Ne dites pas: “Je n’en ai que pour moi”. Comme pour le pain, sur les tables et dans les armoires vous avez quelque chose de plus que ceux qui sont absolument délaissés. Parmi ceux qui m’écoutent, il en est plus d’un qui a su, d’un vêtement mis de côté à cause de l’usure, tirer un petit vêtement pour un orphelin ou pour un enfant pauvre, et d’un vieux drap faire des langes pour un innocent qui n’en a pas, et il en est un qui, mendiant, a su pendant des années partager le pain, qu’il s’était péniblement procuré par l’aumône, avec un lépreux qui ne pouvait aller tendre la main à la porte des riches. Et, en vérité, je vous dis que ces gens miséricordieux, il ne faut pas les chercher parmi les gens nantis, mais dans les humbles rangs des pauvres qui savent, par leur condition, combien est pénible la pauvreté.
Et ici aussi, comme pour l’eau et le pain, pensez que la laine et le lin, dont vous vous vêtez, viennent d’animaux et de plantes que le Père a créés, non pas seulement pour ceux qui parmi les hommes sont riches, mais pour tous les hommes. Car Dieu a donné une seule richesse à l’homme: celle de sa Grâce, de la santé, de l’intelligence, mais pas la richesse souillée qu’est l’or. Vous l’avez élevé, du rang de métal qui n’est pas plus beau qu’un autre, beaucoup moins utile que le fer avec lequel on fabrique les houes et les charrues, les herses et les faux, les burins, les marteaux, les scies, les rabots, les outils saints du saint travail, au rang d’un métal noble, d’une noblesse inutile, mensongère, à l’instigation de Satan qui, de fils de Dieu, vous a rendus sauvages comme des fauves. La richesse de ce qui est saint vous avait donné de quoi devenir toujours plus saints! Non pas cette richesse homicide qui fait couler tant de sang et de larmes. Et donnez comme on vous a donné. Donnez au nom du Seigneur, sans craindre de rester nus. Il vaudrait mieux mourir de froid pour s’être dépouillé en faveur d’un mendiant, que de se laisser geler le cœur, même sous des vêtements moelleux, par manque de charité.
La tiédeur du bien que l’on a fait est plus douce que celle d’un manteau de très pure laine, et le corps du pauvre qui a été recouvert parle à Dieu et Lui dit: “Bénis ceux qui nous ont vêtus”.
275.9 – Si rassasier, désaltérer, vêtir, en se privant pour donner aux autres, unit la sainte tempérance à la très sainte charité et si la bienheureuse justice vous unit aussi, elle par qui on modifie saintement le sort des frères malheureux en donnant de ce que nous avons en abondance, par la permission de Dieu, en faveur de ceux qui, par la méchanceté des hommes ou par les maladies en sont privés,
l’hospitalité donnée aux voyageurs unit la charité à la confiance et à l’estime du prochain. C’est aussi une vertu, savez-vous? Une vertu qui dénote, chez ceux qui la possèdent, en plus de la charité, l’honnêteté. En effet celui qui est honnête agit bien et puisqu’on pense que les autres agissent comme on agit à l’ordinaire, voilà que la confiance, la simplicité qui croient à la sincérité des paroles d’autrui, dénotent que celui qui les écoute est quelqu’un qui dit la vérité dans les grandes et les petites choses, sans arriver par conséquent à se méfier des récits d’autrui.
Pourquoi penser, en présence du voyageur qui vous demande l’hospitalité: “Et puis, si c’est un voleur et un meurtrier?” Tenez-vous tant à vos richesses que vous fait trembler, pour elles, tout étranger qui se présente? Tenez-vous tant à votre vie que vous vous sentez frémir d’horreur à la pensée de pouvoir en être privés? Et quoi? Vous pensez que Dieu ne peut pas vous défendre des voleurs? Et quoi? Vous craignez dans le passant, un voleur et vous n’avez pas peur de l’hôte ténébreux qui vous dérobe ce qui est irremplaçable? Combien logent le démon dans leurs cœurs! Je pourrais dire: tous logent le péché capital, et pourtant personne ne tremble à cause de lui. N’y a-t-il donc de précieux que le bien de la richesse et de l’existence? Et n’est-elle pas plus précieuse l’éternité que vous vous laissez dérober et tuer par le péché? Pauvres, pauvres âmes, dépouillées de leur trésor, tombées aux mains des assassins, comme si c’était une chose insignifiante, alors qu’ils barricadent les maisons, mettent des verrous, des chiens, des coffres-forts pour défendre des choses qu’ils n’emportent pas avec eux dans l’autre vie!
