281 – Au Temple pour la fête des Tentes. Les conditions pour suivre Jésus. La parabole des talents et celle du bon Samaritain
20 septembre 1945
(Ancienne édition).
Vision du jeudi 20 septembre 1945.
281.1 – Jésus se dirige vers le Temple. Il est précédé par les disciples en groupes, et suivi par les femmes disciples en groupe: sa Mère, Marie de Cléophas, Marie Salomé, Suzanne, Jeanne de Kouza, Élise de Béthsur, Annalia de Jérusalem, Marthe et Marcelle. Marie de Magdala n’est pas là. Autour de Jésus, les douze apôtres et Marziam.
Jérusalem est dans la pompe de ses jours de solennité. Des gens sur toutes les routes, et de toutes les régions. Cantiques, discours, murmures de prières, imprécations des âniers, quelques pleurs de bébés et, au-dessus de tout cela, un ciel clair qui se montre entre les maisons et un soleil qui descend joyeux pour raviver les couleurs des vêtements, pour embraser les couleurs mourantes des tonnelles et des arbres que l’on aperçoit ça et là au-delà des murs des jardins clos ou des terrasses.
Parfois Jésus croise des personnes de sa connaissance et le salut est plus ou moins respectueux selon l’humeur de celui qu’il croise. C’est ainsi qu’est profond, mais condescendant, celui de Gamaliel. Ce dernier regarde fixement Étienne, qui lui sourit du groupe des disciples, et qu’après s’être incliné devant Jésus, Gamaliel appelle à part et lui dit quelques mots, après quoi Étienne revient dans son groupe. Plein de vénération est le salut du vieux chef de la synagogue Cléophas d’Emmaüs, qui se dirige avec ses concitoyens vers le Temple. Dur comme une malédiction la réponse au salut de Jésus des pharisiens de Capharnaüm.
281.2 – De la part des paysans de Yokhanan, conduits par l’intendant, c’est un prosternement dans la poussière de la route pendant qu’ils baisent les pieds de Jésus. La foule s’arrête pour observer avec étonnement ce groupe d’hommes qui. à un carrefour se précipitent en criant aux pieds d’un homme jeune qui n’est pas un pharisien ni un scribe renommé, qui n’est pas un satrape ni un courtisan puissant, et quelqu’un demande qui c’est. Et un chuchotement se répand:
“C’est le Rabbi de Nazareth, celui dont on dit qu’il est le Messie.”
Prosélytes et gentils l’entourent alors avec curiosité, poussant le groupe contre le mur, créant un encombrement dans la toute petite place, jusqu’à ce qu’un groupe d’âniers les disperse en maudissant l’obstruction. Mais la foule, sans tarder, se rassemble de nouveau, séparant les femmes des hommes, exigeante, brutale dans ses manifestations qui sont encore de la foi. Tout le monde veut toucher les vêtements de Jésus, Lui dire un mot, l’interroger. Et c’est un effort inutile parce que leur hâte elle-même, leur anxiété, leur agitation pour passer aux premiers rangs, en se repoussant mutuellement, fait que personne n’y réussit, et même les questions et les réponses se fondent en une rumeur inintelligible.
Le seul qui s’arrache à la scène, c’est le grand-père de Marziam, qui a répondu par un cri au cri de son petit-fils et, tout de suite après avoir vénéré le Maître, a serré sur son cœur son enfant et se tenant ainsi, appuyé sur les talons, les genoux à terre, l’a assis sur son sein, l’admire et le caresse avec des larmes et des baisers joyeux, le questionne et l’écoute. Le vieillard est déjà au Paradis, tant il est heureux.
Les soldats romains accourent, croyant qu’il y a quelque rixe et se font un passage. Mais, quand ils voient Jésus, ils ont un sourire et se retirent tranquillement, se bornant à conseiller à ceux qui sont là de laisser libre l’important carrefour. Et Jésus obéit de suite, profitant de l’espace libre qu’ont fait les romains qui le précèdent de quelques pas comme pour Lui ouvrir le chemin, en réalité pour revenir à leur poste de garde car la garnison romaine est très renforcée, comme si Pilate savait qu’il y a du mécontentement dans la foule et comme s’il craignait un soulèvement dans ces jours où Jérusalem est remplie d’hébreux venus de toute part. Et il est beau de le voir aller, précédé du détachement romain comme un roi dont on dégage la route pendant qu’il se rend à ses propriétés.
Il a dit, tout en se déplaçant, à l’enfant et au vieillard:
“Restez ensemble et suivez-moi” et à l’intendant: “Je te prie de me laisser tes hommes. Ils seront mes hôtes jusqu’au soir.”
L’intendant répond avec déférence:
“Qu’il en soit en tout comme tu veux” et il s’en va seul après un profond salut.
281.3 – Il est désormais près du Temple, et le fourmillement de la foule, réellement comme des fourmis près de la fourmilière, est encore plus dense, lorsqu’un paysan de Yokhanan crie: “Voici le maître!” et, imité par les autres, il tombe à genoux pour le saluer.
Jésus reste debout au milieu du groupe des paysans parce qu’ils étaient serrés autour de Lui, et il tourne son regard vers le point indiqué. Il rencontre le regard d’un pharisien richement vêtu, qui n’est pas nouveau pour moi, mais je ne sais pas où je l’ai vu.
Le pharisien Yokhanan est avec d’autres de sa caste: un tas d’étoffes précieuses, de franges, de boucles, de ceintures, de phylactères, tout cela plus ample que d’ordinaire.
Yokhanan regarde attentivement Jésus: un regard de pure curiosité mais pourtant pas irrévérencieux. Il a même un salut plutôt empesé: il incline tout juste la tête.
Mais c’est toujours un salut auquel Jésus répond avec déférence. Et même deux ou trois autres pharisiens saluent pendant que d’autres regardent avec mépris ou font semblant de regarder ailleurs, et un seul lance une insulte. C’est sûr car je vois que ceux qui entourent Jésus sursautent, et même Yokhanan se retourne tout d’un coup pour foudroyer du regard l’insulteur, un homme plus jeune que lui, aux traits marqués et durs.
Quand on les a dépassés et les paysans osent parler, l’un d’eux dit:
“C’est Doras, Maître, celui qui t’a maudit.”
“Laisse-le faire. J’ai vous qui me bénissez” dit calmement Jésus.
Appuyé, avec d’autres, à une archivolte, se trouve Manahen, et comme il voit Jésus, il lève les bras avec une exclamation de joie: