“N’as-tu pas accepté ce salaire qui te paraissait convenable?”
“Oui, j’ai accepté, parce que les autres donnaient encore moins”.
“As-tu été maltraité ici par moi?”
“Non, en conscience, non”.
“Je t’ai accordé un long repos pendant le jour et la nourriture, n’est-ce pas? Je t’ai donné trois repas. Et on n’était pas convenu de la nourriture et du repos. N’est-ce pas?”
“Oui, ils n’étaient pas convenus.”
“Pourquoi alors les as-tu acceptés?”
“Mais… Tu as dit: ‘Je préfère agir ainsi pour que vous ne soyez pas trop lassés en revenant chez vous’. Et cela nous semblait trop beau… Ta nourriture était bonne, c’était une économie, c’était…”
“C’était une faveur que je vous faisais gratuitement et personne ne pouvait y prétendre. N’est-ce pas?”
“C’est vrai”.
“Je vous ai donc favorisés. Pourquoi vous lamentez-vous? C’est moi qui devrais me plaindre de vous qui, comprenant que vous aviez affaire à un bon maître, vous travailliez nonchalamment alors que ceux qui étaient venus après vous, avec le bénéfice d’un seul repas, et les derniers sans repas, travaillaient avec plus d’entrain faisant en moins de temps le même travail que vous avez fait en douze heures. Je vous aurais trahis si, pour payer ceux-ci, je vous avais enlevé la moitié de votre salaire. Pas ainsi. Prends donc ce qui te revient et va-t-en. Voudrais-tu venir chez moi pour m’imposer tes volontés? Moi, je fais ce que je veux et ce qui est juste. Ne sois pas méchant et ne me porte pas à l’injustice. Je suis bon”.
329.12 – O vous tous qui m’écoutez, je vous dis en vérité que Dieu le Père propose à tous les hommes les mêmes conditions et promet un même salaire. Celui qui avec zèle se met au service du Seigneur sera traité par Lui avec justice, même s’il n’a pas beaucoup travaillé à cause de l’imminence de sa mort. En vérité je vous dis que ce ne sont pas toujours les premiers qui seront les premiers dans le Royaume des Cieux, et que là-haut on verra de ceux qui étaient les derniers, devenir les premiers et d’autres qui étaient les premiers être les derniers. Là on verra beaucoup d’hommes, qui n’appartiennent pas à Israël, plus saints que beaucoup d’Israël.
Je suis venu appeler tout le monde, au nom de Dieu. Mais si les appelés sont nombreux, peu nombreux sont les choisis, car peu nombreux sont ceux qui veulent la Sagesse.
N’est pas sage celui qui vit du monde et de la chair, et non pas de Dieu. Il n’est pas sage, ni pour la terre, ni pour le Ciel. Car sur la terre il s’attire des ennemis, des punitions, des remords. Et pour le Ciel, il perd tout pour l’éternité.
Je répète: soyez bons avec le prochain quel qu’il soit. Soyez obéissants, en laissant à Dieu le soin de punir celui qui donne des ordres injustes. Soyez continents en sachant résister aux sens, honnêtes en résistant à l’or. Soyez cohérents pour dire anathème à ce qui le mérite et à le refuser quand la chose vous semble juste, quitte ensuite à établir des relations avec ceux dont vous aviez d’abord maudit l’idée. Ne faites pas aux autres ce que vous ne vous ne voudriez pas qu’il vous soit fait, et alors…”
329.13 – “Mais va-t-en, ennuyeux prophète! Tu nous as gâté le marché!… Tu nous as enlevé les clients!…” crient les marchands en faisant irruption dans la cour…
Et ceux qui avaient murmuré dans la cour aux premiers enseignements de Jésus - ce n’était pas seulement des phéniciens mais aussi des hébreux qui se trouvent dans la ville, pour je ne sais quel motif - s’unissent aux marchands pour insulter et menacer et surtout pour le chasser…
Jésus ne plaît pas parce qu’il ne pousse pas au mal…
Il croise les bras et regarde, attristé, solennel.
Les gens, divisés en deux partis, en viennent aux mains pour défendre ou attaquer le Nazaréen. Insultes, louanges, malédictions, bénédictions, des apostrophes:
“Ils ont raison les pharisiens. Tu es vendu à Rome, l’ami des publicains et des courtisanes”
Ou par contre:
“Taisez-vous, blasphémateurs! C’est vous qui êtes vendus à Rome, phéniciens d’enfer!”
“Vous êtes des Satans!”
“Que l’Enfer vous engloutisse!”