Pourquoi vouloir voir dans tout voyageur un voleur? Nous sommes frères. La maison s’ouvre aux frères de passage. Le voyageur n’est pas de notre sang? Oh! si! Il est du sang d’Adam et Eve. Il n’est pas notre frère? Et comment non?! Il n’y a qu’un seul Père: Dieu qui nous a donné une même âme, comme un père donne un même sang aux enfants d’un même lit. Il est pauvre? Faites en sorte que ne soit pas plus pauvre que lui votre esprit, privé de l’amitié du Seigneur. Son vêtement est déchiré? Faites en sorte que votre âme ne soit pas davantage déchirée par le péché, Ses pieds sont boueux ou poussiéreux? Faites que, plus que sa sandale souillée par tant de chemin, usée par un long voyage, votre moi ne soit pas abîmé par les vices. Son aspect est désagréable? Faites que le vôtre ne le soit pas davantage aux yeux de Dieu. Il parle une langue étrangère? Faites en sorte que le langage de votre cœur ne soit pas incompréhensible dans la Cité de Dieu.
Voyez dans le voyageur un frère. Nous sommes tous des voyageurs en route pour le Ciel et tous nous frappons aux portes qui sont le long de la route qui va au Ciel.
Les portes sont les patriarches et les justes, les anges et les archanges, auxquels nous nous recommandons pour avoir aide et protection pour arriver au but, sans tomber épuisés dans l’obscurité de la nuit, dans la rigueur du froid, proie des pièges des loups et des chacals des passions mauvaises et des démons. Comme nous voulons que les anges et les saints nous ouvrent leur amour pour nous abriter et nous redonner des forces pour continuer la route, agissons de même nous pour les voyageurs de la terre. Et chaque fois que nous ouvrirons notre maison et nos bras en saluant du doux nom de frère un inconnu, en pensant à Dieu qui le connaît, je vous dis que vous aurez parcouru plusieurs milles sur le chemin qui va aux Cieux.
275.10 – Visiter les malades.
Oh! en vérité, comme les hommes sont des voyageurs, ils sont tous malades. Et les maladies les plus graves sont celles de l’esprit, les maladies invisibles et les plus mortelles. Et pourtant elles ne provoquent pas le dégoût. La plaie morale n’inspire pas de répugnance. La puanteur du vice ne donne pas la nausée. La folie démoniaque ne fait pas peur. La gangrène d’un lépreux spirituel ne repousse pas. Le tombeau rempli d’ordure d’un homme dont l’âme est morte et putréfiée ne fait pas fuir. Ce n’est pas un anathème de s’approcher de l’une de ces impuretés. Pauvre, étroite pensée de l’homme!
Mais dites-moi: est-ce l’esprit qui a le plus de valeur ou bien la chair et le sang? Ce qui est matériel a-t-il le pouvoir de corrompre ce qui est incorporel, par l’effet du voisinage? Non. Je vous dis que non. L’esprit a une valeur infinie en comparaison de la chair et du sang, cela, oui, mais la chair n’a pas un pouvoir supérieur à celui de l’esprit. Et l’esprit peut être corrompu non par des choses matérielles, mais par des choses spirituelles. Même si quelqu’un soigne un lépreux, son esprit ne devient pas lépreux, mais au contraire, à cause de la charité qu’il pratique héroïquement jusqu’à s’isoler dans des vallées de mort, par pitié pour le frère, toute tache de péché tombe de lui, Car la charité est absolution du péché et la première des purifications.
Partez toujours de la pensée: “Que voudrais-je qu’on me fasse, si j’étais comme celui-ci?” Et faites comme vous voudriez qu’on vous fasse.
Maintenant encore, Israël a ses anciennes lois. Mais un jour viendra, et son aurore n’est plus très lointaine, où on vénérera comme un symbole d’absolue beauté, l’image de Quelqu’un en qui sera reproduit matériellement l’Homme des douleurs d’Isaïe et le Torturé du psaume de David Isaïe 53, 1-5 – Psaume 21 (Hébreu 22). ,
Celui qui, pour s’être rendu semblable à un lépreux, deviendra le Rédempteur du genre humain et vers ses plaies accourront, comme des cerfs vers les sources, tous ceux qui ont soif, qui sont malades, épuisés, tous ceux qui pleurent sur la terre, et Il les désaltérera, les guérira:, les restaurera, les consolera en leur esprit et en leur chair, et les meilleurs aspireront à devenir semblables à Lui, couverts de blessures, exsangues, frappés; couronnés d’épines, crucifiés, par amour des hommes qu’il faut racheter, continuant l’œuvre de Celui qui est le Roi des rois et le Rédempteur du monde. Vous qui êtes encore d’Israël, mais qui déjà dressez vos ailes pour voler vers le Royaume des Cieux, commencez dès maintenant à concevoir cette valeur nouvelle des infirmités et, en bénissant Dieu qui vous garde en bonne santé, penchez-vous sur ceux qui souffrent et qui meurent.
