Si le doigt de Dieu écrivait sur les murs de la pièce où banquettent les pensées de l’homme: sur le front, les paroles accusatrices de ce que vous avez été, êtes ou serez, peu de fronts porteraient en lettres de lumière, la parole: “Innocent”. Les autres fronts, en caractères verts comme l’envie, ou noirs comme la trahison, ou rouges comme le crime, porteraient les mots: “Adultère” “Assassins” “Voleurs” “Homicides”.

Soyez donc, sans orgueil, miséricordieux pour vos frères moins heureux humainement qui sont aux galères, expiant ce que vous n’expiez pas pour la même faute. Cela profitera à votre humilité.

275.12 – Ensevelir les morts.

La contemplation de la mort est une école de la vie. Je voudrais pouvoir vous amener tous en face de la mort et vous dire: “Sachez vivre en saints pour n’avoir que cette mort: séparation temporaire du corps et de l’esprit pour ressusciter ensuite triomphalement pour l’éternité, réunis, bienheureux”.

Tous, nous naissons nus. Tous nous mourons en devenant des dépouilles vouées à la décomposition. Rois ou gueux, on meurt comme on vient au monde. Et si le luxe des rois permet une plus longue conservation des cadavres, la décomposition est toujours le sort de ce qui est la chair morte. Les momies elles-mêmes, que sont-elles? De la chair? Non. Une matière fossilisée par les résines, lignifiée. Pas la proie des vers parce qu’elle est vidée et brûlée par des essences, mais proie des vers rongeurs comme le vieux bois.

Mais la poussière redevient poussière, comme Dieu l’a dit. Et pourtant, uniquement parce que cette poussière a enveloppé l’esprit et en a été vivifiée, voici que comme une chose qui a touché une gloire de Dieu - telle est l’âme de l’homme - il faut penser que c’est une poussière sanctifiée d’une manière qui ne diffère pas des objets qui ont touché le Tabernacle. Il y a eu un moment, au moins, où l’âme a été parfaite: pendant que Dieu la créait. Et si ensuite la Tache l’a souillée, en lui enlevant sa perfection, par sa seule origine elle communique de la beauté à la matière et, à cause de cette beauté qui vient de Dieu le corps s’embellit et mérite le respect.

Nous sommes des temples, et comme tels nous méritons l’honneur comme ont toujours été honorés les endroits où avait séjourné le Tabernacle.

Faites donc aux morts la charité d’un repos honoré dans l’attente de la résurrection, en voyant dans les admirables harmonies du corps humain l’esprit et la main de Dieu qui l’a pensé et modelé avec perfection, en vénérant même dans sa dépouille l’œuvre du Seigneur.

275.13 – Mais l’homme n’est pas seulement chair et sang. Il est aussi âme et pensée. Celles-ci souffrent aussi et il faut miséricordieusement subvenir à leurs besoins.

Il y a des ignorants qui font le mal parce qu’ils ne connaissent pas le bien. Combien ne connaissent pas ou connaissent mal les choses de Dieu et même les lois morales! Ils languissent comme des affamés parce qu’il n’y a personne pour leur donner la nourriture et ils tombent en langueur par manque de vérités qui les nourrissent. Allez les instruire car c’est pour cela que je vous rassemble et vous envoie. Donnez le pain de l’esprit à la faim des esprits.

Instruire les ignorants correspond, dans l’ordre spirituel, à rassasier les affamés, et si on donne une récompense pour un pain donné au corps qui languit pour qu’il ne meure pas ce jour-là, quelle récompense sera donnée à celui qui rassasie un esprit des vérités éternelles, en lui donnant la vie éternelle? Ne soyez pas avares de ce que vous savez. Cela vous a été donné gratuitement et sans mesure. Donnez-le sans avarice car c’est chose de Dieu comme l’eau du ciel, et il faut la donner comme elle a été donnée. Ne soyez pas avares et orgueilleux des choses que vous savez, mais donnez avec une humble générosité.

275.14 – Et donnez le rafraîchissement limpide et bienfaisant de la prière aux vivants et aux morts qui ont soif de grâces. On ne doit pas refuser l’eau aux gosiers desséchés. Que faut-il donner alors aux cœurs des vivants angoissés et aux esprits souffrants des morts? Des prières, des prières, fécondes parce qu’elles sont inspirées par l’amour et l’esprit de sacrifice.

