle:
“Maman!”
335.2 – Une femme d’environ trente-cinq, quarante ans apparaît sur le seuil. Son visage est honnête mais un peu triste. Dans ses bras elle a un enfant d’environ trois ans, à peine vêtu.
“Entre. Le feu est allumé. Je te donnerai du lait et du pain.”
“Je ne suis pas seul, j’ai ces amis.”
“Qu’ils entrent tous et la bénédiction de Dieu avec les pèlerins que je loge.”
Ils entrent dans une cuisine basse et sombre qu’égaie un feu pétillant. Ils s’assoient çà et là sur des coffres bruts.
“Maintenant, je vais préparer… C’est le matin… Je n’ai encore rien mis en ordre… Excusez-moi.”
“Tu es seule?”