“Le Seigneur m’est témoin que je n’ai plus frappé mes serviteurs qui auraient mérité le fouet, quand on m’a eu dit une de tes paraboles” dit un autre.
“Et moi? C’est plus de dix boisseaux d’orge que j’ai laissés dans les champs pour les pauvres!” dit encore un autre.
Les pharisiens se louent copieusement.
Ismaël n’a pas parlé. Jésus l’interpelle:
“Et toi, Ismaël!”
“Oh! moi! J’ai toujours usé de miséricorde. Je n’ai qu’à continuer comme j’ai toujours fait.”
“C’est bien pour toi! S’il en est ainsi réellement, tu es l’homme qui ne connaît pas les remords.”
“Oh! certainement pas!”
Jésus le transperce de son œil de saphir.
335.11 – Eléazar touche le bras de Jésus:
“Maître, écoute-moi. J’ai un cas spécial à te soumettre. J’ai acquis récemment une propriété d’un malheureux qui s’est ruiné pour une femme. Il me l’a vendue, mais sans me dire qu’il y avait une vieille servante, sa nourrice, maintenant aveugle et presque idiote. Le vendeur n’en veut pas. Moi… je n’en voudrais pas. Mais, la jeter à la rue.., Que ferais-tu, Maître?”
“Toi, que ferais-tu si tu devais donner un conseil à un autre?”
“Je dirais: “Garde-la. Tu ne te ruineras pas pour un pain”.
“Et pourquoi parlerais-tu ainsi?”
“Mais!… parce que je pense que c’est ainsi que j’agirais et je voudrais qu’on agisse ainsi à mon égard…”
“Tu es très près de la Justice, Eléazar. Agis comme tu conseillerais de le faire et le Dieu de Jacob sera toujours avec toi.”
“Merci, Maître.”
Les autres bougonnent entre eux.
“Qu’avez-vous à murmurer? demande Jésus. N’ai-je pas parlé juste? Et lui n’a-t-il pas parlé avec justice? Ismaël, défends tes hôtes, toi qui as toujours agi avec miséricorde.”
“Maître, tu parles bien, mais… si on agissait toujours ainsi!… On serait victime des autres.”
“Et il vaut mieux, selon toi, que ce soient les autres qui soient nos victimes, n’est-ce pas?”
“Je ne dis pas cela. Mais il y a des cas…”
“La Loi dit d’avoir miséricorde…”
“Oui, pour le frère pauvre, pour l’étranger, le pèlerin, la veuve et l’orphelin. Mais cette vieille, qui est tombée dans les bras d’Eléazar, n’est pas sa sœur, ni pèlerine, ni étrangère, ni orpheline ou veuve. Rien pour lui. Ni plus ni moins qu’un vieux tableau, oublié par le vrai maître dans la propriété vendue. Eléazar pourrait donc la chasser sans scrupules d’aucune sorte. Enfin la responsabilité de la mort de la vieille ne lui reviendrait pas, mais reviendrait à son vrai maître…”
“…qui ne peut plus la garder puisqu’il est pauvre lui aussi, et par conséquent lui aussi est exempt d’obligations. De sorte que si la petite vieille meurt de faim, c’est elle qui est coupable, n’est-ce pas?”