“Tu me chasses, tu me chasses, je ne te verrai jamais plus…”
Jésus souffre visiblement et il prie… Puis il sort doucement et il voit sur le pas de la porte de la cuisine Marie avec Marziam, qui est effrayé par ces pleurs… En plus, il y a Syntica, surprise elle aussi.
“Mère, viens ici un moment.”
Marie vient tout de suite, très pâle. Ils entrent ensemble. Marie se penche sur l’homme qui pleure, comme si c’était un pauvre enfant, en disant:
“Bon, bon, mon pauvre fils! Pas ainsi! Tu vas te faire du mal.”
Jean lève son visage bouleversé et crie:
“Il me renvoie!… Je vais mourir seul, au loin… Oh! Il pouvait bien attendre quelques mois et me laisser mourir ici. Pourquoi cette punition? En quoi ai-je péché? T’ai-je causé des ennuis? Pourquoi m’avoir donné cette paix pour ensuite… pour ensuite…”
Il retombe sur la table, pleurant plus fort, haletant…
Jésus pose sa main sur ses épaules maigres et qui tressautent en disant: “Et peux-tu croire que, si je l’avais pu, je ne t’aurais pas gardé ici? Oh! Jean! Sur la route du Seigneur il y a de terribles nécessités! Et le premier à en souffrir, c’est Moi. Moi, qui porte ma douleur et celle de tout le monde. Regarde-moi, Jean. Regarde si mon visage est celui de quelqu’un qui te hait, qui est las de toi… Viens ici, dans mes bras, écoute comme mon cœur palpite de douleur, Écoute-moi, Jean, ne me comprends pas mal. C’est la dernière expiation que Dieu t’impose pour t’ouvrir les portes du Ciel.
312.8 – Écoute…”
Il le soulève et le tient dans ses bras. “Écoute… Maman, sors un moment… Maintenant que nous sommes seuls, écoute. Tu sais qui je suis. Crois-tu fermement que je suis le Rédempteur?”
“Et comment ne le croirais-je pas? C’est pour cela que je voulais rester avec Toi, toujours, jusqu’à la mort…”
“Jusqu’à la mort… Horrible sera ma mort!…”
“La mienne, dis-je. La mienne!…”
“La tienne sera tranquille, réconfortée par ma présence qui t’infusera la certitude de l’amour de Dieu, et par l’amour de Syntica, en plus que de la joie d’avoir préparé le triomphe de l’Évangile à Antioche Voir le devenir de la communauté d'Antioche rapportée par les Actes des apôtres. . Mais la mienne! Tu me verrais réduit à un amas de chair couverte de plaies, couverte de crachats, outragée, abandonnée à une foule furieuse, suspendue pour mourir à une croix comme celle d’un malfaiteur… Est-ce que toi, tu pourrais supporter cela?”
Jean, qui à chaque détail de ce que Jésus sera dans la Passion, a gémi: “Non, non!” crie un “non” brutal et ajoute:
“J’en reviendrais à haïr l’humanité… Mais moi, je serai mort, parce tu es jeune et…”
“Et je ne verrai plus qu’une Encénie.”
Jean le fixe terrifié…
“Je te l’ai dit en secret pour t’expliquer que l’une des raisons pour lesquelles je t’envoie au loin est celle-là. Tu ne seras pas seul à avoir ce sort. Tous ceux dont je ne veux pas qu’ils soient troublés d’une manière supérieure à leurs forces, je les éloignerais auparavant. Et cela te paraît-il un manque d’amour?…”
“Non, mon martyr Dieu… Mais moi, pourtant, je dois te quitter… et mourir au loin.”
“Au nom de la Vérité que Moi je suis, je te promets que je serai penché sur l’oreiller de ton agonie.”
“Et comment si moi je suis si loin, si tu me dis que Toi si loin tu ne viens pas? Tu le dis pour me renvoyer moins triste…”
“Jeanne de Kouza, qui se mourait aux pieds du Liban, me vit, et j’étais bien loin et elle ne me connaissait pas encore, et de là je l’ai ramenée à la pauvre vie de la terre. Crois, qu’au jour de ma mort elle regrettera d’avoir vécu!… Mais pour toi, joie de mon cœur en cette seconde année du Maître, je ferai davantage. Je viendrai te porter dans la paix, en te donnant la mission de dire à ceux qui attendent: “L’heure du Seigneur est arrivée. Comme maintenant arrive le printemps sur la terre, de même pour nous se lève le printemps du Paradis”. Mais je ne viendrai pas seul alors… Je viendrai, tu me sentiras toujours… Moi, je le peux et je le ferai. Tu posséderas le Maître en toi, comme jamais tu ne m’as possédé. Car l’Amour peut se communiquer à celui qu’il aime et assez sensiblement pour toucher non seulement l’esprit, mais les sens eux-mêmes.