“Oui. J’avais le sentiment que tu serais à bout, et j’en ai pris en chemin. J’ai du pain et de la viande rôtie, j’ai du lait, des fromages et des pommes, et en plus une gourde de vin généreux et des œufs pour Toi. Pourvu qu’ils ne soient pas cassés…”
“Eh bien, assoyons-nous alors ici, à ce beau soleil, et mangeons. Et tout en mangeant, vous me parlerez…”
Ils s’assoient au soleil, sur un talus. Pierre ouvre son sac, regarde ses trésors:
“Tout en bon état! s’écrie-t-il. Même le miel d’Antigonée. Mais non! Si je l’ai dit, moi! Même si au retour on nous avait mis dans un tonneau qu’aurait roulé un fou, ou sur une barque sans rames, trouée par-dessus le marché, en une heure de tempête, nous serions arrivés sains et saufs… Mais à l’aller! Je me convaincs toujours davantage que d’abord c’était le démon qui nous faisait obstacle. Pour nous empêcher d’aller avec ces malheureux…”
“Bien sûr! maintenant il n’avait plus de but…” approuve le Zélote.
“Maître, tu as fait pénitence pour nous?” demande Jean qui oublie de manger pour contempler Jésus.
“Oui, Jean. Je vous ai suivi par la pensée: J’ai eu conscience de vos dangers et de vos peines. Je vous ai aidés comme j’ai pu…”
“Oh! moi, je l’ai senti! Je vous l’ai même dit. Vous en rappelez- vous?”
“Oui, c’est vrai” approuvent-ils tous.
“Eh bien, maintenant vous me rendez ce que je vous ai donné.”
“Tu as jeûné, Seigneur?” demande André.
“Forcément! Même s’il avait voulu manger, sans argent, dans une grotte, comment voulais-tu qu’il mange?” lui répond Pierre.
“À cause de nous! Comme j’en ai de la peine!” dit Jacques d’Alphée. “Oh! non! Ne vous en affligez pas! Ce n’est pas pour vous seuls, c’est aussi pour le monde entier.
325.6 – Comme je l’ai fait quand j’ai commencé la mission, je l’ai fait maintenant. Alors, à la fin, je fus secouru par les anges. Maintenant, je le suis par vous. Et, croyez-le, c’est une double joie. Parce que, chez les anges, la charité s’impose, mais chez les hommes il est moins facile de la trouver. Vous vous l’exercez. Et d’hommes que vous étiez, vous êtes, par amour pour Moi, devenus des anges, ayant choisi la sainteté à l’encontre de tout. Pour cela, vous me rendez heureux comme Dieu, et comme Homme-Dieu, parce que vous me donnez ce qui est de Dieu: la Charité, et vous me donnez ce qui est du Rédempteur: votre élévation à la Perfection. Cela me vient de vous, et c’est plus nourrissant que n’importe quel aliment. Alors aussi, dans le désert, j’ai été nourri par l’amour après avoir jeûné, et j’en ai été restauré. De même maintenant, de même maintenant! Nous avons tous souffert, vous et Moi.
Mais la souffrance n’a pas été inutile. Je crois, je sais qu’elle vous a servi plus qu’une année entière d’enseignement. La souffrance, la méditation du mal que peut faire l’homme à son semblable, la pitié, la foi, l’espérance, la charité que vous avez dû exercer, et par vous-mêmes, vous ont mûri comme des enfants qui deviennent hommes…”
“Oh! oui! Je suis devenu vieux, moi. Je ne serai jamais plus le Simon de Jonas que j’étais au départ. J’ai compris combien est douloureuse dans sa beauté, notre mission…” soupire Pierre.
325.7 – “Eh bien, maintenant nous sommes ici, ensemble, racontez donc…”
“Parle, toi, Simon. Tu sauras mieux parler que moi” dit Pierre au Zélote.
“Non. Toi, en brave chef, tu fais le rapport au nom de tous” répond l’autre.
Et Pierre commence, en disant pour débuter:
“Mais vous, vous allez m’aider.”
Il fait un récit ordonné des faits jusqu’au départ d’Antioche. Puis il raconte le retour:
“Nous souffrions tous, tu sais? Je n’oublierai jamais les dernières paroles de ces deux…”
Pierre essuie avec le dos de sa main deux grosses larmes qui coulent à l’improviste…
“Cela m’a paru le dernier cri de quelqu’un qui se noie… Mais! En somme, parlez, vous… moi, je ne peux pas…”