Matthieu, autrefois pécheur, vous indique un autre chemin pour atteindre Dieu: se dépouiller des sens par esprit d’imitation, je dirais en reflétant Dieu qui est Pureté infinie. Lui, le pécheur, fut d’abord frappé par la ‘chaste virilité’ de l’Inconnu venu à Capharnaüm et, comme si celle-ci avait le pouvoir de faire revivre sa continence morte, il commença par s’interdire le sens charnel, désencombrant ainsi la route pour la venue de Dieu et la résurrection des autres vertus mortes. De la continence, il passe à la miséricorde, de celle-ci à la contrition, après la contrition, il se surmonte tout entier et arrive à l’union à Dieu. “Suis-moi” “Je viens”. Mais son âme avait déjà dit: “Je viens”, et le Sauveur avait déjà dit: “Suis- moi!”, du moment où, pour la première fois, la Vertu du Maître avait attiré l’attention du pécheur.

Imitez. Car toute expérience d’autrui, même pénible, nous guide pour éviter le mal et trouver le bien en ceux qui sont de bonne volonté.

Moi, en ce qui me concerne, je dis que plus l’homme s’efforce de vivre par l’esprit, et plus il est capable de reconnaître le Seigneur, et que la vie angélique favorise cela au suprême degré. Parmi nous, disciples de Jean, celui qui l’a reconnu après son absence, ce fut l’âme vierge. Mieux encore qu’André il le reconnut, bien que la pénitence eût changé le visage de l’Agneau de Dieu. Je vous dis donc: “Soyez chastes pour pouvoir le reconnaître”.

324.7 – Jude, veux-tu parler maintenant?”

“Oui. Soyez chastes pour pouvoir le reconnaître. Mais soyez-le aussi pour pouvoir le garder en vous, avec sa Sagesse, avec son Amour, avec tout Lui-même. C’est encore Isaïe qui dit au chapitre 52: “Ne touchez pas ce qui est impur… Purifiez-vous, vous qui portez les vases du Seigneur Isaïe 52, 11. ”. C’est bien vrai que toute âme, qui se fait sa disciple, est semblable à un vase plein de Dieu, et que le corps qui la contient est comme celui qui porte à Dieu le vase sacré, Dieu ne peut rester où se trouve l’impureté.

Matthieu a dit comment le Seigneur expliquait qu’il n’y aura rien d’immonde ni de séparé de Dieu dans la Jérusalem céleste. Oui. Mais il ne faut pas être impur ici-bas, ni séparé de Dieu, pour pouvoir y entrer. Malheureux ceux qui attendent la dernière heure pour se repentir. Ils n’auront pas toujours le temps de le faire. Comme ceux qui maintenant le calomnient n’auront pas le temps de se refaire un cœur au moment de son triomphe et ne jouiront donc pas de ses fruits.

Ceux qui dans le Roi saint et humble espèrent voir un monarque. terrestre, et plus encore ceux qui craignent de voir en Lui un monarque terrestre, ne seront pas préparés pour cette heure, induits en erreur, et déçus dans leur pensée, qui n’est pas la pensée de Dieu mais une pauvre pensée humaine, pécheront bien plus.

Il porte l’humiliation d’être l’Homme, cela nous devons nous le rappeler. Isaïe dit que tous nos péchés tiennent la Personne Divine mortifiée sous une apparence commune. Quand je pense que le Verbe de Dieu a autour de Lui, comme une croûte souillée, toute la misère de l’humanité depuis qu’elle existe, je pense avec une profonde compassion et une profonde compréhension à la souffrance que doit en avoir son âme sans tache, La répulsion d’un homme sain qui se voit recouvert des haillons et des souillures d’un lépreux. Il a été vraiment transpercé par nos péchés, couvert de plaies par toutes les concupiscences de l’homme. Son âme, qui vit parmi nous, doit trembler à ce contact comme si elle éprouvait le dégoût de la fièvre.

Pourtant Lui ne parle pas. Il ne parle pas pour dire: “Vous me faites horreur”. Mais il ne parle que pour dire: “Venez à Moi, pour que j’enlève vos fautes”. C’est le Sauveur. Dans son infinie bonté, il a voulu voiler son insoutenable beauté, elle qui, si elle nous était apparue telle qu’elle est au Ciel, nous aurait réduits en cendres, comme dit André. Maintenant elle s’est faite attrayante, comme celle d’un doux Agneau, pour pouvoir nous approcher et nous sauver. Son accablement, sa condamnation durera jusqu’à ce que, consumé par l’effort d’être l’Homme parfait parmi les hommes imparfaits, il se dressera au-dessus de la multitude des rachetés, dans le triomphe de sa royauté sainte. Dieu qui connaît la mort pour nous donner la Vie! Que ces pensées vous le fassent aimer au-dessus de tout. Lui est le Saint. Je peux le dire, moi qui, avec Jacques, ai grandi avec Lui. Et je le dis et le dirai, tout disposé à donner ma vie pour le reconnaître, pour que les hommes croient en Lui et aient la Vie éternelle.

324.8 – Jean de Zébédée, à toi de parler.”

“Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds du messager Qu'ils sont beaux… est une citation d'Isaïe 52, 7. Les discours des huit apôtres s'appuient presque tous sur le chapitre 52 du prophète Isaïe. ! Du Messager de paix, de Celui qui annonce la félicité et prêche le salut, de Celui qui dit à Sion: “Ton Dieu règnera! Isaïe 52, 7. ” Et ces pieds cheminent inlassables depuis deux ans à travers les monts d’Israël, appelant pour les réunir les brebis du troupeau de Dieu, réconfortant, guérissant, pardonnant, donnant la paix. Sa paix.

