“Parce que Kouza… a une conduite… inexplicable. Il la seconde un peu en tout. Il la repousse un peu en tout. S’ils sont seuls et que personne ne les voit, c’est le mari exemplaire de toujours. Mais si avec lui il y a d’autres personnes, de la Cour c’est naturel, voilà alors qu’il devient autoritaire et méprisant pour sa douce épouse. Elle ne comprend pas pourquoi…”
“Moi, je te le dis. Kouza est serviteur d’Hérode, comprends-moi, Mère. “Serviteur”. Moi, je ne le dis pas à Jeanne pour ne pas lui causer de la douleur. Mais c’est ainsi. Quand il ne craint pas de blâme et de moquerie du souverain, c’est le bon Kouza. Quand il peut les craindre, il n’est plus le même.”
“C’est parce que Hérode est très irrité à cause de Manahen et…”
“Et parce que Hérode est devenu fou par le remords tardif d’avoir cédé à Hérodiade. Mais Jeanne a déjà tant de bien dans sa vie. Elle doit, sous le diadème, porter son cilice.”
“Annalia aussi pleure…”
“Pourquoi?”
“Parce que le fiancé se retourne contre Toi.”
“Qu’elle ne pleure pas. Dis-le-lui. C’est une résolution. Une bonté de Dieu. Son sacrifice amènera de nouveau Samuel au Bien. Pour le moment ce dernier la laissera libre de pressions pour le mariage. Je lui ai promis de la prendre avec Moi. Elle me précédera dans la mort…”
“Fils!…” Marie serre la main de Jésus. Son visage devient exsangue.
“Maman bien aimée! C’est pour les hommes. Tu le sais. C’est pour l’amour des hommes. Buvons notre calice de bon cœur, n’est-ce pas?”
Marie avale ses larmes et répond:
“Oui.” Un “oui” tellement déchiré et déchirant.
281.12 – Marziam lève le visage et dit à Jésus:
“Pourquoi dis-tu ces choses si dures qui attristent la Mère? Moi, je ne te laisserai pas mourir. Comme j’ai défendu les agneaux, ainsi je te défendrai.”
Jésus le caresse et, pour remonter le moral des deux affligés, il demande à l’enfant:
“Que vont faire maintenant tes brebis? Tu ne les regrettes pas?”
“Oh! je suis avec Toi! Cependant j’y pense toujours, et je me demande: “Est-ce que Porphyrée les aura amenées au pâturage? et aura-t-elle veillé à ce que Spuma n’aille pas dans le lac?” Elle est si vive, Spuma, sais-tu? Sa mère l’appelle, l’appelle… Mais rien à faire! Elle fait ce qu’elle veut. Et Neve, si gloutonne qu’elle mange à s’en rendre malade? Sais-tu, Maître? Moi, je comprends ce que c’est que d’être prêtre en ton Nom. Mieux que les autres je le comprends. Eux (et il montre de la main les apôtres qui viennent derrière) eux, ils disent tant de belles paroles, font tant de projets… pour ensuite. Moi, je dis: “Je ferai le berger pour les hommes comme pour les brebis. Et cela suffira”. La Mère, la mienne et la tienne, m’a dit hier un si beau passage des prophètes… et m’a dit: “C’est exactement ainsi qu’est notre Jésus”. Et moi, dans mon cœur, j’ai dit: “Et moi aussi, je serai tout à fait ainsi”. Puis j’ai dit à notre Mère: “Pour le moment, je suis agneau, ensuite je serai berger. Au contraire, maintenant Jésus est Berger et puis il est aussi Agneau. Mais toi, tu es toujours l’Agnelle, seulement notre Agnelle blanche, belle, aimée, aux paroles plus douées que le lait. C’est pour cela que Jésus est tellement Agneau: parce qu’il est né de toi, Agnelle du Seigneur”.
Jésus se penche vivement et l’embrasse. Puis il demande:
“Tu veux donc vraiment être prêtre?”
“Certainement, mon Seigneur! C’est pour cela que je m’efforce de devenir bon et de tant savoir. Je vais toujours près de Jean d’En-Dor. Il me traite toujours en homme et avec tant de bonté. Je veux être berger des brebis dévoyées et non dévoyées, et médecin-berger de celles qui sont blessées et fracturées, comme dit le Prophète. Oh! que c’est beau!”
Et l’enfant saute en battant des mains.
“Qu’est-ce qu’il a, cette petite tête noire, à être si heureux?” demande Pierre en s’approchant.
“Il voit sa route. Nettement, jusqu’à la fin… Et Moi, je consacre la vision qu’il en a, avec mon “oui”.
281.13 – Ils s’arrêtent devant une haute maison qui, si je ne me trompe, est du côté du faubourg d’Ophel, mais l’endroit est plus riche.
“Est-ce ici que nous nous arrêtons?”