276 – L’avarice et le riche imbécile

10 septembre 1945

Vision du lundi 10 septembre 1945

276.1 – Jésus se trouve sur une des collines de la rive occidentale du lac.

À ses yeux apparaissent les villes et les pays épars sur les rivages de l’une et l’autre côté, mais exactement au-dessous de la colline, se trouvent Magdala et Tibériade, la première avec son quartier riche, avec ses nombreux jardins, nettement séparé des pauvres maisons des pêcheurs, paysans et du menu peuple par un torrent maintenant tout à fait à sec. L’autre qui n’est que splendeur, ignorante de tout ce qui est misère et décadence, et qui rit, belle et toute neuve au soleil, en face du lac. Entre les deux, les jardins potagers, peu nombreux mais bien tenus, de la plaine étroite, et puis les oliviers qui montent à l’assaut des collines. Derrière Jésus, on voit de cette cime la selle du mont des Béatitudes, au pied duquel passe la voie principale qui va de la Méditerranée à Tibériade. C’est peut-être à cause de la proximité de cette voie principale très fréquentée que Jésus a choisi cette localité à laquelle beaucoup de gens peuvent accéder des nombreuses villes du lac ou de l’intérieur de la Galilée et d’où, le soir, il est facile de revenir chez soi ou de trouver l’hospitalité dans beaucoup de pays. La chaleur aussi est tempérée par l’altitude et par les arbres de haute futaie qui, au sommet, ont pris la place des oliviers.

Il y a en effet beaucoup de monde, outre les apôtres et les disciples. Des gens qui ont besoin de Jésus pour leur santé, ou pour des conseils, des gens venus par curiosité, des gens qu’ont amené des amis, ou venus pour faire comme les autres. Une foule, en somme. La saison n’est plus sous l’influence de la canicule mais elle tend aux grâces languissantes de l’automne et elle invite plus que jamais à se mettre en route à la recherche du Maître.

276.2 – Jésus a déjà guéri les malades et parlé aux gens et certainement sur le thème des richesses injustes et de la nécessité de s’en détacher pour gagner le Ciel, et de l’absolue nécessité de ce détachement pour être son disciple. Et maintenant, il est en train de répondre aux questions de tel ou tel des disciples riches qui sont un peu troublés par cette exigence.

Le scribe Jean dit:

“Dois-je donc détruire ce que je possède, en en dépouillant les miens?”

“Non. Dieu t’a donné des biens. Fais-les servir à la Justice et uses-en avec justice. C’est-à-dire sers-t-en pour subvenir aux besoins de ta famille, c’est un devoir; traite humainement les serviteurs, c’est de la charité; fais-en profiter les pauvres, subviens aux besoins des disciples pauvres. Voilà que les richesses ne seront pas pour toi un obstacle mais une aide.”

Et puis, parlant à tous, il dit:

“En vérité je vous dis que le même danger de perdre le Ciel par amour des richesses peut-être aussi le fait d’un disciple plus pauvre si, devenu mon prêtre, il manque à la justice en pactisant avec le riche, Celui qui est riche ou mauvais, bien des fois essaiera de vous séduire par des cadeaux pour que vous approuviez sa manière de vivre et son péché. Et il y en aura, parmi mes disciples, qui succomberont à la tentation des cadeaux. Cela ne doit pas être. Que le Baptiste vous instruise. Vraiment lui, bien qu’il ne fût ni juge ni magistrat, avait la perfection du juge et du magistrat, tels que les décrit le Deutéronome: “Tu n’auras pas de préférences, tu n’accepteras pas de cadeaux, parce qu’ils aveuglent les yeux des sages et altèrent les paroles des justes” Deutéronome 16,19. . Trop souvent l’homme laisse ébrécher l’épée de la justice par l’or qu’un pécheur passe sur le fil.

Non, cela ne doit pas être. Sachez être pauvres, sachez savoir mourir, mais ne pactisez jamais avec la faute. Même pas avec l’excuse de faire servir cet or au profit des pauvres. C’est un or maudit et il ne leur procurerait pas du bien. C’est l’or d’une compromission infâme. Vous vous êtes constitués disciples pour être maîtres, médecins et rédempteurs. Que seriez-vous si vous consentiez au mal par intérêt? Des maîtres d’une science mauvaise, des médecins qui tuent le malade, non pas des rédempteurs mais des gens qui coopèrent à la ruine des cœurs.”

276.3 – Un homme de la foule s’avance et dit:

“Je ne suis pas disciple, mais je t’admire. Réponds donc à cette question: “Est-il permis à quelqu’un de retenir l’argent d’un autre?”

“Non, homme. C’est un vol, comme d’enlever la bourse à un passant.”

“Même si c’est l’argent de la famille?”

“Oui Il n’est pas juste que quelqu’un s’approprie l’argent de tous les autres.”

“Alors, Maître, viens à Abelmain sur la route de Damas et ordonne à mon frère de partager avec moi l’héritage du père qui est mort sans avoir laissé un mot d’écrit, Il a tout pris pour lui, et remarque que nous sommes jumeaux nés d’un premier et unique enfantement. J’ai donc les mêmes droits que lui.”

Jésus le regarde et dit:

“C’est une situation pénible et certainement ton frère n’agit pas bien. Mais tout ce que je peux faire, c’est de prier pour toi et davantage pour lui pour qu’il se convertisse, et venir dans ton pays pour évangéliser en touchant ainsi son cœur. Le chemin ne m’est pas pénible si je peux mettre la paix entre vous.”

L’homme, furieux, bondit: “Et que veux-tu que j’en fasse de tes paroles? Il faut bien autre chose que des paroles, en ce cas!”

“Mais ne m’as-tu pas dit de commander à ton frère de…”

“Commander ce n’est pas évangéliser. Un ordre est toujours accompagné d’une menace. Menace-le de le frapper dans sa personne, s’il ne me donne pas ce qui m’appartient. Tu peux le faire. Comme tu donnes la santé, tu peux donner la maladie.”

“Homme, je suis venu pour convertir, non pour frapper. Mais, si tu as foi dans mes paroles, tu trouveras la paix.”