Et il se lève en s’écartant un peu pour dominer son émotion.
Simon le Zélote prend la parole:
“Nous n’avons pas parlé, personne, pendant une grande partie de la route… Nous ne pouvions pas parler… La gorge nous faisait souffrir tellement elle était gonflée par les larmes… Et nous ne voulions pas pleurer… parce que si nous avions commencé, même un seul, cela n’aurait jamais fini. Moi, j’avais pris les rênes parce que Simon de Jonas, pour ne pas faire voir qu’il souffrait, s’était mis au fond du char en fouillant les sacs. Nous nous sommes arrêtés à un petit village à mi-chemin entre Antioche et Séleucie. Bien que le clair de lune augmentait à mesure que la nuit avançait, pourtant, comme nous n’étions pas pratiques du lieu, nous nous sommes arrêtés là, Et nous avons sommeillé au milieu de nos affaires. Nous n’avons pas mangé, personne parce que… nous ne le pouvions pas. Nous pensions à ces deux…
À la première lueur de l’aube, nous avons passé le pont et nous sommes arrivés avant 1’heure de tierce à Séleucie. Nous avons ramené le char et le cheval à l’hôtelier et - c’était un si brave homme - nous avons profité de ses conseils pour le navire. Il a dit: “Je vais venir au port, moi. Je connais et on me connaît”. Et il l’a fait. Il a trouvé trois bateaux en partance pour ces ports-ci. Mais sur l’un, il y avait certains… individus que nous n’avons pas voulu avoir comme voisins. Nous l’a dit l’homme, qui l’avait su du maître du navire. L’autre était d’Ascalon mais il ne voulait pas faire escale pour nous à Tyr, à moins de payer une somme que nous n’avions plus. Le troisième était une petite embarcation chargée de bois brut. Une pauvre barque avec un équipage réduit et, je crois, très misérable. Pour cela, bien qu’il se dirigeât vers Césarée, il consentit à s’arrêter à Tyr, moyennant le paiement d’une journée de vivres et de salaire pour tout l’équipage. Cela nous convenait. Moi, vraiment, et avec moi Matthieu, nous avions un peu peur. C’est une époque de tempêtes… et tu sais comment on se trouva à l’aller.
Mais Simon Pierre dit: “Il n’arrivera rien” et nous y montâmes. Il semblait que les voiles du bateau fussent des anges tant la marche était régulière et rapide. Il nous fallut deux fois moins de temps qu’à l’aller pour arriver à Tyr, et le maître d’équipage fut si gentil qu’il nous permit de mettre la barque à la remorque jusqu’aux environs de Ptolémaïs.
Pierre et André avec Jean y descendirent pour les manœuvres, mais c’était très simple… pas comme à l’aller… À Ptolémaïs; nous nous sommes séparés, et nous étions si contents que nous lui avons donné de l’argent en plus de ce qui était convenu avant de descendre tous dans la barque où étaient déjà nos affaires. À Ptolémaïs nous sommes restés un jour, puis nous sommes venus ici… Mais nous n’oublierons jamais ce que nous avons souffert. Simon de Jonas a raison.”
“N’avons-nous pas raison aussi de dire que le démon ne nous a gênés qu’à l’aller?” demandent plusieurs.
325.8 – “Vous avez raison. Maintenant, écoutez. Votre mission est terminée. Maintenant nous allons retourner vers Jiphtaël pour attendre Philippe et Nathanaël et il faut faire vite. Puis les autres viendront… En attendant, nous évangéliserons ici, aux confins de la Phénicie, et dans la Phénicie même. Mais quant à ce qui est arrivé, c’est enseveli pour toujours dans nos cœurs. À aucune question on ne donnera de réponse.”
“Pas même à Philippe et à Nathanaël? Ils savent que nous sommes venus avec Toi…”
“C’est Moi qui parlerai. J’ai beaucoup souffert, amis, vous l’avez vu. J’ai payé de ma souffrance la paix de Jean et de Syntica. Faites que ma souffrance ne soit pas inutile. Ne mettez pas un fardeau de plus sur mes épaules. J’en ai déjà tant!… Et leur poids croît, jour après jour, heure après heure… Dites à Nathanaël que j’ai beaucoup souffert, dites-le à Philippe! et qu’ils soient bons. Dites-le aux deux autres. Mais-ne dites rien de plus. Dire que vous avez compris que j’ai souffert et que je vous l’ai confirmé, c’est la vérité. Il ne faut pas en dire davantage.”
Jésus parle avec beaucoup de peine… Les huit le regardent avec tristesse et Pierre se permet de caresser sa tête, en restant derrière Lui. Jésus lève la tête et regarde son honnête Simon avec un sourire d’affectueuse tristesse. Pierre dit:
“Oh! Je ne puis te voir ainsi! Il me semble, j’ai l’impression que la joie de notre réunion est disparue, et qu’il n’en reste que la sainteté, elle seulement! Pour le moment… allons à Aczib. Tu changeras de vêtement, tu te raseras les joues, et tu peigneras tes cheveux. Ainsi non, pas ainsi! Je ne puis te voir ainsi… Tu sembles… quelqu’un qui a échappé à des mains cruelles, que l’on a poursuivi, qui n’en peut plus… Tu me rappelles Abel de Bethléem de Galilée, arraché à ses ennemis…”
“Oui, Pierre. Mais c’est le cœur de ton Maître que l’on a heurté… et il ne guérira jamais plus… De plus en plus, au contraire, il sera blessé. Partons…”
325.9 – Jean soupire:
“Cela me déplaît… J’aurais voulu raconter à Thomas, qui aime tant ta Mère, le miracle de la chanson et de l’onguent…”
“Tu le diras un jour… Pas maintenant. Vous direz tout, un jour. Alors vous pourrez parler. Moi-même, je vous dirai: “Allez dire tout ce que vous savez”. Mais en attendant sachez voir dans le miracle, la vérité. Celle-ci: la puissance de la Foi. Aussi bien Jean que Syntica ont calmé la mer et guéri l’homme non par les paroles, non par l’onguent, mais par la foi avec laquelle ils ont mis en œuvre le Nom de Marie et l’onguent qu’elle avait fait. Et aussi: cela est arrivé parce qu’autour de leur foi, il y avait la vôtre, à vous tous, et votre charité. Charité envers le blessé, charité envers le crétois, À l’un, vous vouliez conserver la vie, à l’autre donner la foi. Mais s’il est encore facile de guérir les corps, c’est une chose difficile de guérir les âmes… Il n’y a pas de maladies plus difficiles à vaincre que celles de l’esprit…” et Jésus soupire profondément.
Ils sont en vue d’Aczib. Pierre va en avant avec Matthieu pour trouver un logement. Les autres le suivent, serrés autour de Jésus. Le soleil descend rapidement au moment où ils entrent dans le village…