Un de mes apôtres a dit un jour à un de ses frères: “Ne crains pas de toucher les lépreux. Par la volonté de Dieu aucun mal ne s’attachera à nous” Simon le zélote au cours de l'envoi en mission des apôtres. Cf. EMV 271. . Il a bien parlé. Dieu protège ses serviteurs. Mais même si vous étiez contaminés en soignant les malades, vous seriez portés dans l’autre vie sur la liste des martyrs de l’amour.
275.11 – Visiter les prisonniers.
Croyez-vous que dans les galères il n’y ait que des criminels? La justice humaine est aveugle d’un œil, et l’autre a des troubles visuels, Elle voit des chameaux où il y a des nuages et prend un serpent pour un rameau fleuri. Elle juge mal. Plus mal encore parce que celui qui préside crée volontairement des nuages de fumée pour qu’elle voie encore plus mal. Mais même si tous les prisonniers étaient des voleurs et des meurtriers, il n’est pas juste de nous rendre voleurs et homicides en leur enlevant par notre mépris l’espoir du pardon.
Pauvres prisonniers! Ils n’osent pas lever vers Dieu leurs yeux accablés comme ils le sont par leurs fautes. Les chaînes, en vérité, lient davantage leurs esprits que leurs pieds. Mais malheur s’ils désespèrent de Dieu! Au crime envers le prochain, ils ajoutent celui de désespérer du pardon. La galère est expiation comme l’est la mort sur le gibet. Mais il ne suffit pas de payer ce qui est dû à la société humaine pour le crime accompli. Il faut payer aussi et surtout la part qui doit être payée à Dieu pour expier, pour avoir la vie éternelle.
Et celui qui est révolté et désespéré n’expie qu’à l’égard de la société humaine. Qu’au condamné ou au prisonnier aille l’amour des frères. Ce sera une lumière dans les ténèbres, ce sera une voix, ce sera une main qui montre les hauteurs alors que la voix dit: “Que mon amour te dise que Dieu aussi t’aime. C’est Lui qui m’a mis au cœur cet amour pour toi, frère infortuné” et la lumière permet d’entrevoir Dieu, Père plein de pitié.
Que votre charité aille avec plus de raison consoler les martyrs de l’injustice humaine. Ceux qui ne sont pas du tout coupables ou ceux qu’une force cruelle a amenés à tuer. Ne jugez pas vous aussi là où un jugement a été porté. Vous, vous ne savez pas pourquoi un homme peut tuer. Vous ne savez pas que bien des fois, ce n’est qu’un mort celui qui tue, un automate privé de raison parce que, sans verser le sang, un assassin lui a enlevé la raison par la lâcheté d’une trahison cruelle. Dieu sait. Cela suffit. Dans l’autre vie
on verra au Ciel beaucoup de galériens, beaucoup qui auront tué et volé, et on en verra en Enfer beaucoup qui sembleront avoir été volés ou tués parce qu’en réalité ils auront été les vrais voleurs de la paix d’autrui, de l’honnêteté, de la confiance, les véritables assassins d’un cœur: les pseudo-victimes. Victimes, parce qu’ils ont été à la fin frappés, mais après que, pendant des années, ils ont eux-mêmes silencieusement frappé. L’homicide et le vol sont des péchés, mais entre celui qui tue et vole parce qu’il y a été amené par d’autres et puis s’en repent, et celui qui en porte d’autres au péché et ne se repent pas, sera davantage puni celui qui amène au péché sans en éprouver de remords.
Par conséquent, sans jamais juger, soyez pleins de pitié pour les prisonniers. Pensez toujours que si tous les homicides et les vols devaient se trouver punis, il y aurait peu d’hommes et peu de femmes qui ne mourraient pas aux galères ou sur un gibet.
Ces mères qui conçoivent et qui ne veulent pas amener leur fruit à la lumière, comment les appellera-t-on? Oh! ne faisons pas de jeux de mots! Disons-leur sincèrement leur nom: “Assassins”. Ces hommes qui volent des réputations et des places, quel nom leur donnera-t-on? Mais simplement ce qu’ils sont: “Voleurs”. Ces hommes et ces femmes qui sont adultères ou qui, tourmentant leurs conjoints, les poussent à l’homicide ou au suicide et semblablement ceux qui, étant les grands de la terre, portent au désespoir leurs sujets et par le désespoir à la violence, quel est leur nom?
Le voici: “Homicides”. Eh bien? Personne ne fuit? Vous voyez bien que parmi ces galériens, échappés à la justice, qui remplissent maisons et villes et nous frôlent sur les routes, et dorment avec nous dans les auberges, et partagent les repas avec nous, on vit sans y penser. Eh bien, qui est sans péché?