La prière doit être vraie, non pas mécanique comme le bruit d’une roue sur le chemin. Est-ce le bruit ou la roue qui fait avancer le char? C’est la roue qui s’emploie à faire avancer le char.

Il en est de même de la prière vocale et mécanique et de la prière active. La première: du bruit, rien de plus. La seconde: un travail où les forces s’usent et où s’accroît la souffrance, mais on arrive au but. Priez davantage par vos sacrifices que par vos lèvres et vous donnerez le repos aux vivants et aux morts en faisant la seconde œuvre de miséricorde spirituelle. Le monde sera davantage sauvé par les prières de ceux qui savent prier, que par les batailles bruyantes, inutiles, meurtrières.

275.15 – Beaucoup de personnes dans le monde savent. Mais ne savent pas croire avec fermeté. Comme si elles étaient prises entre deux camps opposés, elles hésitent, elles hésitent sans avancer d’un seul pas, et elles épuisent leurs forces sans arriver à rien. Ce sont les hésitants. Les gens des “mais” des “si” des “et puis”. Ceux qui. Demandent: “Après, il en sera ainsi?” “Et si ce n’était pas ainsi?” “Et est-ce que je pourrai?” “Et si je ne réussis pas?” et ainsi de suite. Ce sont les velléitaires qui, s’ils ne trouvent pas où s’accrocher, ne montent pas et, même s’ils trouvent, s’agrippent ici et là, et non seulement il faut les soutenir, mais les faire monter à chaque nouveau tournant de la journée. Oh! vraiment ils exercent la patience et la charité plus qu’un enfant retardé!

Mais, au nom du Seigneur, ne les abandonnez pas! Donnez toute votre foi lumineuse, toute votre force ardente à ces gens prisonniers d’eux-mêmes, de leur maladie brumeuse. Conduisez-les vers le soleil et les hauteurs. Soyez des maîtres et des pères pour ces hésitants, sans vous lasser ni vous impatienter. Ils vous font tomber les bras? Très bien. Vous aussi, tant de fois, vous me les faites tomber, à Moi, et encore plus au Père qui est dans les Cieux, qui doit souvent penser qu’il semble inutile que la Parole se soit faite Chair, puisque l’homme est encore hésitant, même maintenant qu’il entend parler le Verbe de Dieu. Vous ne voudrez pas présumer d’être plus que Dieu et que Moi!

Ouvrez donc les prisons à ces prisonniers des “mais” et des “si”. Délivrez-les des chaînes des “Pourrai-je?” “Si je ne réussis pas?”. Persuadez-les qu’il suffit de tout faire de son mieux pour que Dieu soit content. Et si vous les voyez tomber de l’appui, ne les laissez pas, mais relevez-les une fois de plus. Comme font les mères qui ne passent pas outre si leur petit vient à tomber, mais s’arrêtent, le relèvent, le nettoient, le consolent, le soutiennent jusqu’à ce qu’il ne craigne plus une nouvelle chute.

Et elles agissent ainsi pendant des mois et des années si l’enfant a des jambes faibles.

275.16 – Revêtez ceux dont l’esprit est nu en pardonnant à ceux qui vous offensent.

L’offense est anti-charité. L’anti-charité dépouille de Dieu. Aussi celui qui commet l’offense s’est dévêtu et seulement le pardon de celui qu’il a offensé revêt cette nudité, parce qu’il lui redonne Dieu. Dieu attend, pour pardonner, que l’offensé ait pardonné. Pardonner aussi bien l’homme qui a été offensé, que celui qui a offensé l’homme et Dieu. Parce que, allons! Il n’est personne qui n’ait offensé son Seigneur. Mais Dieu nous pardonne à nous, si nous pardonnons au prochain, et Il pardonne au prochain si celui qui a été offensé pardonne. Il vous sera fait comme vous avez fait. Pardonnez par conséquent si vous voulez qu’on vous pardonne et vous jouirez au Ciel à cause de la charité que vous avez donnée, comme si on mettait un manteau d’étoiles sur vos épaules saintes.

275.17 – Soyez miséricordieux envers ceux qui pleurent. Ce sont ceux que la vie a blessés, ceux dont le cœur a été brisé dans ses affections.

Ne vous enfermez pas dans votre sérénité comme dans une forteresse. Sachez pleurer avec ceux qui pleurent, consoler ceux qui sont affligés, combler le vide de celui qui est privé d’un parent par la mort. Pères avec les orphelins, enfants avec les parents, frères les uns pour les autres.

