Et, quittant l’atrium garni de sièges et de tapis, ils entrent dans une pièce où on leur apporte des amphores et des bassines pour les ablutions. Puis ils passent dans la salle à manger très richement préparée.

“Jésus à côté de moi, entre Éléazar et moi” commande le maître.

Et Jésus, qui s’était tenu au fond de la salle près des disciples un peu intimidés et laissés de côté, doit s’asseoir à la place d’honneur.

Le repas commence avec de nombreux plats de viandes et de poissons rôtis. Des vins et, me semble-t-il, des sirops, ou au moins des eaux miellées, passent et repassent.

335.9 – Tous essaient de faire parler Jésus. L’un d’eux, un vieillard tout tremblotant, demande d’une voix éraillée de vieillard décrépit:

“Maître, est-ce vrai ce qu’on dit, que tu as l’intention de modifier la Loi?”

“Je ne changerai pas un iota à la Loi. Au contraire, (et Jésus appuie sur les mots) je suis justement venu pour la rendre de nouveau intègre comme quand elle fut donnée à Moïse.” Cf. Matthieu 5, 17.

“Voudrais-tu dire qu’elle a été changée?”

“Non, jamais. Uniquement qu’elle a subi le sort de toutes les choses élevées mises dans la main de l’homme.”

“Que voudrais-tu dire? Précise.”

“Je veux dire que l’homme, par suite de l’ancien orgueil ou pour l’ancien foyer de la triple luxure, a voulu en retoucher les paroles droites et en a fait quelque chose qui opprime les fidèles alors que, pour ceux qui les ont retouchées, ce n’est qu’un amas de phrases… qu’on laisse à l’usage des autres.”

“Mais, Maître! Nos rabbins…”

“C’est une accusation!”

“Ne nous déçois pas dans notre désir de t’être utile!…”

“Hé! Hé! Ils ont raison de t’appeler révolté!”

“Silence! Jésus est mon hôte. Qu’il parle en toute liberté.”

“Nos rabbins, pour commencer, se sont ingéniés et ont peiné dans l’intention sainte de rendre plus facile l’application de la Loi. Dieu Lui-même a commencé cet enseignement quand aux paroles des dix commandements Il a ajouté des explications plus détaillées.

Cela pour que l’homme n’eût pas l’excuse de ne pas avoir su comprendre. Œuvre sainte donc celle des maîtres qui ont brisé en morceaux, pour les petits de Dieu, le pain donné par Dieu à l’esprit. Mais sainte quand elle poursuivait un but qui était droit. Il n’en fut pas toujours ainsi. Et maintenant moins que jamais. Mais pourquoi voulez-vous me le faire dire, vous qui vous offensez si je vous énumère les fautes des puissants!”

“Des fautes! Des fautes! Nous n’avons que des fautes, nous?”

“Je voudrais que vous n’ayez que des mérites!”

“Mais nous ne les avons pas. Tu le penses et ton regard le dit.

335.10 – Jésus, ce n’est pas en critiquant que l’on acquiert l’amitié des puissants. Tu ne règneras pas. Tu n’en connais pas l’art.”

“Je ne demande pas de régner suivant vos idées, et je ne mendie pas des amitiés. C’est l’amour que je veux, mais un amour honnête et saint. Un amour qui va de Moi à ceux que j’aime, et qui se manifeste en usant à l’égard des pauvres de ce dont je prêche l’usage: la miséricorde.”

“Moi, depuis que je t’ai entendu, je ne prête plus à usure” dit l’un.

“Et Dieu t’en récompensera.”