“C’est la maison que Lazare m’a offerte pour le banquet de réjouissance. Marie est déjà là.”
“Pourquoi n’est-elle pas venue avec nous? Par peur des moqueries?”
“Oh! non! Je lui l’ai seulement ordonné.”
“Pourquoi, Seigneur?”
“Parce que le Temple est plus susceptible qu’une épouse enceinte. Tant que je le peux, et non par lâcheté, je ne veux pas le heurter.”
“Cela ne te servira à rien, Maître. Moi, si j’étais Toi, non seulement je le heurterais, mais je le jetterais en bas du Moriah avec tous ceux qui sont dedans.”
“Tu es un pécheur, Simon. Il faut prier pour ses propres semblables, non pas les tuer.”
“Je suis un pécheur. Mais, Toi, non… et… tu devrais le faire.”
“Il y aura quelqu’un pour le faire. Et après qu’on aura atteint la mesure du péché.”
“Quelle mesure?”
“Une mesure telle qu’elle emplira tout le Temple et débordera sur Jérusalem. Tu ne peux comprendre… Oh! Marthe! Ouvre donc ta maison au Pèlerin!”
Marthe se fait reconnaître et ouvrir. Ils entrent tous dans un long atrium qui débouche dans une cour pavée possédant quatre arbres aux quatre coins. Une vaste salle s’ouvre au-dessus du rez-de-chaussée et, par les fenêtres ouvertes, on découvre toute la Cité avec ses montées et descentes. J’en conclus donc que la maison est sur les pentes sud ou sud-est de la ville.
La salle est préparée pour un très grand nombre d’hôtes. Des tables, en grand nombre, sont disposées parallèlement. Une centaine de personnes peuvent s’y restaurer commodément. Marie-Madeleine accourt. Elle était ailleurs, occupée dans les communs, et elle se prosterne devant Jésus. Lazare arrive aussi, avec un sourire bienheureux sur son visage maladif. Les hôtes entrent peu à peu, certains un peu embarrassés, d’autres avec plus d’assurance. Mais la gentillesse des femmes les met vite à l’aise.
281.14 – Le prêtre Jean amène à Jésus les deux qu’il a pris au Temple.
“Maître, mon bon ami Jonathas et mon jeune ami Zacharie. Ce sont de vrais Israélites, sans malice et sans rancœur.”
“Paix à vous. Je suis heureux de vous avoir. Il faut observer le rite, même dans ces douces coutumes. Il est beau que la Foi ancienne donne une main amie à la nouvelle Foi venue de son propre cep. Assoyez-vous à mes côtés en attendant qu’arrive l’heure du repas.”
Le patriarcal Jonathas parle, alors que le jeune lévite regarde ça et là, curieux, étonné, et peut-être même intimidé. Je pense qu’il veut se donner un air dégagé, mais qu’en réalité il est comme un poisson hors de l’eau. Heureusement Etienne vient à son secours et lui amène l’un après l’autre les apôtres et les principaux disciples.
Le vieux prêtre dit, en caressant sa barbe neigeuse:
“Quand Jean est venu me trouver, justement moi, son maître, pour me montrer sa guérison, j’ai voulu te connaître. Mais, Maître, je ne sors pour ainsi dire plus de mon enceinte. Je suis vieux… J’espérais te voir cependant avant de mourir et Jéhovah (Jeové) m’a exaucé. Qu’il en soit loué! Aujourd’hui je t’ai entendu au Temple. Tu surpasses Hillel, l’ancien, le sage. Je ne veux pas, même je ne peux douter que tu es Celui que mon cœur attend. Mais sais-tu ce que c’est que d’avoir bu pendant près de quatre-vingts ans la foi d’Israël comme elle est devenue pendant des siècles… d’élaboration humaine? Elle est devenue notre sang. Et je suis si vieux! T’entendre, c’est comme boire de l’eau qui sort d’une source fraîche. Oh! Oui! Une eau vierge! Mais moi… mais moi, je suis saturé de l’eau usée qui vient de si loin… que tant de choses ont alourdie. Comment ferai-je pour me débarrasser de cette saturation et te goûter, Toi?”
“Croire en Moi et m’aimer. Il ne faut pas autre chose pour le juste Jonathas.”
“Mais je mourrai bientôt! Arriverai-je à temps pour croire tout ce que tu dis? Je n’arriverai même pas à suivre toutes tes paroles ou à les connaître de la bouche d’autrui. Et alors?”
“Tu les apprendras au Ciel. Il n’y a que le damné qui meurt à la Sagesse, alors que celui qui meurt dans la grâce de Dieu arrive à la Vie et vit dans la Sagesse. Que crois-tu que je suis?”
“Tu ne peux être que l’Attendu qu’a précédé le fils de mon ami Zacharie. L’as-tu connu?”
“C’était mon parent.”
“Oh! alors, tu es parent du Baptiste?”