Aimez. Pourquoi n’aimer que ceux qui sont heureux? Ils ont déjà leur part de soleil. Aimez ceux qui pleurent. Ce sont les moins aimables pour le monde, mais le monde ne connaît pas la valeur des larmes, Vous, vous la connaissez. Aimez donc ceux qui pleurent. Aimez-les si dans leur chagrin ils sont résignés. Aimez-les, et plus encore, si la douleur les révolte. Pas de reproches, mais de la douceur pour les persuader dans leur douleur de l’utilité de la souffrance. Ils peuvent, à travers le voile des larmes, voir d’une manière déformée le visage de Dieu qu’ils réduisent à l’expression d’une toute puissance vengeresse. Non. Ne vous scandalisez pas! Non, ce n’est qu’une hallucination qui vient de la fièvre de la souffrance. Secourez-les pour faire tomber leur fièvre. Que votre foi toute fraîche soit comme la glace qu’on applique à celui qui délire.

Puis, quand le plus fort de la fièvre tombe et qu’arrive l’abattement et la stupeur hébétée de celui qui a subi un traumatisme, alors, comme pour des enfants que la maladie a retardés, recommencez à parler de Dieu, comme d’une chose nouvelle, doucement, patiemment… Oh! une belle histoire que l’on dit pour distraire l’éternel enfant qu’est l’homme! Et puis, taisez-vous. N’insistez pas… L’âme se travaille elle-même. Aidez-la par des caresses et par la prière. Et quand elle dit: “Alors, ce n’était pas Dieu?“dites: “Non, Lui ne voulait pas te faire du mal, parce qu’Il t’aime, même pour qui ne t’aime plus à cause de la mort ou d’autre chose”. Et quand l’âme dit: “Mais moi, je l’ai accusé” dites: “Lui l’a oublié parce que c’était la fièvre”. Et quand elle dit: “Alors, je le voudrais”, dites: “Le voici! Il est à la porte de ton cœur qui attend que tu Lui ouvres”.

275.18 – Supportez les importuns. Ils viennent déranger la petite maison de notre moi, comme les voyageurs viennent déranger la maison que nous habitons. Mais, comme je vous ai dit d’accueillir ces derniers, accueillez aussi les premiers.

Ce sont des importuns? Mais, si vous, vous ne les aimez pas à cause du dérangement qu’ils vous donnent, eux, plus ou moins bien, vous aiment. Accueillez-les à cause de cet amour. Et même s’ils venaient poser des questions indiscrètes, vous dire leur haine, vous insulter, usez de patience et de charité. Vous pouvez les rendre meilleurs par votre patience, vous pouvez les scandaliser par votre manque de charité. Vous souffrez de les voir pécher, d’eux-mêmes; mais souffrez davantage de les faire pécher et de pécher vous-mêmes. Recevez-les en mon nom si vous ne pouvez les recevoir avec votre amour. Et Dieu vous donnera une compensation en venant Lui, ensuite, vous rendre visite et effacer le souvenir désagréable par ses surnaturelles caresses. Enfin

275.19 – efforcez-vous d’ensevelir les pécheurs pour préparer leur retour à la vie de la Grâce. Savez-vous quand vous le faites? Quand vous les réprimandez avec une insistance paternelle, patiente, affectueuse. C’est comme si vous ensevelissiez peu à peu les laideurs du corps avant de le confier au tombeau en attendant le commandement de Dieu: “Lève-toi et viens à Moi”.

Ne purifions-nous pas les corps, nous les hébreux, par respect pour le corps qui doit ressusciter? Réprimander les pécheurs, c’est comme purifier leurs membres avant l’opération de l’ensevelissement. Le reste, c’est la Grâce du Seigneur qui le fera. Purifiez-les par la charité, les larmes et les sacrifices. Soyez héroïques pour arracher un esprit à la corruption. Soyez héroïques.

Cela ne restera pas sans récompense. Car si on donne une récompense pour un calice d’eau donné pour étancher une soif maté­rielle, qu’est-ce qu’on donnera pour avoir enlevé à un esprit la soif infernale?

J’ai parlé. Telles sont les œuvres de miséricorde du corps et de l’esprit qui font croître l’amour. Allez et accomplissez-les. Et que la paix de Dieu et la mienne soit avec vous maintenant et, toujours.”