312 – Jésus annonce à Jean d’En-Dor qu’il l’envoie à Antioche. Fin de la deuxième année de la vie publique de Jésus

24 octobre 1945

Le mercredi 24 octobre 1945.

312.1 – C’est une pluvieuse matinée d’hiver. Jésus est déjà levé et il est au travail dans son atelier. Il travaille à de petits objets. Mais dans un coin il y a un nouveau métier à tisser, nouveau, pas très grand mais bien tourné.

Marie entre avec une tasse fumante de lait. “Bois, Jésus. Il y a si longtemps que tu es levé. Le temps est humide et froid…”

“Oui. Mais, au moins, j’ai pu tout finir… Ces huit jours de fête avaient paralysé le travail…” Jésus s’est assis sur l’établi de menuisier, un peu de biais, et il boit son lait pendant que Marie observe le métier et le caresse de la main.

“Tu le bénis, Maman?” demande Jésus en souriant.

“Non, je le caresse parce c’est Toi qui l’as fait. La bénédiction, tu la lui as donnée en le faisant. Tu as eu une bonne idée. Il servira à Syntica. Elle est très adroite pour le tissage. Et il lui servira pour approcher des femmes et des jeunes filles. Qu’as-tu fait d’autre car je vois des copeaux d’olivier, me semble-t-il près du tour?”

“J’ai fait des choses utiles pour Jean. Tu vois? Un étui pour les styles et une petite table pour écrire. Et puis ces pupitres pour y renfermer ses livres. Je n’aurais pas pu faire cela si Simon de Jonas n’avait pas pensé à un petit char. Mais maintenant, nous pourrons charger aussi ces objets… et eux sentiront que je les ai aimés aussi dans ces petites choses…”

“Tu souffres de les éloigner, n’est-ce pas?”

“Je souffre… Pour Moi et pour eux. J’ai attendu jusqu’à présent pour leur parler… et c’est déjà beaucoup que Simon ne soit pas arrivé avec Porphyrée… C’est le moment de parler… Une souffrance qui m’est restée sur le cœur tous ces jours et qui a rendues tristes même les lumières des nombreuses lampes… Une souffrance que maintenant je dois donner aux autres… Ah! Maman, j’aurais voulu l’avoir pour Moi seul!…”

“Mon bon Fils!”

Marie Lui caresse la main pour le consoler.

312.2 – Un silence, puis Jésus recommence à parler:

“Jean est-il levé?”

“Oui. Je l’ai entendu tousser. Peut-être est-il à la cuisine pour boire du lait. Pauvre Jean!…” Une larme coule sur les joues de Marie.

Jésus se lève:

“J’y vais… Je dois aller le lui dire. Avec Syntica, ce sera plus facile… Mais pour lui… Maman, va trouver Marziam, et éveille-le, et priez pendant que je parle à cet homme… C’est comme si je devais fouiller dans ses entrailles. Je puis le tuer ou le paralyser dans sa vie spirituelle… Quelle peine, mon Père!… J’y vais…” et il sort, réellement accablé.

Il fait les quelques pas qui de l’atelier conduisent à la pièce de Jean, qui est la même où est mort Jonas, c’est-à-dire celle de Joseph. Il rencontre Syntica qui rentre avec un fagot qu’elle a pris dans le four et qui le salue, sans rien savoir. Il répond absorbé au salut de la grecque, et puis il reste immobile à regarder un parterre de lys qui à peine entrouvrent leurs boutons. Mais il n’est pas dit qu’il les voie… Puis il se décide. Il se retourne et frappe à la porte de Jean qui se présente et dont le visage s’éclaire tout entier en voyant que Jésus vient le trouver.

“Puis-je entrer un peu chez toi?” lui demande Jésus. “Oh! Maître! Mais toujours!

312.3 – J’étais en train d’écrire ce que tu disais hier soir sur la prudence et l’obéissance. Et même il est bien que tu le regardes, car il me semble n’avoir pas bien retenu ce que tu as dit sur la prudence.”

Jésus est entré dans la petite pièce, déjà bien rangée, dans laquelle on a ajouté une petite table pour la commodité du vieux maître.

Jésus se penche sur le parchemin et il lit. “Très bien. Tu as bien répété.”

“Voilà, vois-tu. Il me semblait m’être mal expliqué dans cette phrase. Tu dis toujours qu’il ne faut pas avoir de soucis pour le lendemain et pour son propre corps. Maintenant dire que la prudence, même pour les choses qui se rapportent au lendemain, c’est une vertu, cela me paraissait une erreur qui venait de moi, naturellement.”

“Non. Tu ne t’es pas trompé. C’est bien ce que j’ai dit. Différent est le souci exagéré et apeuré de l’égoïste et le soin prudent du juste. C’est un péché que l’avarice pour le lendemain dont peut-être nous ne jouirons jamais, mais ce n’est pas un péché que la parcimonie pour se garantir le pain, et le garantir pour ses parents, en période de disette.