“C’est l’heure des adieux, mes fils. Que dois-je dire au Seigneur en votre nom? À Lui qui certainement attendra avec angoisse d’avoir des nouvelles de votre sainteté?”
Syntica glisse à ses genoux en se couvrant le visage de ses mains et Jean l’imite. Pierre les a à ses pieds, et machinalement les caresse de la main en se mordant les lèvres pour ne pas céder à l’émotion.
Jean d’En-Dor relève son visage que l’émotion déchire et dit:
“Tu diras au Maître que nous faisons sa volonté…”
Et Syntica:
“Qu’il nous aide à l’accomplir jusqu’à la fin…” Mais les larmes leur interdisent de plus longues phrases.
“C’est bien. Donnons-nous le baiser d’adieu. Cette heure devait venir…” Pierre aussi s’arrête, la gorge serrée par un sanglot.
“Bénis-nous d’abord” lui demande Syntica.
“Non. Pas moi, il vaut mieux que ce soit un frère de Jésus…”
“Non, c’est toi le chef. Nous, nous les bénirons par un baiser. Bénis-nous tous, tant les partants que ceux qui restent” dit le Thaddée en s’agenouillant le premier.
Et Pierre, le pauvre Pierre, que fait rougir l’effort qu’il fait pour donner de l’assurance à sa voix et son émotion quand il bénit, les mains tendues, le petit groupe qui est devant lui, dit de sa voix que la peine rend plus âpre, presque une voix de vieillard, la bénédiction mosaïque La bénédiction mosaïque, prononcée en EMV 108.6, prolongée en EMV 363.3, mentionnée d'autres fois ou rapportée dans l'œuvre (Jésus en utilise la formule aussi en EMV 397.4) se trouve en Nombres 6, 22-27. …
Puis il se penche, baise au front la femme comme si c’était une sœur, il relève et embrasse intensément Jean, en lui donnant un baiser et… il s’échappe avec courage de la pièce pendant que les autres imitent son attitude envers les deux qui restent…
Dehors, le char est déjà prêt. Il n’y a de présents que Philippe et Bérénice, et le serviteur qui tient le cheval. Pierre est déjà sur le char…
“Tu diras à mon maître qu’il soit tranquille pour les siens qu’il m’a recommandés” dit Philippe à Pierre.
“Tu diras à Marie que j’éprouve la paix d’Euchérie depuis qu’elle est la disciple” dit doucement Bérénice au Zélote.
“Vous direz au Maître, à Marie, à tous, que nous les aimons et que… Adieu! Adieu! Oh! nous ne les reverrons plus! Adieu, frères! Adieu…”
Les deux disciples courent dehors sur le chemin… Mais le char, qui est parti au trot, a maintenant dépassé le tournant… Disparu…
“Syntica!”
“Jean!”
“Nous sommes seuls!”
“Dieu est avec nous!… Viens, pauvre Jean. Le soleil se couche, cela va te faire mal de rester ici…”
“Le soleil est tombé pour toujours pour moi… Il ne se lèvera plus qu’au Ciel.”
Ils entrent dans la pièce où ils étaient avant avec les autres et, s’abandonnant sur une table, ils pleurent sans plus se retenir…
324.11 – Jésus dit:
“Et le tourment causé par un homme, que n’avait voulu personne d’autre que l’homme méchant, fut accompli, en s’arrêtant comme le cours d’eau qui s’arrête dans un lac après avoir achevé son parcours…
Je te fais remarquer comment Jude d’Alphée, bien que nourri de sagesse plus que les autres, donne au passage d’Isaïe sur mes souffrances de Rédempteur une explication humaine. Et ainsi était Israël tout entier, qui se refusait à accepter la réalité prophétique et contemplait les prophéties relatives à mes douleurs comme des allégories et des symboles. La grande erreur pour laquelle, à l’heure de la Rédemption, bien peu de personnes en Israël surent encore voir le Messie dans le Condamné.
La Foi n’est pas seulement une couronne de fleurs, elle a aussi des épines. Et il est saint celui qui sait croire aux heures de gloire mais aussi aux heures tragiques, et sait aimer quand Dieu le couvre de fleurs, mais aussi quand Il l’étend sur les épines.”