Je suis vraiment étonné de voir que les collines ne tressaillent pas de joie et que n’exultent pas de joie les cours d’eau de la Patrie, à la caresse de ses pieds. Mais ce qui m’étonne davantage, c’est de voir que ne tressaillent pas les cœurs et qu’ils n’exultent pas de joie en disant: “Louange au Seigneur! L’Attendu est venu! Béni… Celui qui vient au nom du Seigneur! Psaume 117, 26 (Hébreu 118). ” Celui qui répand grâces et bénédictions, paix et salut, et qui appelle au Royaume en nous en ouvrant le chemin, Celui, surtout, qui répand l’amour par tous ses actes ou paroles, par tous ses regards, à chacune de ses respirations.

Qu’est donc ce monde pour être aveugle devant la Lumière qui est parmi nous? Quelles plaques, plus épaisses que la pierre qui ferme les tombeaux, a donc emmuré la vue de l’âme pour qu’elle ne voie pas cette Lumière? Quelle montagne de péchés a-t-elle sur lui pour être ainsi accablé, séparé, aveuglé, rendu sourd, enchaîné, paralysé, pour rester inerte devant le Sauveur?

Qu’est-ce que le Sauveur? C’est la Lumière fondue avec l’Amour. La bouche de mes frères a magnifié les louanges du Seigneur, évoqué ses œuvres, indiqué les vertus à pratiquer pour arriver à son chemin. Moi, je vous dis: aimez. Il n’y a pas d’autre vertu plus grande et plus semblable à sa Nature.

Si vous aimez, vous pratiquerez toutes les vertus sans fatigue, en commençant par la chasteté. Et ce ne vous sera pas un poids d’être chaste car en aimant Jésus, vous n’aimerez personne d’autre immodérément. Vous serez humbles car vous verrez en Lui ses infinies perfections avec les yeux d’un amant, et ainsi vous ne vous enorgueillirez pas des vôtres si petites. Vous serez croyants, et qui ne croit pas en celui qu’il aime? Vous serez brisés par la douleur qui sauve, car votre douleur sera droite, c’est-à-dire une douleur pour la peine qui Lui a été donnée, non pour celle que vous méritez.

Vous serez forts. Oh! oui! Unis à Jésus, on est fort! Fort contre tout. Vous serez pleins d’espérance car vous ne douterez pas du Cœur des cœurs qui vous aime de tout Lui-même. Vous serez sages. Vous serez tout. Aimez Celui qui annonce la vraie félicité, qui prêche le salut, qui s’en va inlassablement à travers monts et vallées appelant son troupeau pour le rassembler. C’est sur son chemin que se trouve la Paix, et la paix se trouve dans son Royaume qui n’est pas de ce monde, mais qui est vrai comme Dieu est vrai.

Abandonnez toute route qui n’est pas la sienne. Dégagez-vous de toute brume. Allez à la Lumière. Ne soyez pas comme le monde qui ne veut pas voir la Lumière, qui ne veut pas la connaître.

Mais allez à notre Père qui est le Père des lumières, qui est Lumière sans mesure, par le Fils qui est la Lumière du monde, pour jouir de Dieu dans l’embrasement du Paraclet qui est la fulguration des Lumières dans une seule béatitude d’amour, qui unit les Trois en Un.

Océan infini de l’Amour, sans tempêtes, sans ténèbres, accueille-nous! Tous! Les innocents comme les convertis. Tous! Dans ta Paix! Tous! Pour l’Éternité. Tous, sur la terre, pour que nous t’aimions Toi, Dieu, et le prochain comme Tu le veux. Tous, dans le Ciel, pour qu’encore et toujours nous aimions, non seulement Toi et les habitants célestes, mais aussi et encore les frères qui combattent sur la terre dans l’attente de la paix, et comme les anges de l’amour les défendions et les soutenions dans les luttes et les tentations, pour qu’ensuite ils puissent être avec Toi dans ta Paix, pour la gloire éternelle de Notre Seigneur, Jésus, Sauveur, Amant de l’homme jusqu’à l’anéantissement sans fin et sublime.”

324.9 – Comme toujours, Jean, en montant dans ses vols d’amour, emmène avec lui les âmes là où l’amour se perd et dans le silence mystique.

Ce n’est qu’après un moment que la parole revient sur les lèvres de ceux qui écoutent. Et le premier qui parle, c’est Philippe s’adressant à Pierre:

“Et Jean, le pédagogue, il ne parle pas?”

“Il vous parlera continuellement à notre place. Pour l’instant, laissez-le dans sa paix et laissez-nous un peu avec lui. Toi, Saba, fais ce que je t’ai dit auparavant. Et, toi aussi, bonne Bérénice…”

324.10 – Tout le monde sort, en laissant dans la grande pièce les huit avec les deux. Il se fait un silence grave. Ils sont tous un peu pâles, les apôtres parce qu’ils savent ce qui va arriver, les deux disciples parce qu’ils le pressentent.

Pierre prend la parole, mais il ne dit que: “Prions”, et il entonne le “Pater Noster”. Puis, et il est vraiment pâle comme il ne le sera peut-être pas le jour de sa mort, il dit, en allant entre les deux et en leur mettant la main sur l’épaule: